Économie

Assurance inclusive : L’Acaps lance une nouvelle enquête nationale

Trois ans après une première Enquête qui avait mis en lumière la faiblesse de la pénétration assurantielle au Maroc, l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale s’apprête à évaluer les progrès accomplis et l’impact des initiatives engagées. La deuxième édition du Baromètre de l’assurance inclusive entend dresser un état des lieux actualisé de l’accès aux produits d’assurance au sein de la population marocaine et des très petites entreprises, et éclairer les choix des acteurs publics et privés impliqués dans la stratégie nationale d’inclusion financière.

30 Mars 2026 À 10:03

L’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (Acaps) s’apprête à lancer la deuxième édition du Baromètre de l’assurance inclusive. Il s’agit d’une Enquête quantitative d’envergure nationale destinée à mesurer l’accès aux services assurantiels et leur utilisation auprès de la population marocaine ainsi qu’auprès des très petites entreprises (TPE).

Cette initiative s’inscrit dans le sillage de la Stratégie nationale d’inclusion financière (SNIF), qui vise à coordonner les efforts des différents régulateurs et acteurs du marché autour d’objectifs partagés : réduire les disparités géographiques, combler les inégalités entre les genres et élargir l’accès aux services financiers, notamment l’épargne et l’assurance, pour les populations les plus vulnérables.

Si des progrès notables ont été accomplis ces dernières années, le Maroc demeure confronté à des écarts persistants en matière de couverture assurantielle. C’est dans ce contexte que l’Acaps a décidé d’actualiser et d’approfondir l’évaluation engagée lors de la première édition, lancée en 2022 et publiée en 2023, afin de définir les nouvelles priorités et actions des différentes parties prenantes.



La nouvelle édition du Baromètre ne se limitera pas à une photographie instantanée : elle intégrera une analyse comparative avec les résultats de la première édition, permettant d’évaluer les progrès accomplis, d’identifier les disparités persistantes et de mesurer l’impact des initiatives déployées depuis lors.

L’Enquête de pénétration reposera sur un échantillon d’au moins 3.000 individus âgés de 18 à 75 ans, constitué de manière représentative de la population marocaine, tant sur le plan géographique (milieu urbain et rural) que socio-démographique, et sur le plan sectoriel s’agissant des petites entreprises.

Une attention particulière sera portée aux groupes les plus vulnérables – jeunes, femmes, ruraux, très petites entreprises, travailleurs informels et ménages modestes – dont les situations seront analysées à travers de multiples variables : région, niveau d’éducation, revenu, type de produit souscrit ou canal de distribution.

Pénétration, usage et connaissance : trois axes d’analyse

Le Baromètre s’articulera autour de trois axes complémentaires qui, ensemble, dessinent un tableau complet de la relation des Marocains à l’assurance. Il s’agira d’abord de mesurer la réalité de la pénétration : quelle proportion d’adultes dispose effectivement d’une couverture, combien de produits détient en moyenne chaque assuré et quel budget annuel y consacre-t-il ? L’Enquête s’intéressera ensuite à l’usage concret qui est fait de ces produits, en interrogeant les assurés sur le nombre de sinistres déclarés au cours des trois dernières années, les délais d’indemnisation ainsi que leur perception de la complexité des procédures de souscription et de remboursement. Enfin, la dimension de la connaissance sera explorée en profondeur : dans quelle mesure les Marocains comprennent-ils réellement le mécanisme de l’assurance, comment perçoivent-ils le niveau de prix des produits et quels sont les ressorts qui les poussent à souscrire – ou, au contraire, les freins qui les en dissuadent ?

Pour confronter les perceptions recueillies à la réalité du marché, l’Enquête sera complétée par des données collectées directement auprès des compagnies d’assurance : nombre de contrats souscrits, primes collectées, sinistres déclarés, acceptés ou rejetés et délais de traitement des réclamations.

Ce que la première édition avait révélé

Pour comprendre l’enjeu de cette nouvelle édition, il convient de rappeler ce qu’avait mis en lumière la première vague du Baromètre, conduite durant le quatrième trimestre 2022 auprès de deux échantillons représentatifs – 2.484 particuliers et 615 TPE – couvrant l’ensemble des régions du Maroc, en milieu urbain comme rural.

Le constat dressé à l’époque était sans ambiguïté : la pénétration de l’assurance restait très faible chez les particuliers, à l’exception de l’assurance automobile. Si 26% des répondants déclaraient bénéficier d’une couverture automobile, les autres produits affichaient des taux bien plus modestes : 6% pour les produits d’épargne, 4% pour l’assurance habitation, 3% pour l’assurance décès ou la complémentaire santé privée et moins de 1% pour les autres produits d’assurance (assistance, assurance invalidité...).

La notoriété des produits demeurait, elle aussi, limitée. Seule l’assurance automobile était connue par une large majorité des répondants (83%), devant l’épargne retraite (54%), l’assurance habitation (50%) et la complémentaire santé privée (43%).

Les freins identifiés étaient révélateurs : absence de besoin ressenti, insuffisance des revenus et, surtout, méconnaissance profonde des produits et de leurs tarifs. Moins de 14% des particuliers sondés déclaraient avoir une bonne connaissance des prix des produits autres que l’automobile. Par ailleurs, si certaines souscriptions, comme l’assurance auto, étaient perçues comme simples, d’autres – décès, épargne, capitalisation – étaient jugées complexes et peu accessibles. Les agents et courtiers restaient les principaux vecteurs d’information (54% des répondants), loin devant la télévision ou les réseaux sociaux.

Du côté des TPE, le tableau était légèrement plus favorable. La pénétration globale y était plus élevée (44% pour l’assurance automobile, 29% pour les accidents du travail et 22% pour la multirisques professionnelle), mais les mêmes obstacles structurels persistaient : déficit d’information, perception de prix élevés et complexité ressentie des procédures pour certains produits. Les agents et courtiers demeuraient, là aussi, la source d’information de référence, cités par 67% des TPE interrogées.

C’est sur ces bases que la deuxième édition du Baromètre entend évaluer les progrès accomplis et identifier les leviers sur lesquels les acteurs publics et privés devront encore agir pour faire de l’assurance un outil d’inclusion financière et de développement socio-économique au Maroc.
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