Rochdi Mokhliss
22 Juin 2026
À 11:46
Alors que les marchés attendent la deuxième décision monétaire de l’année,
BMCE Capital Global Research estime que
Bank Al-Maghrib devrait conserver son taux directeur inchangé lors de sa réunion du 23 juin 2026. Pour le bureau de recherche, cette position reflète l’approche traditionnellement prudente de Bank Al-Maghrib, qui cherche à concilier soutien à l’activité économique et préservation de la stabilité des prix dans un environnement international marqué par une forte volatilité.
« Ce choix pragmatique devrait permettre de soutenir l’économie marocaine face à l’intensification de ses besoins de financement et aux importantes échéances à venir tout en se prémunissant, partiellement, de la volatilité des cours énergétiques internationaux », soulignent les analystes.
Une croissance économique qui surprend positivement
Cette anticipation intervient dans un contexte où les indicateurs économiques continuent d’afficher une trajectoire favorable.
Après une croissance de 4,9% en 2025, contre 4,4% en 2024, le
Produit intérieur brut (PIB) a progressé de 5% au premier trimestre 2026 selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), contre 4,1% au trimestre précédent. Le HCP prévoit également une croissance de 4,7% au deuxième trimestre, portée par l’amélioration de la campagne agricole et la résilience de la demande intérieure.
De son côté, Bank Al-Maghrib tablait en mars dernier sur une croissance de 5,6% pour 2026 avant un ralentissement à 3,5% en 2027. Cette accélération serait principalement soutenue par un rebond de 14,4% de la
valeur ajoutée agricole, sur la base d’une récolte céréalière estimée à 82 millions de quintaux, ainsi que par la poursuite de la dynamique des activités non agricoles, attendues en hausse de 4,6%.
BMCE Capital se montre encore plus optimiste. Son scénario central prévoit désormais une croissance de 5,7% en 2026, contre 5% auparavant, portée par une progression de 12% de la valeur ajoutée agricole et de 5,4% de la valeur ajoutée non agricole.
Les analystes rappellent toutefois que cette trajectoire reste dépendante de plusieurs facteurs de risque, notamment les aléas climatiques et l’évolution de la situation géopolitique au Moyen-Orient.
Une inflation sous contrôle malgré les tensions énergétiques
L’autre élément clé du débat monétaire concerne l’évolution des prix.
Après avoir atteint des niveaux historiquement faibles en début d’année, avec une inflation de -0,8%, l’indice des prix à la consommation s’est progressivement redressé pour atteindre 0,9% en mars puis 1,7% en avril 2026. En mai, le
rythme de progression des prix a toutefois ralenti à 1,2%, selon les dernières données du HCP.
Cette remontée temporaire est principalement attribuée à la composante non alimentaire, notamment aux carburants dont les prix avaient bondi de 21,8% sur le seul mois d’avril sous l’effet des tensions sur les marchés énergétiques internationaux.
Pour les prochains mois, le HCP anticipe une inflation proche de 1,5% au deuxième trimestre dans un scénario de normalisation progressive des cours pétroliers. En revanche, cette prévision pourrait atteindre 2,3% si les tensions géopolitiques au Moyen-Orient venaient à perdurer.
Dans ce contexte, BKGR estime que les pressions inflationnistes demeurent globalement maîtrisées et ne justifient pas, à ce stade, un resserrement monétaire.
Un environnement international plus complexe
La réunion du Conseil intervient également dans un contexte mondial plus délicat pour les banques centrales. Selon BKGR, les grandes institutions monétaires ont récemment adopté un ton plus restrictif face au retour des tensions inflationnistes liées à l’énergie. La
Banque centrale européenne (BCE) a ainsi relevé ses taux directeurs de 25 points de base lors de sa réunion du 11 juin 2026, après plusieurs mois de stabilité.
Aux États-Unis, la
Réserve fédérale a maintenu sa fourchette de taux entre 3,50% et 3,75%, tout en conservant une posture prudente. Le consensus des économistes table désormais sur un maintien de ces niveaux jusqu’à la fin de l’année.
Parallèlement, les tensions géopolitiques demeurent un facteur de vigilance. Au moment de l’élaboration de l’analyse de BKGR, le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran continuait de peser sur les marchés, notamment à travers les incertitudes entourant le
détroit d’Ormuz et les approvisionnements énergétiques mondiaux.
Soutenir le financement de l’économie
Dans ce contexte, le maintien du taux directeur apparaît comme le scénario privilégié par les professionnels interrogés par BKGR.
Selon les analystes, la Banque centrale dispose aujourd’hui d’une marge de manœuvre suffisante grâce à une inflation contenue et à une croissance robuste. Conserver un taux directeur à 2,25% permettrait ainsi de continuer à soutenir le financement de l’économie, alors que les besoins d’investissement s’intensifient avec les grands chantiers d’infrastructures et les échéances économiques des prochaines années.
Sauf surprise, le Conseil de Bank Al-Maghrib devrait donc privilégier la prudence et attendre davantage de visibilité sur l’évolution des prix de l’énergie et de la conjoncture internationale avant d’envisager un changement de cap monétaire.