Moncef Ben Hayoun
04 Février 2026
À 14:30
Le
Maroc progresse dans l’infrastructure numérique et la pénétration technologique. Cependant, les habitudes de paiement restent fortement ancrées dans l’utilisation de l’argent liquide. Des mesures structurelles et comportementales sont nécessaires pour renforcer l’adoption des paiements électroniques et améliorer l’inclusion financière numérique. Œuvrant pour la réduction de l’utilisation du cash, l’atténuation des coûts et des risques qui lui sont associés, ainsi que la formalisation de l’économie, Bank Al-Maghrib (BAM) accélère ses actions en impliquant l’ensemble des partenaires concernés afin d’engager les mesures appropriées.
Dans ce contexte, la Banque centrale s’associe à la Banque africaine de développement (BAD) pour lancer un fonds d’acquisition destiné à faciliter l’acceptation des
paiements électroniques par les
commerçants, dans le cadre d’une phase pilote nationale. Ce projet pilote est cofinancé par
Bank Al-Maghrib (700.000 dollars) et la
BAD à travers la Facilité pour l’inclusion financière numérique en Afrique (subvention de 510.000 dollars), soit 1,21 million de dollars. Il vise à développer les paiements électroniques et encourager leur adoption, en subventionnant l’enrôlement des commerçants par le biais des prestataires de services financiers et des fintechs, afin de réduire la circulation de l’espèce au Maroc.
Un Fonds durable pour l’acceptation des paiements numériques
Les résultats de cette phase pilote serviront à orienter la conception d’un Fonds durable pour l’acceptation des paiements numériques par les commerçants, estimé à 7 millions de dollars (environ 65 millions de DH) d’ici 2028. Ce fonds sera capitalisé à travers des contributions en espèces et en nature provenant du gouvernement, des partenaires au développement et des principaux acteurs de l’écosystème national, notamment les banques commerciales et les prestataires de services de paiement.
Les ressources du Fonds seront utilisées pour: (i) subventionner les terminaux de paiement électronique (TPE) et les solutions dématérialisées (codes QR) ; (ii) réduire les commissions des commerçants en subventionnant une partie des coûts d’exploitation des transactions électroniques ; et (iii) conduire une campagne de sensibilisation et de communication autour du paiement
électronique.
Mis en œuvre sous la responsabilité de
Bank Al-Maghrib, le projet s’inscrit dans les orientations du nouveau modèle de développement, de la Stratégie nationale d’inclusion financière et de la Stratégie de développement des paiements. Il intervient dans un contexte où, malgré une forte pénétration du mobile et d’Internet, l’utilisation des paiements électroniques demeure limitée, en raison notamment de la dépendance persistante à l’argent liquide, du poids de l’économie informelle et d’un écosystème de paiement numérique encore insuffisamment développé. Face à ces contraintes, le partenariat entre Bank Al-Maghrib et la Banque africaine de développement vise à déployer un réseau structuré et robuste de paiements électroniques, à renforcer les infrastructures d’acceptation et à accompagner les acteurs économiques dans l’adoption de ces moyens de paiement.
Un mécanisme d’incitation
Le dispositif repose sur un mécanisme d’incitation ciblant en priorité les
commerçants, considérés comme un maillon clé de la chaîne de paiement. À travers un appel à propositions compétitif, des prestataires de services de paiement agréés seront sélectionnés pour équiper, former et enrôler les commerçants dans l’écosystème des paiements numériques. L’objectif est d’intégrer 20.000 commerçants à l’horizon 2028, dont au moins 18.000 équipés en terminaux de paiement électronique, avec une attention particulière portée aux zones rurales et périurbaines.
Le projet pilote accorde également une place centrale à l’inclusion des femmes et des populations vulnérables. Il prévoit que 50% des commerçants bénéficiaires soient des femmes, notamment à travers l’implication de coopératives féminines et d’activités de proximité. Des campagnes de sensibilisation et d’éducation financière accompagneront le déploiement des équipements afin de renforcer la confiance dans les moyens de paiement électroniques et d’assurer une adoption durable.
Au-delà de l’équipement, cette initiative vise à créer un écosystème de paiements électroniques plus large, rentable et inclusif, en réduisant les barrières économiques à l’acceptation des paiements digitaux. En contribuant à limiter le recours au cash, le projet entend favoriser la traçabilité des transactions, soutenir la formalisation de l’économie et renforcer la sécurité des paiements.
Sur le plan économique, au-delà de la transparence financière et la réduction de l’économie informelle, le projet permettra l’inclusion des populations marginalisées dans l’écosystème numérique, en particulier les bénéficiaires d’aides sociales, contribuant à stimuler la consommation locale et les
échanges commerciaux.
À une échelle macroéconomique, la transition vers les paiements numériques améliore la productivité et diminue les coûts logistiques, tout en renforçant la sécurité des transactions et en limitant les risques de fraude.
Une gouvernance rigoureuse
La mise en œuvre sera pilotée par le Département des paiements et de la surveillance de BAM, avec l’appui d’un comité de pilotage incluant des représentants du Trésor public et des principaux acteurs de l’écosystème. Un système de suivi-évaluation rigoureux, basé sur des indicateurs clés de performance, garantira la transparence et l’atteinte des résultats.Cette initiative s’inspire de réussites internationales similaires en Égypte, au Mexique et en Inde, où les subventions publiques ont permis d’accélérer significativement l’adoption des paiements électroniques.