LE MATIN
07 Mai 2026
À 15:06
Dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie et les tensions sur le
cheptel national, le dossier de
l’importation des ovins continue de susciter interrogations et critiques. Invité mercredi de l’émission « Saât Assaraha » sur 2M,
Nizar Baraka a défendu les mesures prises par l’État tout en reconnaissant l’existence de dérives spéculatives ayant alimenté la colère des consommateurs.
Au cœur de son intervention, un terme s’est imposé : celui des «
frakchia », ou ces intermédiaires ou spéculateurs qui profitent des situations de crise pour réaliser des gains excessifs. Pour le ministre, une partie des importateurs a clairement tiré profit du dispositif d’aide mis en place pour contenir les prix de la viande et des moutons avant l’
Aïd Al-Adha.
Nizar Baraka a rappelé que l’État avait accordé une subvention de 500 dirhams par tête importée afin d’alléger les coûts et protéger le pouvoir d’achat des ménages. Théoriquement, explique-t-il, un mouton acheté à 2.000 dirhams revenait donc à 1.500 dirhams après déduction de l’aide publique. Dès lors, voir certains animaux revendus à 4.000 voire 4.500 dirhams ne peut, selon lui, s’expliquer uniquement par les coûts logistiques ou commerciaux. « Comment peut-on acheter un mouton à 2.000 DH, bénéficier d’une aide de 500 DH et le revendre ensuite à 4.500 DH ? Ce n’est pas logique », a-t-il lancé, dénonçant une logique de profit excessif au détriment des citoyens. Et de préciser que le Maroc ne doit plus gaspiller de la devise pour ces importations puisqu'on est capable de développer une offre suffisante en interne.
Le secrétaire général de l’Istiqlal affirme toutefois qu’il ne faut pas généraliser. Tous les importateurs ne doivent pas être assimilés aux « frakchia », insiste-t-il. Certains opérateurs auraient commercialisé leurs ovins à des prix raisonnables, tandis que d’autres auraient créé des sociétés d’importation uniquement pour profiter de l’opération et engranger des bénéfices rapides.
Selon lui, plusieurs entreprises se sont lancées pour la première fois dans l’importation de moutons exclusivement dans le cadre de cette opération exceptionnelle. « Ce sont eux les frakchia », affirme-t-il, estimant que certains ont doublé, voire triplé leurs marges dans un contexte pourtant difficile pour les ménages marocains.
Face à ces dérives, les autorités auraient fini par revoir leur copie. Nizar Baraka explique que le gouvernement a décidé de suspendre l’aide directe de 500 dirhams après avoir analysé les données du ministère des Finances et les prix pratiqués sur le marché.
Autre point sensible abordé durant l’émission : la polémique autour des « 13 milliards de dirhams ». Nizar Baraka a tenu à clarifier ce chiffre, contestant avoir lui-même évoqué ce montant comme une aide directe versée aux importateurs.
Selon lui, ce montant englobe à la fois les aides directes accordées aux opérateurs, mais aussi les recettes fiscales auxquelles l’État a renoncé en suspendant les droits de douane et la TVA sur les importations. Il s’agit donc, explique-t-il, d’un mélange entre dépenses budgétaires effectives et « dépenses fiscales ».
L’ancien ministre des Finances rappelle d’ailleurs que les droits de douane appliqués aux ovins peuvent atteindre jusqu’à 200%. Leur suspension entraîne donc mécaniquement un manque à gagner important pour les finances publiques. « Cela ne signifie pas que l’État a décaissé 13 milliards de dirhams au profit des importateurs », nuance-t-il.
Pour Nizar Baraka, cette crise met surtout en lumière la nécessité de mieux encadrer les circuits d’approvisionnement et de disposer d’une vision précise du cheptel national. Le recensement réalisé récemment par le ministère de l’Intérieur constitue, selon lui, un outil essentiel pour planifier les besoins du pays et éviter de nouvelles tensions sur les prix.