Casablanca-Settat se dotera d’une Carte agricole régionale pour protéger ses terres de l’urbanisation
Le département de l’Agriculture engagera prochainement l’élaboration d’une Carte agricole régionale pour Casablanca-Settat assortie d’un Système d’information géographique. L’objectif : classer les terres selon leur potentiel agronomique et donner aux autorités un outil d’arbitrage face à la pression foncière qui s’exerce sur la région la plus peuplée du Royaume.
Saïd Naoumi
07 Août 2026
À 16:28
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Sept millions et demi d’habitants, 62% de la superficie régionale en surface agricole utile, et une pression urbaine qui ne faiblit pas. La région de Casablanca-Settat concentre à elle seule les tensions les plus vives entre développement urbain et préservation du foncieragricole au Maroc. Face à ce constat, le département de l’Agriculture s’apprête à engager l’élaboration d’une carte agricole régionale, conçue comme un outil d’aide à la décision pour les instances chargées d’examiner les documents d’urbanisme.
La démarche répond à une préoccupation ancienne mais de plus en plus pressante : la déperdition des terres agricoles sous l’effet de l’urbanisation, parfois incontrôlée, qui grignote des sols à fort potentiel productif. En l’absence d’outils de veille structurés, les services agricoles peinent aujourd’hui à peser efficacement dans les comités techniques locaux chargés d’examiner les schémas directeurs, les plans d’aménagement et les plans de développement des aires rurales.Une région agricole à l’échelle nationale
Avec une superficie de 20.394 km², la région de Casablanca-Settat représente 2,9% du territoire national mais concentre 20,9% de sa population, selon le dernier Recensement général de la population et de l’habitat. Deux préfectures – Casablanca et Mohammedia – et sept provinces composent cet ensemble, où alternent littoral atlantique, plaines céréalières et zones sahéliennes aux sols plus contraints.
La surface irriguée en goutte-à-goutte atteint 56.990 hectares, soit près de 28% de la superficie irriguée régionale, tandis que la surface moyenne exploitée par agriculteur s’établit à 6,8 hectares. Cette structure foncière, encore largement composée de petites et moyennes exploitations, se trouve directement exposée à l’expansion des zones bâties autour de Casablanca, El Jadida ou Berrechid.
Trois niveaux de classement pour arbitrer l’usage des sols
Le cœur du futur dispositif reposera sur une catégorisation des terres agricoles en trois niveaux, adossée aux cartes pédologiques, aux cartes de fertilité des sols et aux données climatiques disponibles, notamment celles produites par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Les périmètres irrigués relevant de la grande hydraulique, de la petite et moyenne hydraulique, les partenariats public-privé agricoles ainsi que les périmètres inscrits dans le Plan Maroc Vert ou dans le programme Génération Green figurent parmi les terres appelées à intégrer la première catégorie, la plus protectrice. Ce classement s’appuiera notamment sur le cadre fixé par le Décret n° 2-92-832 pris pour l’application de la Loi 12-90 relative à l’urbanisme, qui prévoit la délimitation des zones agricoles comme condition de préservation du patrimoine foncier.
Un système d’information géographique partagé entre services
Au-delà de la carte elle-même, le dispositif prévoit la mise en place d’un système d’information géographique commun aux échelons central, régional et local du ministère de l’Agriculture. Cet outil intégrera les données relatives aux ressources en eau, aux sols, aux projets d’investissement agricole, aux zones pastorales et sylvo-pastorales, aux documents d’urbanisme en vigueur, à l’occupation du sol, au bâti et aux titres fonciers.
Un important volet cartographique portera également sur l’évaluation, par télédétection spatiale, de l’évolution de l’urbanisation entre 2010 et 2025, afin de mesurer la consommation réelle des terres agricoles par les constructions et les infrastructures sur les quinze dernières années - et d’anticiper les besoins fonciers à l’horizon 2030.
Un déploiement en quatre phases sur quinze mois
La démarche s’articule autour de quatre phases successives, pour une durée globale de quinze mois. Un atelier de démarrage réunira en amont les autorités locales, les agences urbaines et les départements de l’urbanisme et de l’équipement concernés. La carte agricole régionale sera éditée à une échelle appropriée, déclinée par province et par commune, avec une codification chromatique reprenant les trois niveaux de classement : vert foncé pour les terres à protéger strictement, vert clair pour les zones de sauvegarde et jaune pour les terres éligibles à l’urbanisation. Une fois finalisée, elle fera l’objet d’un atelier de restitution auprès des mêmes parties prenantes associées au lancement de l’étude.