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Jeudi 17 Septembre 2026
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Forêts au Maroc : un patrimoine qui pèse 17 milliards de DH par an

Les forêts marocaines couvrent près de 9 millions d’hectares et leurs fonctions économiques, sociales et environnementales sont évaluées à environ 17 milliards de DH par an. Dans un nouveau Rapport consacré aux liens entre forêts et alimentation, la FAO fait du Maroc l’une de ses cinq études de cas et met en lumière un rôle souvent méconnu : celui des espaces forestiers dans les revenus ruraux, l’élevage et, plus largement, la sécurité alimentaire.

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La forêt marocaine ne constitue pas uniquement un réservoir de biodiversité ou un rempart contre l’érosion et la désertification. Elle représente également une ressource économique et alimentaire importante pour les populations rurales. C’est l’un des principaux enseignements du Rapport «Forests for food – Nourishing people, sustaining the planet», élaboré conjointement par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et la Landscape Alliance. Le Maroc y figure parmi cinq pays étudiés spécifiquement, aux côtés de la Chine, de la République dominicaine, de la Türkiye et de l’Uruguay.

Selon le Rapport, les forêts couvrent environ 9 millions d’hectares, soit 12% du territoire national. Leurs différentes fonctions – protection des sols, régulation des eaux, production de bois, de fourrage, de fruits, de liège ou encore de plantes aromatiques et médicinales – représentent une valeur économique, sociale et environnementale estimée à 17 milliards de DH par an.

Le secteur forestier pèserait par ailleurs environ 2% du PIB national et générerait entre 8 et 10 millions de journées de travail par an, soit l’équivalent de quelque 50.000 emplois permanents. Il fournit en outre environ 30% des besoins nationaux en bois de construction et d’industrie et représente 4% de l’offre mondiale de liège.

Près de 17% des besoins du cheptel couverts par les forêts

L’intérêt du Rapport réside surtout dans la place qu’il accorde à une fonction moins visible des espaces forestiers : leur contribution à l’alimentation. Au Maroc, ils couvrent environ 17% des besoins du cheptel national, notamment grâce aux ressources pastorales. Le pâturage forestier contribue ainsi à la production de viande et de lait tout en limitant le recours des éleveurs aux aliments achetés pour leur bétail.

Les espaces forestiers fournissent aussi une diversité de produits directement consommés ou commercialisés : caroube, jujube, arbouse, champignons sauvages, glands, baies, plantes aromatiques et médicinales, mais aussi miel, notamment de thym et de cèdre. Ces ressources constituent à la fois des compléments alimentaires et des sources de revenus pour certaines populations rurales.

L'arganeraie illustre particulièrement ce poids socio-économique. D'après les données reprises par la FAO, plus de 3 millions de personnes sont concernées par la commercialisation de l'huile d'argan, dont 1,6 million en milieu rural. Plus de 850 coopératives féminines et 500 entreprises privées participent à la transformation et à la commercialisation des produits issus de l'arganier.

Eau et agriculture, l'autre contribution invisible de la forêt

Le rôle alimentaire des forêts ne se limite toutefois pas aux produits qu'elles fournissent directement. Le Rapport insiste sur les services rendus à l'agriculture : maintien de la fertilité des sols, limitation de l'érosion, protection de la biodiversité et des pollinisateurs ou encore régulation du cycle de l'eau. Ces fonctions contribuent à atténuer les effets des sécheresses et des inondations et, par conséquent, à stabiliser les conditions de production agricole.

La question est particulièrement importante pour le Maroc. La FAO relève que l'érosion des sols touche une part significative du territoire et peut affecter, en aval, les capacités de stockage des barrages. L'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) conduit à ce titre un programme d'aménagement des bassins versants en coordination avec les secteurs de l'agriculture et de l'eau.

Reboisement : 600.000 hectares ciblés à l'horizon 2030

Le Rapport revient également sur la stratégie Forêts du Maroc 2020-2030, qui prévoit notamment la restauration des écosystèmes dégradés. L'objectif affiché est de reboiser 600.000 hectares, de porter progressivement le rythme de reboisement à 100.000 hectares par an à l'horizon 2030 et d'atteindre un taux de réussite supérieur à 80%.

Cette politique comporte aussi un mécanisme de compensation destiné aux usagers des espaces sylvopastoraux temporairement soustraits au pâturage pour permettre la régénération ou le reboisement. La stratégie prévoit de porter cette compensation de 250 à 1.000 DH par hectare et par an pour les essences forestières, et de 350 à 1.100 DH pour l'arganier.

La FAO identifie néanmoins plusieurs domaines dans lesquels les efforts doivent être poursuivis. Elle relève notamment la nécessité de renforcer la participation des communautés locales et les mécanismes de partage des ressources, d'améliorer la coordination institutionnelle et de continuer à traiter les problématiques liées à l'érosion des sols et à la gestion de l'eau.

Le Rapport préconise aussi d'améliorer la collecte des données sur les produits forestiers et agroforestiers et de mettre en place des systèmes de suivi et d'évaluation des stratégies multisectorielles liées à la sécurité alimentaire. Sur le plan financier, il recommande de diversifier les ressources en mobilisant davantage le secteur privé, les partenariats public-privé et les mécanismes internationaux de financement climatique.

Un autre défi apparaît en filigrane : la pression exercée par le bois-énergie. La consommation annuelle est estimée dans le Rapport à 11,3 millions de tonnes, dont 89% en milieu rural. Environ 6,3 millions de tonnes proviendraient des forêts, alors que leur capacité de production durable est estimée à seulement 3,25 millions de tonnes.

Au-delà de leur fonction environnementale, les forêts apparaissent ainsi dans le Rapport comme une composante à part entière de la résilience agricole et alimentaire du Maroc. Un rôle d'autant plus stratégique que la préservation des sols, de l'eau et des ressources pastorales devient centrale dans un contexte de pression climatique croissante.
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