Quelques semaines auparavant, le gouvernement avait annoncé la fin de sept années consécutives de sécheresse. Au 12 janvier, les précipitations cumulées étaient supérieures de 95% à celles de la campagne précédente et de 17% à la moyenne saisonnière, tandis que le taux de remplissage des barrages était remonté à 46%, contre 28% un an plus tôt. Mais derrière ce spectaculaire retournement hydrique se pose une autre question, beaucoup moins visible : les écosystèmes marocains peuvent-ils récupérer aussi rapidement que les barrages se remplissent et que les paysages reverdissent ?
Pour Saïd Amazouz, ingénieur agronome phytiatre, spécialiste de la protection des plantes et de la lutte biologique, la réponse est clairement négative. « Il faut plusieurs années favorables pour parler de récupération. Une seule année ne peut pas compenser l’impact négatif de sept ans de sécheresse », explique-t-il à Le Matin.
La fin d’une sécheresse météorologique ne signifie donc pas nécessairement la disparition de ses effets hydrologiques et écologiques. Sols, forêts, parcours, nappes et végétation ne réagissent ni de la même manière ni au même rythme au retour des précipitations.
Altitude, nature des sols, capacité à retenir l’eau, couverture végétale ou encore irrigation interviennent également. Les zones forestières d’altitude du bassin se sont ainsi montrées plus résilientes que les espaces agricoles situés plus bas. Autrement dit, mesurer la pluie ne suffit pas pour savoir si un écosystème récupère réellement.
Saïd Amazouz insiste lui aussi sur les différences considérables de vitesse de récupération selon les milieux. « Les plantes annuelles montrent une récupération rapide, mais les plantes pérennes, et davantage encore les nappes, ont besoin de plus d’années pour véritablement récupérer », souligne-t-il.
Cette distinction est fondamentale. Une bonne campagne pluviométrique peut provoquer une reprise spectaculaire des cultures annuelles et des herbacées. Elle ne permet pas nécessairement à un arbre fragilisé pendant plusieurs années, à un sol dégradé ou à une nappe surexploitée de retrouver aussi rapidement son état antérieur.
Leurs résultats montrent que les réactions diffèrent fortement entre les vergers irrigués des plaines et les forêts sempervirentes des montagnes. Leur cartographie à une résolution de dix mètres classe 38% des superficies forestières étudiées comme vulnérables à la sécheresse, contre 62% considérées comme résistantes. Les données mettent parallèlement en évidence un fort épuisement des ressources en eau destinées à l’irrigation entre 2019 et 2024. Ce type de résultat souligne une particularité des sécheresses longues : un arbre ou un couvert végétal peut continuer à résister pendant un certain temps avant que les effets cumulés du manque d’eau ne deviennent pleinement visibles. À l’inverse, le retour de la pluie ne garantit pas une restauration instantanée des fonctions écologiques perdues.
Les recherches internationales vont dans le même sens. Une étude récente consacrée au temps de récupération des écosystèmes après une sécheresse conclut que la durée de l’épisode sec pèse davantage sur le temps de récupération que sa seule intensité. Les milieux ligneux et arides sont également ceux où les effets persistants de la sécheresse sont parmi les plus importants.
Pour le Maroc, après sept campagnes marquées par la sécheresse, cette conclusion prend une résonance particulière.
Les travaux de l’Institut national de la recherche agronomique montrent que les sécheresses récurrentes, le changement climatique et la surexploitation ont accéléré depuis plusieurs décennies la dégradation des parcours marocains. Celle-ci se traduit notamment par une diminution des superficies et de la production pastorales ainsi que par une perte de diversité floristique. Les outils cartographiques développés par l’INRA ont également mis en évidence une dynamique régressive rapide de certaines formations végétales pastorales.
Une synthèse scientifique publiée en 2025 sur les écosystèmes pastoraux du Maroc oriental aboutit au même diagnostic : sécheresses récurrentes et surexploitation ont entraîné un appauvrissement de la couverture végétale, une diminution de la production pastorale et une perte de biodiversité. Les pluies de 2026 peuvent donc relancer fortement la production de biomasse sans nécessairement restaurer en une saison la composition végétale, les sols ou la biodiversité perdus au cours des années précédentes.
Saïd Amazouz considère lui aussi le retour du vert comme un signal positif, mais appelle à ne pas en tirer de conclusions trop rapides. « C’est un signe, mais si la campagne qui suit n’est pas pluvieuse, on risque de revenir rapidement à l’état d’avant », prévient-il. Une hausse rapide d’un indice de végétation peut traduire le développement des herbacées et des cultures après les pluies. Elle ne permet pas, à elle seule, de conclure que les sols ont retrouvé leurs propriétés, que les arbres soumis pendant plusieurs années au stress hydrique sont sortis d’affaire ou que les parcours ont retrouvé leur biodiversité et leur capacité productive antérieures.
Une étude utilisant les données MODIS sur Rabat-Salé-Kénitra et Casablanca-Settat entre 2003 et 2023 avait d’ailleurs identifié une tendance à la baisse de l’indice de végétation NDVI sur la période étudiée, parallèlement à une augmentation de l’évapotranspiration, signe d’une pression croissante sur les écosystèmes de ces régions. La campagne actuelle constitue ainsi une occasion rare d’observer leur capacité de rebond après une longue période de stress.
Deux autres indicateurs doivent, selon l’expert, être suivis : les performances de la production agricole et l’évolution des cheptels. Ces données permettront de déterminer si l’amélioration constatée en 2026 correspond à un simple rebond après plusieurs campagnes difficiles ou au début d’une restauration plus durable des capacités productives.
Au Maroc même, une étude menée dans un bassin pastoral du Haut Atlas a mis en évidence une résilience significative de la végétation face à des sécheresses sévères, mais aussi le risque de franchir des seuils au-delà desquels cette capacité de récupération pourrait diminuer à mesure que l’aridité augmente. La pression du pâturage intervient également dans cette dynamique. C’est probablement l’un des principaux enseignements à tirer du retour spectaculaire des pluies : 2026 peut être une année de rebond sans être encore une année de récupération.
Le remplissage des retenues et le reverdissement des paysages constituent des signaux très favorables. Mais, comme le rappelle Saïd Amazouz, « une seule année ne peut pas compenser l’impact négatif de sept ans de sécheresse ». La véritable mesure du rétablissement se jouera donc sur plusieurs campagnes : évolution durable du couvert végétal, comportement des plantes pérennes, régénération des forêts et des parcours, performances agricoles et, surtout, recharge des nappes phréatiques.
Après sept années de sécheresse, la question n’est plus seulement de savoir combien il a plu. Elle est désormais de déterminer ce que les écosystèmes marocains sont capables de reconstruire, à quel rythme et à condition que les prochaines campagnes pluviométriques leur en laissent le temps.
Pour Saïd Amazouz, ingénieur agronome phytiatre, spécialiste de la protection des plantes et de la lutte biologique, la réponse est clairement négative. « Il faut plusieurs années favorables pour parler de récupération. Une seule année ne peut pas compenser l’impact négatif de sept ans de sécheresse », explique-t-il à Le Matin.
La fin d’une sécheresse météorologique ne signifie donc pas nécessairement la disparition de ses effets hydrologiques et écologiques. Sols, forêts, parcours, nappes et végétation ne réagissent ni de la même manière ni au même rythme au retour des précipitations.
Les plantes annuelles repartent vite, les pérennes beaucoup moins
Une étude publiée en mai 2026 dans la revue Modeling Earth Systems and Environment apporte un éclairage particulièrement intéressant sur le Maroc. Les chercheurs ont analysé près d’un demi-siècle de données, de 1975 à 2023, dans le bassin du barrage Ahmed El Hansali, dans le haut Oum Er-Rbia. Ils ont croisé précipitations, débits et données satellitaires sur la végétation afin de suivre simultanément les dimensions météorologique, hydrologique et écologique de la sécheresse. Le constat est net : la fréquence et la sévérité des sécheresses se sont accentuées depuis le début des années 1990 et la période 2020-2023 apparaît comme la plus critique de toute la série étudiée. Mais l’un des résultats les plus intéressants concerne la végétation : sa réponse n’évolue pas mécaniquement avec les précipitations ou les débits.Altitude, nature des sols, capacité à retenir l’eau, couverture végétale ou encore irrigation interviennent également. Les zones forestières d’altitude du bassin se sont ainsi montrées plus résilientes que les espaces agricoles situés plus bas. Autrement dit, mesurer la pluie ne suffit pas pour savoir si un écosystème récupère réellement.
Saïd Amazouz insiste lui aussi sur les différences considérables de vitesse de récupération selon les milieux. « Les plantes annuelles montrent une récupération rapide, mais les plantes pérennes, et davantage encore les nappes, ont besoin de plus d’années pour véritablement récupérer », souligne-t-il.
Cette distinction est fondamentale. Une bonne campagne pluviométrique peut provoquer une reprise spectaculaire des cultures annuelles et des herbacées. Elle ne permet pas nécessairement à un arbre fragilisé pendant plusieurs années, à un sol dégradé ou à une nappe surexploitée de retrouver aussi rapidement son état antérieur.
Des arbres peuvent résister plusieurs années avant de décrocher
Une autre étude publiée en 2026 s’est précisément penchée sur cette question dans le bassin de l’Oum Er-Rbia. Des chercheurs issus notamment de l’Université Mohammed VI Polytechnique et de l’Université Cadi Ayyad ont utilisé des observations satellitaires à haute résolution pour analyser la réaction d’arbres soumis à une sécheresse prolongée entre 2019 et 2024.Leurs résultats montrent que les réactions diffèrent fortement entre les vergers irrigués des plaines et les forêts sempervirentes des montagnes. Leur cartographie à une résolution de dix mètres classe 38% des superficies forestières étudiées comme vulnérables à la sécheresse, contre 62% considérées comme résistantes. Les données mettent parallèlement en évidence un fort épuisement des ressources en eau destinées à l’irrigation entre 2019 et 2024. Ce type de résultat souligne une particularité des sécheresses longues : un arbre ou un couvert végétal peut continuer à résister pendant un certain temps avant que les effets cumulés du manque d’eau ne deviennent pleinement visibles. À l’inverse, le retour de la pluie ne garantit pas une restauration instantanée des fonctions écologiques perdues.
Les recherches internationales vont dans le même sens. Une étude récente consacrée au temps de récupération des écosystèmes après une sécheresse conclut que la durée de l’épisode sec pèse davantage sur le temps de récupération que sa seule intensité. Les milieux ligneux et arides sont également ceux où les effets persistants de la sécheresse sont parmi les plus importants.
Pour le Maroc, après sept campagnes marquées par la sécheresse, cette conclusion prend une résonance particulière.
Les parcours, un autre point de vigilance
La question est encore plus complexe pour les parcours pastoraux. Contrairement à un barrage, dont le niveau peut remonter rapidement après de fortes précipitations, un parcours dégradé dépend à la fois de l’eau, du couvert végétal, de la biodiversité, de l’état du sol et de la pression exercée par le bétail.Les travaux de l’Institut national de la recherche agronomique montrent que les sécheresses récurrentes, le changement climatique et la surexploitation ont accéléré depuis plusieurs décennies la dégradation des parcours marocains. Celle-ci se traduit notamment par une diminution des superficies et de la production pastorales ainsi que par une perte de diversité floristique. Les outils cartographiques développés par l’INRA ont également mis en évidence une dynamique régressive rapide de certaines formations végétales pastorales.
Une synthèse scientifique publiée en 2025 sur les écosystèmes pastoraux du Maroc oriental aboutit au même diagnostic : sécheresses récurrentes et surexploitation ont entraîné un appauvrissement de la couverture végétale, une diminution de la production pastorale et une perte de biodiversité. Les pluies de 2026 peuvent donc relancer fortement la production de biomasse sans nécessairement restaurer en une saison la composition végétale, les sols ou la biodiversité perdus au cours des années précédentes.
Le spectaculaire retour du vert peut tromper
C’est précisément ici que les images satellites doivent être interprétées avec précaution. Le contraste observé par Copernicus entre février 2025 et février 2026 dans le nord-est du Maroc est incontestable : après deux mois de fortes précipitations, la végétation a connu un rebond spectaculaire. Mais reverdissement et récupération écologique ne sont pas synonymes.Saïd Amazouz considère lui aussi le retour du vert comme un signal positif, mais appelle à ne pas en tirer de conclusions trop rapides. « C’est un signe, mais si la campagne qui suit n’est pas pluvieuse, on risque de revenir rapidement à l’état d’avant », prévient-il. Une hausse rapide d’un indice de végétation peut traduire le développement des herbacées et des cultures après les pluies. Elle ne permet pas, à elle seule, de conclure que les sols ont retrouvé leurs propriétés, que les arbres soumis pendant plusieurs années au stress hydrique sont sortis d’affaire ou que les parcours ont retrouvé leur biodiversité et leur capacité productive antérieures.
Une étude utilisant les données MODIS sur Rabat-Salé-Kénitra et Casablanca-Settat entre 2003 et 2023 avait d’ailleurs identifié une tendance à la baisse de l’indice de végétation NDVI sur la période étudiée, parallèlement à une augmentation de l’évapotranspiration, signe d’une pression croissante sur les écosystèmes de ces régions. La campagne actuelle constitue ainsi une occasion rare d’observer leur capacité de rebond après une longue période de stress.
Barrages et nappes, les indicateurs à surveiller
Comment déterminer alors si le Maroc est réellement engagé dans une phase de récupération durable ? Pour Saïd Amazouz, le premier indicateur reste l’évolution des ressources hydriques, qu’elles soient superficielles ou souterraines. « Les ressources hydriques sont le principal signe à suivre, que ce soit en surface, avec le taux de remplissage des barrages, ou au niveau souterrain avec les nappes phréatiques et leurs niveaux piézométriques », explique l’ingénieur agronome. La distinction est importante. Les pluies et les apports peuvent provoquer une remontée relativement rapide des retenues de barrages. La recharge d’une nappe souterraine obéit, elle, à des mécanismes beaucoup plus lents et dépend notamment de l’infiltration, de la géologie, des prélèvements et de la succession de plusieurs épisodes pluvieux.Deux autres indicateurs doivent, selon l’expert, être suivis : les performances de la production agricole et l’évolution des cheptels. Ces données permettront de déterminer si l’amélioration constatée en 2026 correspond à un simple rebond après plusieurs campagnes difficiles ou au début d’une restauration plus durable des capacités productives.
Tous les écosystèmes ne récupéreront pas au même rythme
Il serait donc hasardeux de fixer un nombre unique d’années nécessaires au rétablissement des écosystèmes marocains. Une culture annuelle, un parcours steppique, une forêt de cèdres, une arganeraie ou une nappe phréatique n’ont ni la même inertie ni la même capacité de récupération. La recherche internationale montre d’ailleurs que les sols plus secs et une forte aridité atmosphérique tendent à ralentir la récupération de la végétation après une sécheresse.Au Maroc même, une étude menée dans un bassin pastoral du Haut Atlas a mis en évidence une résilience significative de la végétation face à des sécheresses sévères, mais aussi le risque de franchir des seuils au-delà desquels cette capacité de récupération pourrait diminuer à mesure que l’aridité augmente. La pression du pâturage intervient également dans cette dynamique. C’est probablement l’un des principaux enseignements à tirer du retour spectaculaire des pluies : 2026 peut être une année de rebond sans être encore une année de récupération.
Le remplissage des retenues et le reverdissement des paysages constituent des signaux très favorables. Mais, comme le rappelle Saïd Amazouz, « une seule année ne peut pas compenser l’impact négatif de sept ans de sécheresse ». La véritable mesure du rétablissement se jouera donc sur plusieurs campagnes : évolution durable du couvert végétal, comportement des plantes pérennes, régénération des forêts et des parcours, performances agricoles et, surtout, recharge des nappes phréatiques.
Après sept années de sécheresse, la question n’est plus seulement de savoir combien il a plu. Elle est désormais de déterminer ce que les écosystèmes marocains sont capables de reconstruire, à quel rythme et à condition que les prochaines campagnes pluviométriques leur en laissent le temps.
