Économie

CGEM : Mehdi Tazi annonce la relance de la banque de projets et appelle à revoir les règles pour stimuler l’investissement privé

La CGEM veut accélérer le passage du Maroc d’une économie compétitive par les coûts à un modèle fondé sur l’innovation et la valeur ajoutée locale. À l’occasion du Forum « Entrepreneurs en mouvement », son président, Mehdi Tazi, a annoncé la relance de la banque de projets industriels et plaidé pour plusieurs réformes : remplacement des autorisations par des cahiers des charges lorsque cela est possible, encadrement des refus administratifs, remboursement immédiat des trop-perçus fiscaux et révision des droits de douane sur les intrants. Le patronat ambitionne également de renforcer le financement des PME, d'améliorer la compétitivité énergétique et de développer les exportations vers l’Europe et l’Afrique.

Mehdi Tazi, président de la CGEM

18 Octobre 2026 À 09:35

La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) entend donner une nouvelle impulsion à l’investissement privé et à la transformation du tissu productif national. Réunis à l’occasion du Forum « Entrepreneurs en mouvement : Transformer les priorités en actions », les chefs d’entreprise ont été appelés à miser davantage sur l’innovation, l’intégration industrielle, la montée en gamme et l’internationalisation. Dans son intervention, Mehdi Tazi, président de la CGEM, a défendu une évolution du modèle de croissance marocain, tout en formulant des propositions concrètes destinées à améliorer l’environnement des affaires. Parmi les annonces figure la relance, par la Confédération, de la banque de projets initiée dans les années 2010-2020 par le ministère de l’Industrie. L’objectif est d’identifier de nouvelles opportunités de production locale, de mobiliser des entrepreneurs autour de ces projets et de les accompagner dans leur concrétisation, notamment dans les activités de substitution aux importations. « Une ancienne bonne idée est encore une bonne idée », a lancé Mehdi Tazi pour justifier la reprise de cette initiative.



Cette annonce intervient alors que le secteur privé ne représente encore, selon les estimations avancées par le président de la CGEM, qu’environ un tiers de l’investissement global, voire légèrement davantage aujourd’hui. Une contribution jugée insuffisante au regard des ambitions de transformation économique du pays. Pour le patronat, le secteur privé doit désormais prendre davantage le relais de l’investissement public, en s'appuyant sur les infrastructures et les réformes réalisées au cours des dernières décennies.

Passer d’un modèle de compétitivité par les coûts à la création de valeur

Mehdi Tazi a commencé par dresser un bilan des transformations économiques du Maroc au cours des vingt-cinq dernières années.

Il a notamment souligné la solidité des institutions, la stabilité politique et macroéconomique ainsi que le développement des infrastructures portuaires, routières, aéroportuaires et énergétiques. Selon les chiffres qu’il a présentés, le PIB marocain a été multiplié par quatre en vingt-cinq ans, tandis que les exportations ont été multipliées par sept. Ces résultats reposent, à ses yeux, sur la mise en place de fondamentaux permettant aux investisseurs nationaux et étrangers d’opérer dans un environnement relativement stable.

Le président de la CGEM a également cité la disponibilité des devises, la solidité du dirham et une inflation qu’il a présentée comme généralement contenue à moins de 2% parmi les éléments de stabilité de l’économie marocaine.

Mais ce modèle, historiquement fondé en partie sur la compétitivité des coûts, doit désormais évoluer. « Nous devons passer progressivement d’un modèle piloté par les coûts à un modèle piloté par l’innovation, la création de valeur ajoutée et la création de valeur ajoutée au sein de notre économie », a-t-il affirmé. Certains secteurs ont déjà engagé cette transformation. Dans l’automobile, le taux d’intégration locale est passé de niveaux très faibles à plus de 60%, voire 65%, selon les ordres de grandeur évoqués par Mehdi Tazi. Dans l’aéronautique, il dépasse désormais 40% et pourrait approcher 50%. Ces progrès demeurent toutefois concentrés dans quelques filières.La CGEM souhaite étendre cette logique à l’ensemble de l’économie.



Pour son président, une compétitivité reposant essentiellement sur les coûts de production peut soutenir la croissance pendant plusieurs années, mais ne constitue pas un avantage durable. L’innovation, la maîtrise technologique et la valeur ajoutée locale doivent progressivement devenir les principaux moteurs du développement.

Une énergie à 50 centimes le kilowattheure pour renforcer la compétitivité

Pour accompagner cette transformation, Mehdi Tazi a présenté plusieurs leviers prioritaires, à commencer par l’investissement et la compétitivité. Sur ce dernier point, il a particulièrement insisté sur le coût de l’énergie. Le président de la CGEM estime que le Maroc dispose déjà d’atouts importants, notamment grâce au développement des énergies renouvelables, mais qu’il pourrait aller plus loin.

« Nous avons la conviction que nous pouvons arriver à une énergie à 50 centimes du kilowattheure », a-t-il déclaré. Un tel niveau constituerait, selon lui, un avantage supplémentaire pour l’attractivité industrielle du Royaume et la compétitivité des entreprises.

Cette ambition s’inscrit dans une approche plus large des facteurs de production, qui comprend également le foncier, la logistique, le financement et le capital humain. Pour la CGEM, l’amélioration de ces différents paramètres doit permettre aux entreprises marocaines de développer des activités à plus forte valeur ajoutée et de mieux affronter la concurrence internationale.

PME : la CGEM plaide pour davantage de fonds de dette et de capital-investissement

Le financement des très petites, petites et moyennes entreprises constitue un autre axe central du programme défendu par Mehdi Tazi. Le président de la CGEM reconnaît les avancées enregistrées ces dernières années, notamment avec la mise en place du Fonds Mohammed VI pour l’investissement et l’intérêt croissant du système bancaire pour le financement des PME. Il considère néanmoins que les mécanismes existants doivent être renforcés pour accompagner davantage d’entreprises dans leur croissance. La Confédération souhaite ainsi une implication supplémentaire des banques et évoque la possibilité de développer des fonds de dette ainsi que davantage de fonds de capital-investissement (private equity) adaptés aux besoins de cette catégorie d’entreprises.

L’enjeu est de faciliter l’accès aux ressources financières nécessaires à l’investissement, à l’innovation et au changement d’échelle des entreprises marocaines.

Mehdi Tazi a également insisté sur l’importance de la formation professionnelle. Malgré les progrès réalisés, il estime que les dispositifs actuels ne bénéficient encore qu’à une partie limitée de la population. Il appelle ainsi à renforcer la formation des jeunes comme des salariés plus âgés, des femmes comme des hommes, et à élargir l’accès aux compétences dans l’ensemble des régions. La montée en qualification du capital humain apparaît, dans cette perspective, comme une condition indispensable à la transformation du modèle productif.

« Un refus ne coûte rien à celui qui le prononce, mais nous coûte des emplois »

Au-delà des leviers économiques, Mehdi Tazi a formulé plusieurs propositions visant à modifier les relations entre les entreprises et l’administration. La première consiste à remplacer, chaque fois que cela est possible, les régimes d’autorisation préalable par des cahiers des charges. Le principe défendu par la CGEM est de définir clairement les obligations des opérateurs, puis de leur permettre d’exercer leurs activités, sous réserve de contrôles et de sanctions en cas de non-respect des règles. « Définissez-nous un cahier des charges, dites-nous ce que vous attendez de nous et laissez-nous faire. Et si on ne respecte pas, sanctionnez-nous », a résumé Mehdi Tazi. Cette proposition vise à réduire les blocages administratifs susceptibles de retarder les investissements. Le président de la CGEM a également plaidé pour un changement de logique concernant les refus opposés aux entreprises. « Un refus ne coûte rien à celui qui le prononce, mais il nous coûte collectivement des emplois, des investissements et de la croissance », a-t-il déclaré.

Selon lui, les décisions négatives devraient être davantage encadrées, notamment dans le temps, et pouvoir faire l’objet d’explications et de contestations. Il a souligné l’asymétrie actuelle entre la décision d’autoriser, qui peut exposer son auteur à un risque de responsabilité, et celle de refuser, qui ne présente pas nécessairement les mêmes conséquences. Pour la CGEM, cette logique doit être rééquilibrée afin de favoriser la prise de décision et de limiter les retards dans la réalisation des projets.

Fiscalité : remboursement immédiat des trop-perçus et révision des droits de douane

Deux autres revendications portent sur la fiscalité et les conditions de production. Mehdi Tazi a demandé le remboursement immédiat des trop-perçus fiscaux, notamment ceux liés aux retenues à la source. Il considère que les sommes immobilisées auprès de l’administration représentent autant de ressources dont les entreprises ne peuvent pas disposer pour financer leurs investissements.

« Une entreprise qui attend son argent pour investir, attend et n’investit pas », a-t-il souligné.

Tazi a également défendu une révision de certaines structures tarifaires douanières. Selon lui, les droits de douane appliqués aux intrants ne devraient jamais être supérieurs à ceux qui frappent les produits finis fabriqués à partir de ces mêmes intrants. Une telle situation peut, en effet, pénaliser les producteurs locaux en renchérissant leurs coûts de fabrication par rapport aux produits importés.

Pour la Confédération, la cohérence de la politique douanière constitue donc un élément important de la stratégie de substitution aux importations et de développement de la valeur ajoutée nationale.

Exportations : le patronat veut accélérer en Europe et en Afrique

L’internationalisation constitue un autre chantier prioritaire. Mehdi Tazi a appelé les entreprises marocaines à renforcer leur présence sur les marchés étrangers, particulièrement en Europe et en Afrique, tout en distinguant les enjeux propres à chaque zone.

Sur le marché européen, il a attiré l’attention sur la complexification de l’environnement réglementaire et sur les conséquences des politiques de réindustrialisation. Pour la CGEM, les entreprises marocaines doivent suivre de près les évolutions des normes et des réglementations européennes afin de préserver leur accès au marché et d'adapter leurs stratégies.

Le président de la Confédération estime néanmoins que la proximité géographique, la compétitivité et l’intégration des chaînes de valeur entre le Maroc et l’Union européenne constituent des avantages importants. Même si le mouvement de réindustrialisation européen peut représenter une menace pour certaines activités, il pourrait également créer de nouvelles opportunités pour les fournisseurs marocains. Sur le continent africain, Mehdi Tazi a insisté sur la nécessité d’accélérer l’intégration commerciale, notamment à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Il a rappelé que seulement 15% des échanges africains s’effectuent entre pays du continent, contre 57% en Europe et près de 60% en Asie. Cet écart illustre le potentiel encore largement inexploité du commerce intra-africain. La présence de représentants d’organisations patronales de 15 pays africains, annoncée lors du forum, s’inscrit dans cette volonté de renforcer les relations économiques entre entreprises du continent.

Ferroviaire, défense, data centers et IA : de nouveaux écosystèmes à développer

Le représentant du Patronat a également identifié plusieurs secteurs susceptibles de constituer les prochains relais de croissance industrielle du Maroc. Il a notamment cité les priorités nationales liées à la souveraineté hydrique, énergétique et alimentaire, à la montée en gamme industrielle ainsi qu'au développement du numérique et de l’intelligence artificielle. Parmi les nouveaux écosystèmes évoqués figure le ferroviaire. Le président de la CGEM estime que cette filière, notamment à travers les projets industriels en développement à Benguerir, pourrait progressivement constituer un nouvel écosystème national, à l’image de ceux déjà structurés dans l’automobile et l’aéronautique.

L’industrie de défense représente également, selon lui, un secteur dans lequel les entreprises marocaines peuvent trouver de nouvelles opportunités. « La défense n’est pas un secteur fermé », a-t-il affirmé, appelant les opérateurs à examiner les possibilités de développement offertes par cette activité.

Autre domaine mis en avant : les centres de données. Mehdi Tazi considère que le Maroc pourrait renforcer son attractivité dans ce secteur grâce à ses capacités de production d’énergie verte et à la disponibilité de foncier, notamment dans les régions du Sud.

L’intelligence artificielle représente également un potentiel de transformation pour les entreprises nationales, aussi bien à travers le développement d'infrastructures numériques que par l'intégration de ces technologies dans leurs processus de production et de gestion. Enfin, la Coupe du monde 2030 a été présentée comme un accélérateur de réalisation des projets. Les investissements engagés dans les aéroports, les ports, l’hôtellerie et d’autres infrastructures bénéficient, selon Mehdi Tazi, de calendriers de réalisation plus contraints, favorisant la mobilisation des entreprises et l’accélération des chantiers.
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