Moncef Ben Hayoun
12 Février 2026
À 17:59
Le Maroc s'impose comme un cas d'école en matière de co-financement du développement. Au cours de la dernière décennie (de l’exercice 2016 à aujourd’hui), cinq projets soutenus par le Groupe de la Banque mondiale dans le pays ont fait l’objet de cofinancements par d'autres partenaires, permettant de mobiliser plus de 2 milliards de dollars. Ces investissements touchent désormais des secteurs aussi variés que le développement urbain, l'agriculture, les transports, la santé, l'énergie et le numérique. Cette réussite a conduit le Groupe de la Banque mondiale, le ministère de l'Économie et des finances et l'Agence française de développement (AFD) à coorganiser, le 11 février à Casablanca, le Forum «La force du cofinancement», un événement destiné à renforcer la collaboration autour de cet enjeu stratégique.
«L'expérience du Maroc montre que le cofinancement ne consiste pas seulement à mettre en commun des ressources : c'est un levier pour obtenir des résultats de plus grande ampleur, plus rapides et plus transformateurs», a déclaré Nadia Fettah, ministre de l'Économie et des finances, dans un message adressé aux conférenciers. Parmi les mégaprojets ayant bénéficié d’un important effort de cofinancement figurent le complexe solaire Noor Ouarzazate et le pôle de mobilité et de logistique du Grand Casablanca.
Un mécanisme en pleine expansion mondiale
Cette rencontre intervient alors qu'un Rapport de la
Banque mondiale publié en octobre dernier révèle une croissance spectaculaire du co-financement à l'échelle internationale. En 2025, le
co-financement des projets de la Banque a atteint un niveau record de 7,6 milliards de dollars, dépassant pour la première fois les propres engagements de l'institution (6,0 milliards) sur les projets co-financés.
Entre 2021 et 2025, le
portefeuille de co-financement de la Banque mondiale a représenté en moyenne 3,5 milliards de dollars par an, contre 2,9 milliards lors des cinq années précédentes. Cette progression s'est particulièrement accélérée depuis 2023, année où la Banque a adopté une structure de partage des coûts plus attractive et formalisé ses arrangements institutionnels avec des partenaires clés.
Les
banques multilatérales de développement (BMD) ont pris le leadership, représentant 80% du co-financement en 2025, supplantant ainsi les agences bilatérales. Sur les 104 projets co-financés au cours des cinq dernières années, trois secteurs concentrent 57% des engagements : l'énergie et les industries extractives (3,5 milliards), les transports (3,4 milliards) et la santé (3,1 milliards).
Par région,
l'Afrique subsaharienne a capté 4,3 milliards de dollars de co-financement, soit 25% du total des engagements, faisant de la région la deuxième plus importante bénéficiaire après l'Europe et l'Asie centrale. La région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) a reçu 1,0 milliard de dollars de co-financement entre 2021 et 2025, soit 6% du total mondial.
«Aucune institution ne peut y répondre seule»
«Les besoins de financement pour le développement sont immenses, et aucune institution ne peut y répondre seule», a indiqué Anshula Kant. La directrice générale et directrice financière du Groupe de la Banque mondiale s’exprimait lors de la cérémonie d’ouverture du Forum, aux côtés de Nezha Hayat, DG du Fonds Mohammed VI pour l'Investissement, et de Rémy Rioux, directeur de l’AFD.
«Lorsque les partenaires de développement unissent leurs efforts et s'alignent sur les priorités nationales, nous pouvons mobiliser davantage de ressources – y compris des capitaux privés –, réduire la fragmentation de l'aide et soutenir des investissements plus importants et porteurs de transformations», a détaillé Anshula Kant. La DG du Groupe de la Banque mondiale salue le Maroc comme «un excellent exemple» de collaboration réussie pour «appuyer des investissements qui créent des emplois et davantage d'opportunités».
À l’échelle internationale, et afin de faciliter la collaboration, la Banque mondiale et neuf autres banques multilatérales de développement (BMD) ont lancé en 2024 une plateforme de cofinancement visant à canaliser des capitaux supplémentaires pour un impact plus important et à plus grande échelle. À ce jour, ce portail recense 234 projets représentant 128,8 milliards de dollars de besoins de financement, parmi lesquels figurent des projets au Maroc.
L'AFD : un partenaire historique
L'Agence française de développement figure parmi les cinq principaux co-financiers de la Banque mondiale par nombre de projets soutenus entre 2021 et 2025. «À l'heure où les besoins de développement augmentent plus vite que les ressources disponibles, le cofinancement est un élément essentiel de la solution», affirme Rémy Rioux. «En unissant nos forces par la mise en commun de nos financements, de nos compétences et de notre expérience opérationnelle, nous pouvons soutenir des projets plus robustes et faire preuve d'une plus grande efficacité au bénéfice des pays partenaires.»
Des initiatives transformatrices en Afrique
Des initiatives comme «Mission 300», programme conjoint visant à fournir l'électricité à 300 millions de personnes en Afrique subsaharienne d'ici 2030, illustrent le potentiel transformateur du co-financement. Environ 35 projets de la Banque mondiale liés à cette initiative recherchent actuellement quelque 7 milliards de dollars de financement.
Dans ce contexte, le Forum de Casablanca, qui a connu la participation de plusieurs institutions internationales, dont la Banque islamique de développement et la Banque allemande de développement (KfW), a abordé la manière dont le co-financement permet de maximiser les ressources disponibles et d'obtenir plus rapidement des résultats, ainsi que le rôle du secteur privé dans l'accroissement des financements et le partage des risques.
«Cette démarche traduit fondamentalement un engagement commun à transformer la collaboration en action collective», estiment les organisateurs.
La Banque mondiale s'engage à approfondir les partenariats de co-financement pour répondre aux priorités urgentes des pays, en particulier celles qui créent des emplois et élargissent les opportunités pour les populations de construire de meilleures vies. Par la transparence, la flexibilité et un objectif partagé, la Banque et ses partenaires ont pour ambition de maximiser l'impact et d’aider les pays à tracer une voie vers la résilience, la prospérité et la durabilité. Une ambition que les chiffres de la Banque mondiale semblent désormais valider à l'échelle internationale.