Économie

Comment le Maroc consolide son rôle de pivot stratégique de Renault Group

Avec 16% de sa production mondiale concentrée au Maroc en 2025, le Groupe Renault confirme le rôle stratégique du Royaume dans son architecture industrielle globale. Bien au-delà d’un simple site d’assemblage, le Maroc s’affirme comme une plateforme intégrée combinant volumes industriels élevés, compétitivité des coûts, montée en compétences technologiques et contribution croissante aux dynamiques d’innovation du Groupe. Porté par la performance de ses sites de Tanger et Casablanca, par son positionnement d’export hub et par l’implantation prochaine de ReKnow University, le Royaume participe désormais à la formation de la valeur et de la résilience financière de Renault dans un environnement international sous tension.

Le modèle Express, produit à Tanger, est un acteur majeur du groupe Renault au Maroc, se classant comme le quatrième modèle le plus vendu du marché local en 2025.

21 Mars 2026 À 11:20

Le Maroc poursuit sa montée en puissance dans le modèle industriel et économique du Groupe Renault. En 2025, le Royaume a concentré, à lui seul, 16% de la production mondiale du constructeur tricolore. Avec près de 394.000 véhicules assemblés en 2025, répartis entre les usines de Tanger et de Casablanca (Société marocaine de construction automobile – Somaca), le Maroc figure donc parmi les tout premiers pôles de production du Groupe à l’échelle mondiale, dépassant largement de nombreuses implantations européennes ou asiatiques du Groupe. Le site de Tanger, en particulier, s’impose comme une pièce maîtresse du dispositif industriel du Groupe. Avec plus de 299.000 véhicules produits en 2025 et plus de 6.300 employés, il constitue l’une des plateformes industrielles les plus performantes de Renault, tant en volume qu’en intégration.



À Casablanca, l’usine Somaca, elle, complète cet ancrage avec plus de 95.000 unités produites en 2025, notamment sur des modèles à vocation régionale. Parallèlement à cette vocation industrielle, le Maroc demeure un marché commercial clé pour Renault. En 2025, le constructeur y a écoulé près de 89.000 véhicules, captant 37,8% de parts de marché. Une position qui propulse le Royaume au 8e rang des marchés mondiaux du Groupe. Certains modèles illustrent cette articulation entre production locale et performance commerciale. Plébiscité par certains clients, le Renault Express, par exemple, reste un acteur majeur du constructeur français au Maroc. Ce modèle, produit à Tanger, est le 4e modèle le plus vendu sur le marché marocain en 2025. De son côté, le Kardian réalise près de 19% de ses ventes mondiales au Maroc, soulignant le rôle du marché local dans le succès de certaines gammes. La marque au losange doit, par ailleurs, lancer à partir de cette année la phase 2 de son modèle Taliant (Sedan segment B) sur sa plateforme industrielle de Casablanca, dans l’objectif de rester au plus proche des attentes des clients à la recherche d’un Sedan du segment B. Pour cette nouvelle phase du véhicule, le constructeur tricolore promet un nouveau multimédia, l’actualisation du design intérieur et encore plus de technologie avec l’introduction, par exemple, d’un tableau de bord digital de 7 pouces ou de la caméra multi-vision. Notons que 3.276 unités de ce modèle ont été écoulées en 2025. Précision importante : Renault avait concentré la production de Taliant dans son usine de Casablanca, au milieu de l’année 2025, et ce dans l’objectif d’optimiser sa stratégie industrielle.

Décarbonation : L’usine de Tanger, un exemple pour le Groupe

L’usine Renault Tanger constitue un exemple majeur dans la stratégie de décarbonation du Groupe. La plateforme couvre 90% de ses besoins énergétiques via des énergies renouvelables à travers, notamment, une chaufferie biomasse et un contrat d’achat d’électricité éolien (Power Purchase Agreement – PPA «Green of Africa») qui devra sécuriser son approvisionnement en électricité renouvelable à 100% à partir de cette année. Sur son usine tangéroise, le Groupe produit notamment les véhicules utilitaires Express, et les quadricycles électriques Mobilize Duo et Bento (lancés en 2025). Dans le cadre de sa stratégie de décarbonation, le constructeur ambitionne d’augmenter progressivement la teneur en matériaux recyclés et/ou circulaires des véhicules. Ce principe a abouti à la création d’une feuille de route technique détaillée, avec un accent particulier mis sur les plastiques recyclés post-consommation et les matériaux provenant de véhicules en fin de vie. Cette Feuille de route, qui s’applique en priorité aux véhicules neufs fabriqués en Europe, en Türkiye et au Maroc, inclut l’anticipation de la future réglementation européenne sur la circularité des véhicules. La feuille de route est également déclinée pour d’autres pays de production (Inde, Brésil, Chine, Corée), en fonction des filières de recyclage et matériaux recyclés disponibles dans ces pays. Chaque projet véhicule est supervisé par un Pilote Prestation Client Environnement, qui s’assure que les cibles spécifiques soient atteintes en termes de contenu en matériaux recyclés et de recyclabilité. Renault, à travers son entité «The Future Is Neutral», dédiée à l’économie circulaire, affirme mettre en œuvre à l’échelle industrielle le recyclage en circuit fermé de matériaux extraits des véhicules hors d’usage tels que le cuivre, les métaux précieux contenus dans les pots catalytiques, le polypropylène et l’aluminium, et travailler avec ses partenaires à la mise en place de nouvelles boucles de recyclage de matériaux stratégiques tels que le cobalt, le nickel et le lithium des batteries de véhicules électriques d’ici la fin de la décennie. Notons que les quadricycles électriques Duo et Bento commercialisés sous la marque Mobilize intègrent un taux record de 40% de matériaux issus de l’économie circulaire, et de 60% de plastique recyclé dans les boucliers, dont la moitié provenant de véhicules hors d’usage. Ces véhicules sont, d’ailleurs, fabriqués dans l’usine de Tanger où le Groupe a engrangé 3,84 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025.

ReKnow University ouvrira bientôt son antenne au Maroc

Au-delà de son rôle industriel, le Maroc s’affirme progressivement comme un maillon de la chaîne d’innovation du Groupe Renault. La montée en puissance des centres d’ingénierie locaux du constructeur illustre cette tendance. Ces plateformes sont désormais reconnues pour leur capacité à adapter les véhicules aux spécificités des marchés régionaux, mais aussi pour leur contribution croissante aux processus de développement du Groupe. Cette évolution traduit un basculement : le Royaume ne se limite plus à l’assemblage, il participe désormais à la conception et à l’optimisation des produits. Dans cette dynamique, Renault prévoit à moyen terme le déploiement au Maroc d’antennes de ReKnow University, son université d’entreprise dédiée à la formation et à la reconversion vers les nouveaux métiers de l’automobile. Cette implantation viendrait consolider le positionnement du Royaume comme hub de compétences, en accompagnant la montée en expertise des ressources locales dans des domaines stratégiques tels que l’électrification, le digital ou encore l’ingénierie avancée. nUne performance opérationnelle résiliente en 2025

Globalement, l’exercice 2025 du Groupe Renault se caractérise par une performance opérationnelle résiliente malgré un environnement de marché complexe, mais également par des impacts exceptionnels massifs liés à l’évolution de sa participation dans Nissan, conduisant à une perte nette historique. Sur le plan commercial, le Groupe a enregistré une progression de 3,2% de ses ventes mondiales, atteignant plus de 2,33 millions de véhicules, portée par la croissance de ses trois marques complémentaires (Renault +3,2%, Dacia +3,1% et Alpine +139%). Cette dynamique s’est traduite par un chiffre d’affaires consolidé de 57,9 milliards d’euros, en hausse de 3% par rapport à 2024, et de 4,5% à taux de change constants. La rentabilité opérationnelle est restée solide, avec une marge opérationnelle du Groupe de 3,63 milliards d’euros, soit 6,3% du chiffre d’affaires. Si ce résultat marque un recul par rapport aux 7,6% de 2024, il témoigne de la robustesse du modèle économique dans un contexte de pression commerciale accrue, notamment en Europe, et de croissance des ventes à l’international. La performance du secteur automobile (marge de 4,2%) a bénéficié d’une réduction des coûts variables d’environ 400 euros par véhicule, conformément aux objectifs. Cependant, le résultat net consolidé est fortement impacté par des éléments exceptionnels. Le Groupe a, en effet, enregistré une perte non cash de 9,3 milliards d’euros liée au changement de traitement comptable de sa participation dans Nissan, désormais considérée comme un actif financier évalué au cours de bourse, ainsi qu’une contribution négative de Nissan de 2,33 milliards d’euros sur le premier semestre. En conséquence, le résultat net part du Groupe ressort en perte de 10,93 milliards d’euros, contre un bénéfice de 752 millions en 2024. Hors impacts de Nissan, le résultat net ajusté serait positif de 715 millions d’euros. Malgré ces éléments comptables défavorables, la santé financière du groupe est apparue renforcée. Le free Cash-Flow de l’Automobile est resté élevé à 1,47 milliard d’euros, porté par la performance opérationnelle. La position nette de liquidité de l’Automobile a atteint un niveau record de 7,37 milliards d’euros, permettant au groupe de proposer un dividende de 2,20 euros par action, stable par rapport à 2024. Cette solidité financière a été reconnue par l’agence S&P, qui a relevé la note de crédit de Renault SA au statut «Investment Grade» (BBB-).
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