LE MATIN
10 Septembre 2026
À 10:53
La
digitalisation pourrait devenir l’un des principaux leviers de croissance du commerce international au cours des prochaines années. Selon le rapport «
Future of Trade» de
Standard Chartered, intitulé «Navigating an Age of Structural Uncertainty», une adoption plus rapide des outils numériques pourrait générer 2.800 milliards de dollars d’échanges mondiaux supplémentaires en 2031 par rapport au scénario de référence établi par
Oxford Economics. Cette estimation correspond à un commerce mondial supérieur de 6,9% à ce qu’il aurait été en l’absence d’une accélération numérique. Il ne s’agit toutefois ni d’un gain cumulé entre 2027 et 2031 ni d’un montant supplémentaire généré chaque année à partir d’aujourd’hui. Les effets se constitueraient progressivement pour atteindre leur pleine ampleur en 2031.
Réalisée à partir d’une enquête auprès de 2.100 dirigeants et décideurs d’entreprises multinationales dans 27 marchés, combinée aux modélisations d’Oxford Economics, l’étude identifie notamment les paiements plus efficaces, la dématérialisation des documents et l’interconnexion des systèmes comme des leviers susceptibles de réduire les coûts et la complexité des opérations transfrontalières.
Les services, premiers bénéficiaires
Le potentiel apparaît particulièrement important pour les services. Dans le scénario d’accélération numérique étudié, leur commerce atteindrait en 2031 un niveau supérieur de 11,4% au scénario de référence, contre 5,9% pour les biens. Une progression qui serait notamment favorisée par une meilleure circulation des données, les paiements numériques, l’interopérabilité des systèmes et la simplification des procédures de conformité.
Cette évolution s’inscrit dans une tendance déjà bien installée. Entre 2016 et 2025, les
exportations mondiales de services fournis par voie numérique ont progressé de 136%, contre 70% pour l’ensemble des exportations de biens et de services. Elles représentent désormais 14,7% du total des exportations mondiales.
Pour le
Moyen-Orient et l’Afrique, l’accélération de la digitalisation pourrait porter les échanges à un niveau supérieur de 6,7% au scénario de référence. Cette perspective intervient toutefois dans un contexte de forte pression sur les coûts : 85% des entreprises interrogées dans la région anticipent une hausse d’au moins 10% des coûts commerciaux liée à la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement.
Au Maroc, l’enjeu de la fluidité des échanges
Pour les entreprises marocaines, l’enjeu se situe notamment dans la réduction des délais et des frictions qui accompagnent les opérations internationales. «Pour les entreprises marocaines, la compétitivité commerciale tient aussi à la vitesse de traitement des documents, à la rapidité d’encaissement des paiements et à la fluidité des expéditions tout au long de la chaîne d’approvisionnement», souligne
Cynthia El Asmar, Directrice générale et Responsable Coverage pour le Maroc chez Standard Chartered. Elle estime que les infrastructures et les connexions commerciales dont dispose le Maroc doivent permettre de mieux articuler ces différents processus, avec un rôle particulier pour les banques dans la mise en relation des paiements, du financement et des données de transaction afin de transformer les investissements numériques en gains opérationnels pour les entreprises marocaines actives à l’international.
L’adoption des technologies ne suffit toutefois pas à garantir ces gains. Au Moyen-Orient et en Afrique, 79% des entreprises interrogées déclarent avoir obtenu des résultats mesurables sur au moins une capacité numérique. Mais à l’échelle mondiale, seules 7% font état de bénéfices sur cinq capacités ou plus. L’interopérabilité avec les systèmes des partenaires externes constitue le premier obstacle cité, par 50% des répondants.
Le rapport souligne ainsi la nécessité de mieux connecter les outils numériques entre entreprises, banques et partenaires commerciaux. Un enjeu qui dépasse la seule technologie et implique également les cadres réglementaires : la proportion des accords commerciaux intégrant des dispositions spécifiquement consacrées au numérique est passée de 48% entre 2015 et 2017 à 62% sur la période 2023-2025.