Économie

Conflit au Moyen-Orient : les principaux risques qui pèsent sur le Maroc (BERD)

La guerre au Moyen-Orient rebat les cartes de l’économie mondiale. Dans une nouvelle analyse, la BERD détaille les canaux de transmission du choc pour ses pays d’opérations. Pour le Maroc, l’exposition aux prix de l’énergie reste le principal facteur de risque. L’étude met également en évidence d’autres vecteurs d’impact, notamment les perturbations des chaînes d’approvisionnement, les tensions sur les marchés des engrais, le durcissement des conditions de financement, ainsi que les pressions sur le secteur touristique et les transferts de fonds.

27 Mars 2026 À 09:30

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) vient de publier une analyse des impacts économiques du conflit au Moyen-Orient sur ses pays d’opérations. L’institution souligne que cette guerre pèse sur les économies concernées à travers plusieurs canaux, notamment la hausse des prix de l’énergie, les perturbations des flux commerciaux et touristiques, ainsi que le durcissement des conditions de financement. Intitulée «Impact économique potentiel du conflit au Moyen-Orient», cette note examine la manière dont les tensions géopolitiques se transmettent via les marchés des matières premières, les chaînes d’approvisionnement et les circuits financiers.



Pour le Maroc, le premier signal d’alerte concerne la structure énergétique du pays. Le mix énergétique du Royaume dépend largement du pétrole, ce qui l’expose aux fluctuations des cours internationaux. Les données de la BERD montrent que plusieurs économies, dont le Maroc, l’Égypte, le Liban et le Sénégal, présentent une intensité pétrolière élevée, amplifiant l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur les coûts de production, les prix à la consommation et la balance commerciale.

Le Maroc figure parmi les grands importateurs nets d’énergie, appartenant au groupe des économies dont le déficit commercial énergétique était estimé à environ 5 à 11% du PIB avant le déclenchement du conflit. Cette caractéristique structurelle accentue sa vulnérabilité dans un contexte où le baril de Brent a franchi le seuil des 100 dollars le 9 mars 2026, avec un risque de hausse pouvant atteindre 180 dollars en cas de perturbations prolongées dans le détroit d’Ormuz.

La situation du marché des fertilisants

Le Rapport de la BERD pointe un second vecteur de transmission du choc, particulièrement structurant pour l’économie marocaine : le marché des fertilisants. Le Maroc est identifié comme un exportateur significatif de fertilisants, aux côtés de l’Égypte et de la Jordanie.

Or, le détroit d’Ormuz constitue la voie de transit d’environ 25 à 35% du commerce mondial des matières premières destinées à la production d’engrais. Les perturbations observées dans cette zone ont déjà des effets tangibles sur les prix des intrants. Le Rapport souligne notamment que le prix du soufre – composant essentiel dans la fabrication des engrais phosphatés – a atteint des niveaux records, dépassant en termes réels les pics observés en 2022.

Cette évolution se traduit par une hausse des coûts dans la chaîne de production des fertilisants, dans un contexte où le Maroc occupe une position importante sur le marché mondial des engrais phosphatés. Par ailleurs, la BERD rappelle que l’augmentation des prix des fertilisants tend à se répercuter sur les prix des denrées alimentaires, ce qui peut alimenter les pressions inflationnistes, notamment dans les économies importatrices. Dans ce contexte, l’exposition du Maroc au marché des fertilisants apparaît contrastée : le pays bénéficie de sa position d’exportateur tout en étant indirectement affecté par la hausse des coûts des intrants et leurs répercussions sur les prix alimentaires.

Liens commerciaux avec le Golfe

Au-delà du canal énergétique et des fertilisants, le Rapport de la BERD met en évidence un autre vecteur de transmission du choc : les relations commerciales avec les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). L’intensité de ces liens varie fortement selon les pays. Dans le cas du Maroc, les échanges avec le CCG apparaissent relativement limités, représentant une part modeste des importations totales du Royaume (environ 5%), tandis que les exportations vers cette zone demeurent également contenues.

À l’inverse, certaines économies sont nettement plus exposées. Les pays du Golfe représentent ainsi plus de 10% des importations totales pour la Jordanie, le Kenya, l’Égypte et le Liban. Du côté des exportations, le Liban et l’Arménie se distinguent, avec des parts atteignant respectivement environ 29% et plus de 40% de leurs expéditions totales.

Au-delà des volumes d’échanges directs, la BERD souligne que les économies du CCG occupent une place centrale dans l’approvisionnement mondial en produits stratégiques, notamment le soufre, l’aluminium, les plastiques, les produits chimiques ou encore l’hélium utilisé dans la fabrication de semi-conducteurs. Des perturbations dans ces flux pourraient se transmettre à travers les chaînes de valeur industrielles et contribuer à des pressions sur les coûts de production, y compris dans des économies comme le Maroc, même en l’absence de liens commerciaux directs très étroits avec la région.

Tourisme et transferts de fonds

Le tourisme et les transferts de fonds constituent également des canaux de transmission du choc. L’étude souligne que les perturbations liées au conflit, combinées à une hausse de l’incertitude, pourraient affecter les flux touristiques dans la région. Les économies les plus exposées à ce risque sont le Liban et la Jordanie, dont les recettes touristiques représentaient respectivement 24 et 17% du PIB en 2023. Le Maroc figure également parmi les destinations où le tourisme contribue de manière significative à l’activité économique, mais son exposition demeure faible, vu qu’il n’est pas proche de la zone de conflit.

S’agissant des transferts de fonds en provenance des pays du Golfe, le Rapport met en évidence leur importance pour certaines économies comme le Liban, l’Égypte et la Jordanie, où ils représentent entre 4 et 8% du PIB. Ces flux tendent généralement à rester stables en période de crise, mais pourraient être affectés en cas de perturbations des circuits de paiement ou de ralentissement de la demande de main-d’œuvre dans les pays du CCG en cas de conflit prolongé. Le Maroc et la Tunisie, eux, ont une dépendance plus limitée aux transferts de fonds des pays du CCG, ce qui réduit leur exposition directe à ce canal de transmission.

Pressions budgétaires à surveiller

La BERD souligne enfin que la capacité des économies à absorber les chocs liés à la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires dépend étroitement de leurs marges de manœuvre budgétaires. Dans un contexte de hausse prolongée des prix, les gouvernements pourraient être amenés à atténuer l’impact sur les ménages et les entreprises, ce qui accentuerait les pressions sur les finances publiques, notamment dans les économies importatrices d’énergie.

Parallèlement, les conditions financières se sont resserrées, avec une hausse des rendements obligataires dans la région du sud et de l’est de la Méditerranée ainsi qu’en Turquie. Les sorties de capitaux observées dans certaines économies sont restées jusqu’à présent maîtrisées, mais pourraient s’intensifier en cas de dégradation supplémentaire des conditions financières mondiales.
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