La note de conjoncture du
Haut-Commissariat au Plan (HCP), portant sur le quatrième trimestre 2025 et les perspectives pour les premier et deuxième trimestres 2026, met en évidence une accélération de la croissance économique nationale, accompagnée d’un rééquilibrage de ses moteurs et d’un environnement encore marqué par des incertitudes externes. Au quatrième trimestre 2025, la
croissance du PIB s’est établie à 4,1% (estimation), contre 4% au trimestre précédent, traduisant une relative stabilité malgré des évolutions sectorielles contrastées. Les
industries manufacturières ont affiché un redressement plus marqué que prévu (+4,1%), soutenues par le rattrapage des filières agroalimentaire et pharmaceutique. Cette dynamique a favorisé une reprise du cycle de stockage ainsi qu’un raffermissement du commerce et des services associés.
En revanche, les
industries extractives et la construction ont ralenti, sous l’effet des perturbations climatiques, tandis que les activités tertiaires non marchandes ont maintenu un rythme soutenu.
La
demande intérieure est restée le principal moteur de la croissance. La consommation des ménages a progressé de 4,4%, soutenue par l’amélioration de l’emploi et des salaires, tandis que l’investissement a poursuivi sa dynamique (+8,5%), bien qu’en phase de normalisation après un pic à +15% au troisième trimestre 2025.
À l’inverse, les
échanges extérieurs ont pesé sur la croissance, avec des exportations en hausse de 6,1% contre 10% pour les importations. Toutefois, la baisse relative des prix à l’import a permis de réduire le poids de la facture commerciale de 0,2 point du PIB.
Sur le plan macroéconomique, le déficit budgétaire s’est allégé, porté par la modération des dépenses de fonctionnement et le redressement des recettes non fiscales. Le
besoin de financement de l’économie s’est établi à 11,6 milliards de dirhams, contre 12,3 milliards un trimestre auparavant.
Un début d’année 2026 porté par un choc agricole positif
Au premier trimestre 2026, la croissance aurait atteint 5% en variation annuelle, marquant une accélération par rapport aux 4,1% enregistrés fin 2025. Cette progression s’explique principalement par un rééquilibrage du régime de croissance en faveur de l’offre, sous l’effet d’un
choc pluviométrique exceptionnel. L’activité agricole aurait ainsi progressé de 14,8%, contribuant à hauteur de 1,5 point à la croissance globale, contre 0,5 point au trimestre précédent. Les précipitations ont été supérieures de 86,6% à une année normale.
Hors agriculture, la croissance aurait légèrement ralenti à 3,8%, en raison du ralentissement des industries extractives et de la construction. En revanche, l’industrie manufacturière est restée dynamique, portée notamment par l’agroalimentaire et la fabrication de matériel de transport, tandis que les services ont progressé de 4,3%.
La demande intérieure a continué de soutenir l’activité (+4,8%), bien qu’à un rythme plus modéré. La consommation des ménages a augmenté de 4,6%, stimulée par l’amélioration des revenus, notamment en milieu rural, et par la détente des prix.
Une inflation en recul malgré des tensions sur certains prix
L’
inflation globale aurait reculé à -0,1% au premier trimestre 2026, tirée par la baisse des prix alimentaires (-1,1%). Ce recul s’explique notamment par la diminution des prix de l’huile d’olive (-1,2 point de contribution) et des viandes (-0,5 point), ainsi que par la détente des cours des céréales et des légumineuses. Cette évolution a compensé la hausse des produits frais (+1,1 point), notamment les légumes et les poissons. Hors alimentation, les prix ont été soutenus par la progression des services (+1%) et des articles de bijouterie (+0,2 point).
L’
inflation sous-jacente s’est inscrite à -1%, reflétant la persistance du repli de sa composante alimentaire.
Les conditions de financement sont restées favorables au premier trimestre 2026. Les créances sur l’économie ont progressé de 8,2%, portées par les crédits à l’équipement et au secteur immobilier.
Les réserves officielles ont augmenté de 25,2%, tandis que les créances nettes sur l’administration centrale ont progressé de 2,1%. La masse monétaire a crû de 9,5%, contre 9,3% au trimestre précédent.
Dans ce contexte, Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur à 2,25%, tout en augmentant ses injections de liquidité face à un déficit en hausse.
Une croissance attendue à 4,7% au deuxième trimestre 2026
Pour le deuxième trimestre 2026, le HCP prévoit une croissance de 4,7%, dans un contexte marqué par des incertitudes liées aux tensions géopolitiques et à l’évolution des prix de l’énergie. Dans un scénario central, les
prix du Brent devraient se situer entre 85 et 100 dollars le baril, avant de baisser progressivement à partir du troisième trimestre. La croissance serait soutenue par la diffusion des effets du redressement agricole et par la résilience de la demande intérieure. La consommation des ménages progresserait de 4,2%, tandis que l’investissement continuerait de ralentir, avec une hausse de 3,8% de la formation brute de capital fixe.
Le HCP souligne toutefois l’importance des aléas à court terme. La hausse des prix pétroliers pourrait exercer des pressions inflationnistes, avec des effets potentiels sur la demande intérieure et les coûts de production.
Certains secteurs, notamment la pêche, la chimie, la métallurgie et les matériaux de construction, pourraient être particulièrement exposés.