Économie

Centres de données : le Maroc monte en puissance porté par l’IA et la souveraineté numérique

Le marché marocain des centres de données s’apprête à connaître une forte accélération. Dans une nouvelle étude, BMI-Fitch Solutions estime que le Royaume dispose de 140 MW de capacités en construction et de 400 MW supplémentaires planifiés, portés par les politiques de souveraineté des données, la stratégie nationale d’intelligence artificielle et l’intérêt croissant des investisseurs internationaux.

BMI-Fitch Solutions estime que le pays est en passe de changer d’échelle grâce à un important pipeline de projets. Ph. BMI

09 Juillet 2026 À 10:52

Le marché marocain des centres de données entre dans une nouvelle phase de développement. Dans une nouvelle étude, BMI-Fitch Solutions estime que le pays est en passe de changer d’échelle grâce à un important pipeline de projets, soutenu par la montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA), les exigences de souveraineté des données et les investissements internationaux. À la fin du deuxième trimestre 2026, le Maroc compte 14 centres de données en exploitation pour une capacité installée de seulement 1,5 mégawatt (MW). En revanche, 140 MW sont actuellement en construction et 400 MW supplémentaires sont déjà planifiés, ce qui laisse entrevoir une augmentation rapide de l’offre au cours des prochaines années.

Casablanca et Rabat demeurent les principaux pôles

Selon BMI, le développement du secteur reste largement concentré dans les régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra, qui regroupent respectivement six et quatre centres de données. Cette concentration s’explique par la qualité des infrastructures de télécommunications, la disponibilité de la fibre optique ainsi que la proximité des entreprises et des administrations. L’institut estime que ces deux métropoles conserveront leur rôle de principaux pôles de développement à court terme. Toutefois, la raréfaction du foncier disponible et les contraintes croissantes sur les capacités électriques devraient progressivement favoriser l’émergence de nouveaux sites dans des régions offrant davantage de terrains et un meilleur accès aux énergies renouvelables. BMI cite notamment le projet d’Iozera à Tétouan, représentant un investissement annoncé de 500 millions de dollars pour un centre de données de 386 MW. Ce partenariat avec le gouvernement marocain vise à démocratiser l’accès aux ressources informatiques avancées dédiées à l’intelligence artificielle, avec pour objectif une mise en service au cours du second semestre 2026. L’institut précise toutefois que ce projet n’est pas encore intégré à ses statistiques, faute d’informations suffisamment détaillées.

La souveraineté des données et l’IA comme moteurs de la demande

Pour BMI, la demande est désormais alimentée par plusieurs facteurs structurels : les politiques publiques, les exigences en matière de souveraineté des données et l’adoption accélérée de l’intelligence artificielle. En 2021, une obligation de souveraineté des données a imposé que toutes les données sensibles soient hébergées sur le territoire marocain, créant ainsi une demande durable pour des infrastructures locales conformes à cette réglementation.

À cela s’ajoutent les stratégies nationales «Digital Morocco 2030» et «Maroc IA 2030», cette dernière ayant été dévoilée en janvier 2026. Ensemble, ces deux initiatives devraient générer environ 240.000 emplois numériques et contribuer à hauteur d’environ 10 milliards de dollars au produit intérieur brut (PIB) marocain d’ici 2030, tout en renforçant le positionnement international du Royaume dans le domaine de l’intelligence artificielle. Le secteur public constitue également un moteur important de la demande, avec la numérisation progressive des services administratifs appelée à s’appuyer sur des infrastructures cloud souveraines. BMI estime que cette demande institutionnelle, complétée par celle des services financiers et d’autres secteurs fortement consommateurs de données, devrait assurer un niveau minimal d’utilisation des infrastructures et limiter le risque de surcapacité lié aux projets d’IA.

Les dépenses cloud presque triplées d’ici 2031

L’étude anticipe aussi une progression rapide des dépenses consacrées au Cloud Computing. Elles devraient atteindre 981 millions de dollars en 2026, avant de s’approcher de 2,7 milliards de dollars en 2031, soit un taux de croissance annuel moyen de 23,3% sur la période. BMI souligne, par ailleurs, que l’intérêt des investisseurs internationaux s’intensifie. Le marché est dominé par un mélange d’opérateurs télécoms nationaux, d’acteurs locaux spécialisés et, de plus en plus, de grands fournisseurs mondiaux de Cloud Hyperscale. La base existante est menée par Maroc Telecom et Inwi, aux côtés d’opérateurs spécialisés dans les centres de données, tels que Medasys et N+One. Orange Maroc s’est imposé comme l’un des principaux acteurs nationaux, avec une stratégie alignée sur les enjeux de souveraineté des données et de colocation pour les entreprises. En novembre 2025, l’opérateur a inauguré Orange Tech, une infrastructure Tier III de 1,5 MW à Casablanca, qui vient s’ajouter à ses sites de Casablanca, Rabat et Tanger. Ce dispositif soutient une stratégie multicloud menée en partenariat avec Amazon Web Services (AWS) et Microsoft. Les capitaux internationaux font leur entrée sur le marché marocain à la fois à travers des investissements directs, comme le projet de centre de données de 500 millions de dollars d’Iozera à Tétouan, ainsi que via le modèle de colocation retenu par les grands fournisseurs mondiaux de cloud, tels que Microsoft Azure, Google Cloud et Oracle, pour déployer leurs régions cloud. À ce jour, Oracle Cloud est le seul Hyperscaler mondial ayant annoncé des zones cloud au Maroc, avec une implantation prévue à Casablanca et une autre à Settat. De même, l’étude met en avant le projet de hub d’intelligence artificielle près de Casablanca, conduit par un consortium emmené par Naver Cloud, aux côtés notamment de Nvidia, Nexus Core Systems et Lloyds Capital. Ce projet, évalué à 1,2 milliard de dollars, prévoit à terme une capacité de 500 MW alimentée par des énergies renouvelables. Sa première phase portera sur 40 MW d’infrastructures équipées de processeurs Nvidia Blackwell GB200 destinés aux marchés Europe, Moyen-Orient et Afrique (EMEA). Selon BMI, le choix du Maroc repose principalement sur sa proximité géographique avec l’Europe, permettant de réduire les temps de latence des traitements informatiques.

L’électricité demeure le principal défi

Malgré ces perspectives favorables, BMI souligne que plusieurs défis demeurent. Le principal concerne la disponibilité des infrastructures électriques, qui ralentit déjà certains projets. L’institut cite notamment le projet de centre de données dédié à l’intelligence artificielle, situé près de Casablanca, dont les promoteurs ont choisi de sécuriser une alimentation électrique indépendante, reposant sur des énergies renouvelables en partenariat avec Taqa, afin de limiter les risques de retard. BMI considère toutefois que le cadre réglementaire marocain constitue un avantage compétitif majeur. En autorisant les opérateurs à produire eux-mêmes leur électricité renouvelable, il leur permet de contourner une partie des contraintes du réseau public et renforce ainsi l’attractivité du Royaume pour les grands projets de centres de données.
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