30 Octobre 2026 À 12:26
Le groupe français Digital Virgo, spécialisé dans les paiements et la distribution de services numériques, a tenu jeudi à Casablanca une conférence de presse à l’occasion des vingt ans de sa présence au Maroc.
Première implantation du groupe en dehors de l’Europe en 2006, le Maroc est devenu son hub régional, depuis lequel il pilote ses activités africaines. Manuel Cruz, cofondateur et vice-président de Digital Virgo, a expliqué que la proximité culturelle et linguistique avait motivé ce choix, avant que les compétences développées à Casablanca ne permettent d’accompagner l’expansion vers d’autres marchés du continent. Les équipes constituées et formées dans le Royaume ont ainsi assuré le déploiement des technologies et l’accompagnement des implantations africaines, progressivement renforcées par des équipes locales.
Le groupe est aujourd’hui présent dans plus de vingt pays africains et compte, selon les chiffres qu’il a communiqués, près de 70 collaborateurs au Maroc et plus de 150 sur le continent. Il affirme avoir contribué à générer plus de 750 millions d’euros de valeur au sein des économies numériques africaines en dix ans, répartis entre les différents acteurs, notamment les éditeurs, les opérateurs et les ayants droit. Ses partenariats avec 30 opérateurs télécoms lui permettent également de proposer ses services à un public potentiel de 682 millions d’abonnés.
Depuis Casablanca, les équipes interviennent dans la conception des services, le support technique, l’analyse des données et le marketing numérique, tandis que les implantations locales adaptent les offres aux habitudes des utilisateurs et aux moyens de paiement disponibles. Cette organisation leur permet, précisent les dirigeants du groupe, de déployer une même technologie dans plusieurs pays, tout en ajustant les tarifs et les formules d’abonnement à chaque marché.
Digital Virgo accompagne les créateurs, les producteurs et les éditeurs dans la monétisation de leurs contenus, c’est-à-dire pour leur permettre d’en tirer des revenus. Le groupe intervient dans leur distribution, met en place les moyens de paiement et assure leur promotion auprès du public. Il travaille notamment avec YouScribe pour la lecture numérique, Busuu pour l’apprentissage des langues et TOD pour les contenus audiovisuels et sportifs, en adaptant leurs offres aux marchés concernés. Au Maroc, il a également développé MTTV, un service de télévision et de vidéo à la demande lancé en 2021 pour Maroc Telecom, qui propose 85 chaînes et 2.500 contenus à la demande.
Pour expliquer cet accompagnement, Mounia Terhzaz, directrice générale régionale pour l’Afrique de Digital Virgo, a pris l’exemple de Hekaya, une application de séries courtes marocaines développée par le groupe avec un partenaire. Les producteurs fournissent les séries, tandis que Digital Virgo intervient sur l’application et sa connexion aux systèmes de paiement des opérateurs télécoms. Les éditeurs peuvent ainsi proposer leurs contenus aux abonnés de plusieurs opérateurs en passant par une seule plateforme, sans devoir établir eux-mêmes une connexion technique avec chacun.
Le paiement repose notamment sur le DCB, pour Direct Carrier Billing, ou facturation directe par l’opérateur, qui permet de régler un service avec son crédit téléphonique ou en ajoutant son prix à sa facture mobile. Dans le cas de Hekaya, l’utilisateur choisit une offre, renseigne son numéro de téléphone et confirme l’achat par un code avant d’accéder aux séries, sans saisir de coordonnées bancaires.
Le groupe peut également accompagner la diffusion des contenus dans d’autres pays, comme l’a expliqué la dirigeante en évoquant une distribution de Hekaya en préparation en France, notamment auprès de la diaspora marocaine. Les recettes générées sont ensuite réparties entre les producteurs ou éditeurs, les opérateurs télécoms et Digital Virgo, qui perçoit une part correspondant à son intervention.
Pour que ces productions trouvent des abonnés, leur distribution doit aussi s’accompagner d’un travail de promotion. « Il y a beaucoup de créateurs, il y a beaucoup de contenu marocain. Le problème, c’est justement de l’exposer au grand public », a souligné Mounia Terhzaz. Digital Virgo intervient donc dans l’« acquisition digitale », qui consiste à attirer des utilisateurs vers un service grâce à des campagnes publicitaires en ligne, notamment à travers sa filiale Addict Mobile.
Digital Virgo annonce vouloir doubler ses effectifs au Maroc d’ici 2030, en renforçant ses compétences en technologie, en analyse de données, en intelligence artificielle et en marketing numérique. Selon le groupe, ces recrutements doivent accompagner le développement de ses activités africaines, notamment au Nigeria, en Éthiopie, en Côte d’Ivoire, en Afrique du Sud et au Kenya, qu’il présente comme des marchés prioritaires.
Interrogée sur les profils recherchés, Mounia Terhzaz a évoqué les difficultés que rencontre l’entreprise pour attirer et fidéliser des talents marocains également sollicités à l’étranger. Elle a indiqué que le groupe investissait notamment dans les compétences en analyse de données et formait ses équipes à l’intelligence artificielle, dont les usages concernent, selon elle, l’adaptation des services, les langues proposées et les parcours clients.
Interrogée sur les projets du groupe à l’approche de la Coupe du monde 2030, Mounia Terhzaz a indiqué que Digital Virgo préparait déjà ses offres et identifiait les licences et les droits de diffusion mobile qu’il souhaitait obtenir. La dirigeante a expliqué vouloir s’appuyer sur l’expérience acquise pendant la CAN 2025 et la Coupe du monde 2026, tant dans la retransmission des matchs que dans les services proposés aux supporters.
Le groupe affirme avoir distribué les 104 matchs du Mondial 2026 sur plusieurs plateformes mobiles africaines, après avoir acquis les droits de diffusion pour les marchés concernés. Pour la CAN 2025, il indique avoir touché environ 30 millions d’utilisateurs sur ClicnScores, tous pays confondus.
Pour le Mondial 2030, la dirigeante a évoqué, outre la diffusion des rencontres, le suivi des scores, les jeux permettant aux utilisateurs de composer leur propre équipe virtuelle et les dispositifs destinés à faire participer les supporters. Ces services doivent permettre, selon elle, de fidéliser les utilisateurs et de générer des revenus, notamment par abonnement.
Interrogée sur la concurrence des offres piratées, la responsable des activités africaines du groupe a défendu des services légaux dont les prix et les formules de paiement seraient adaptés aux marchés, tout en reconnaissant que cette démarche ne suffirait pas à faire disparaître le phénomène. « On ne va pas pouvoir résoudre le problème aujourd’hui, ni même demain, ni même dans trois ans », a-t-elle déclaré, en estimant que la réponse devait également mobiliser les acteurs institutionnels concernés.
Digital Virgo intervient également dans le paiement des achats intégrés à Free Fire, un jeu mobile populaire au Maroc comme à l’international, dans lequel les joueurs peuvent acheter des « diamants », une monnaie virtuelle utilisée dans l’application. Selon Mounia Terhzaz, ces achats peuvent représenter jusqu’à 2 millions de dirhams par mois.
C’est dans ce contexte que Le Matin l’a interrogée sur l’éventualité d’une loi interdisant aux moins de 15 ans l’accès aux réseaux sociaux et aux jeux électroniques jugés dangereux, une mesure évoquée dans le programme gouvernemental 2026-2031. La dirigeante a défendu le renforcement des contrôles sur l’âge d’accès aux jeux et la possibilité de réserver certains paiements aux adultes, en expliquant que ces sujets faisaient l’objet d’un travail avec les éditeurs partenaires. Elle a également indiqué que les contrats prévoyaient des plafonds de facturation et que des alertes permettaient de limiter les dépenses et de prévenir la fraude ainsi que les usages abusifs.
Concernant les réseaux sociaux, Mounia Terhzaz a exprimé des réserves sur l’efficacité d’une interdiction, estimant que « l’idée d’interdire les réseaux sociaux, ce n’est pas forcément une bonne chose parce qu’on n’arrive jamais à réellement interdire ». Elle a plaidé pour un accompagnement des nouveaux usages et une concertation entre les pouvoirs publics et les entreprises afin de définir les règles applicables.