Économie

Électricité : Casablanca-Settat veut préparer son réseau de distribution aux renouvelables

Avant même d’accélérer la cadence des projets solaires et assimilés, la région de Casablanca-Settat choisit de sécuriser ses fondations électriques. La Société multi-services de la région vient ainsi de lancer le marché des consultations devant ausculter, centrale par centrale, la capacité réelle du réseau de distribution à absorber une montée en puissance progressive des énergies renouvelables. À travers une batterie d’études techniques lourdes – orientation, simulations dynamiques, qualité de l’alimentation, protections et coûts de raccordement – il s’agit moins de brancher de nouveaux kilowatts que de tester la résilience d’une infrastructure déjà sous tension. En filigrane, un enjeu structurel : transformer l’ambition énergétique du Royaume en réalité opérationnelle, sans pour autant fragiliser l’équilibre du réseau dans une région locomotive de l’économie nationale.

Le projet porté par la SRM-CS révèle un enjeu plus structurel : la transition énergétique ne se joue pas uniquement au niveau de la production, mais aussi et surtout dans l’aptitude des réseaux de distribution à accueillir des flux intermittents, bidirectionnels et techniquement exigeants

18 Février 2026 À 10:06

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La région de Casablanca-Settat engage un chantier stratégique en amont de l’intégration massive des énergies renouvelables (EnR) dans son réseau de distribution électrique. La Société multi-services de la région (SRM-CS) vient de lancer un marché pour la réalisation d’études d’orientation et d’études détaillées visant à évaluer, centrale par centrale, la faisabilité technique et les conditions de raccordement d’installations de production EnR de différentes puissances au réseau relevant de son périmètre régional. Concrètement, ce marché, structuré en deux lots, porte sur l’analyse complète de l’accueil des futures centrales renouvelables, principalement solaires et assimilées – dans une zone déjà fortement sollicitée sur le plan électrique. L’objectif est d’anticiper les contraintes du réseau, de sécuriser l’injection de l’énergie verte et d’éviter toute dégradation de la qualité d’alimentation. Le dispositif repose sur deux missions complémentaires.



La première, dite Étude d’orientation, vise l’élaboration d’un avant-projet technique. Elle doit déterminer la solution de raccordement la plus adaptée en tenant compte de la capacité réelle du réseau existant, des demandes de branchement déjà enregistrées, des contraintes de charge, des chutes de tension, mais aussi du phénomène de flux inverse au niveau des transformateurs HTB (Haute Tension B)/HTA (Haute Tension A). Cette phase inclut une estimation préliminaire des coûts de raccordement et le positionnement du projet dans les enveloppes de la zone de distribution concernée. Lorsque cette étude ne conclurait pas à une intégration possible en moyenne tension, le consultant attributaire du marché est tenu de proposer des alternatives techniques, accompagnées de leurs implications opérationnelles et financières. La seconde mission, plus lourde, porte, quant à elle, sur l’étude détaillée. Elle examinera l’impact précis de chaque centrale EnR sur le réseau : capacités de transit, niveaux de court-circuit, risques de surcharge en régime normal ou de secours, calcul des énergies réactives, évolution des tensions, sélectivité des protections, harmoniques, flicker, synchronisation et qualité globale de l’alimentation.

À cela s’ajoutera une évaluation dynamique du comportement du réseau, incluant des simulations RMS en cas de perturbations (variations de production solaire ou interruptions), ainsi qu’une analyse du maintien de l’alimentation lors des creux de tension ou des écarts de fréquence. L’étude doit également chiffrer les mises à niveau nécessaires et estimer la masse des travaux à engager. Les consultations à mener s’inscrivent dans un environnement réglementaire dense, allant de la loi sur les énergies renouvelables à celle sur l’efficacité énergétique, en passant par les textes encadrant l’accès au réseau électrique. Sur le plan technique, le titulaire devra se conformer à un large corpus de normes internationales et nationales relatives aux tensions, à la compatibilité électromagnétique, aux protections, aux transformateurs et à la fiabilité des installations. Autrement dit, il ne s’agit pas d’une simple étude de raccordement, mais bien d’un diagnostic approfondi de la capacité du réseau de Casablanca-Settat à absorber une montée en puissance progressive de la production décentralisée. Au-delà de l’aspect procédural, ce projet révèle un enjeu plus structurel : la transition énergétique ne se joue pas uniquement au niveau de la production, mais aussi et surtout dans l’aptitude des réseaux de distribution à accueillir des flux intermittents, bidirectionnels et techniquement exigeants.

À Casablanca-Settat, région locomotive de l’économie nationale, cette étape préparatoire apparaît comme un passage obligé pour sécuriser l’intégration des renouvelables sans fragiliser l’équilibre électrique. Une condition indispensable pour transformer l’ambition énergétique du Royaume en réalité opérationnelle sur le terrain.
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