Moncef Ben Hayoun
01 Janvier 2026
À 11:51
Face au défi persistant du chômage et à la faible dynamique du
marché du travail, le gouvernement sollicite un nouvel appui de la
Banque mondiale. Une collaboration est en cours de préparation pour lancer un vaste programme destiné à stimuler la création d’emplois et promouvoir la croissance verte au
Maroc. Cette initiative, inscrite dans le cadre de la nouvelle feuille de route gouvernementale pour l’emploi, se déclinera en une série d’opérations de financement, dont la première représente un engagement de 500 millions de dollars.
Malgré la résilience de l’économie marocaine face aux chocs récents, soutenue par plusieurs réformes et la dynamique d’investissement, les performances du marché du travail n’ont pas suivi le rythme de la reprise économique globale. Le pays fait face à une hausse des taux d’inactivité et de chômage, particulièrement marquée chez les femmes et les jeunes. Les pertes d’emplois importantes dans les
zones rurales n’ont pas été entièrement compensées par les marchés du travail urbains. Au cours de la dernière décennie, la population en âge de travailler a augmenté de plus de 10 %, tandis que l’emploi n’a progressé que de 1,5 %. Cet écart est influencé par les effets persistants des chocs post-pandémiques, les impacts tardifs des réformes récentes et le faible niveau de participation des femmes au marché du travail.
La création insuffisante d’emplois s’explique par des faiblesses tant du côté de l’offre que de la demande sur le marché du travail. Le tissu productif marocain est dominé par de très petites entreprises qui peinent à se développer et à embaucher des salariés. La densité des entreprises à forte croissance, principales contributrices à la création d’emplois dans d’autres pays, reste limitée au Maroc.
Les
femmes font face à des normes sociales défavorables, des barrières juridiques à l’autonomisation économique et un accès insuffisant aux services essentiels tels que le financement et les services de garde d’enfants. Les jeunes, quant à eux, sont confrontés à des défis liés à des compétences inadéquates résultant d’un décalage entre l’offre éducative et les demandes du marché.
En réponse à ces défis, le gouvernement a lancé la Feuille de route globale pour l’emploi, structurée autour de huit axes stratégiques. Celle-ci prévoit notamment le soutien aux petites et moyennes entreprises à travers un meilleur accès aux dispositifs publics, au financement et aux capacités managériales, le renforcement des politiques actives de l’emploi, l’alignement de la formation professionnelle sur les besoins du marché, ainsi que la levée des obstacles à l’emploi féminin, en particulier via l’amélioration des services de transport et de
garde d’enfants.
C’est dans ce cadre que s’inscrit le nouveau programme, élaboré en partenariat avec la Banque mondiale. Conçu comme une série d’opérations de financement de politiques publiques, ce programme vise à accélérer la création d’emplois inclusifs et à promouvoir une croissance verte, en soutenant directement plusieurs réformes clés prévues par la feuille de route nationale pour l’emploi. La première opération, d’un montant de 500 millions de dollars, constitue le socle de ce dispositif programmatique. Le programme ambitionne d’agir simultanément sur la demande et l’offre de travail. Il soutient des réformes destinées à stimuler la demande de main-d’œuvre, notamment à travers l’amélioration de l’environnement des affaires, la simplification des procédures administratives pour les investisseurs, la modernisation de la réglementation du travail et le renforcement de la justice commerciale. L’objectif est de favoriser la croissance des entreprises productives et d’accroître leur capacité à créer des emplois durables.Sur le volet de l’offre, le programme met l’accent sur l’employabilité des jeunes et des femmes, en contribuant à l’amélioration de la formation professionnelle, au renforcement des politiques actives du marché du travail et à l’élargissement de l’accès à des services essentiels, notamment les structures de garde d’enfants, afin de faciliter la participation des femmes au marché du travail.
Le nouveau programme soutient également des réformes visant à mobiliser davantage de capitaux privés, en facilitant l’accès des entreprises au crédit et aux fonds propres, et en levant certaines contraintes réglementaires qui freinent le développement de secteurs économiques stratégiques et créateurs d’emplois, y compris ceux liés à la transition énergétique et à la décarbonation.
Aligné sur le cadre de partenariat pays entre le Maroc et la Banque mondiale, ainsi que sur les priorités nationales en matière d’emploi et de croissance durable, ce programme vise à poser les bases d’un marché du travail plus dynamique, plus inclusif et plus résilient, tout en accompagnant la mise en œuvre concrète de la feuille de route gouvernementale pour l’emploi.