Lors de la présentation des résultats 2025,
Rachid Hadni,
Président du Conseil d’Administration de Label Vie, a dressé le bilan d’« une belle année de croissance », marquée par une nette accélération du développement du groupe. « Nous continuons l’expansion avec plus de 18% de surface supplémentaire ouverte cette année », a-t-il souligné, mettant en avant la dynamique de l’ensemble des formats (supermarchés, hypermarchés, Hypercash et surtout Carrefour Express). Au-delà des chiffres, l’année 2025 s’inscrit dans une logique d’extension géographique assumée, avec une couverture territoriale élargie vers de nouveaux bassins de consommation, « jusqu’au
Sahara, à
Laâyoune et
Dakhla», et un renforcement significatif à Casablanca, où « nous passons de deux à cinq hypermarchés Carrefour, très bien situés ». Pour le dirigeant, cette séquence confirme l’accélération enclenchée depuis 2023, portée à la fois par « une transformation plus que digitale, au cœur de notre modèle », dans un environnement macroéconomique jugé globalement favorable, malgré « un pouvoir d’achat un peu contracté » et une croissance davantage tirée par la fréquentation que par le panier moyen.
411 points de vente
Cette accélération se lit d’abord dans l’architecture commerciale du groupe, qui s’appuie aujourd’hui sur cinq formats exploités à l’échelle nationale. Il s'agit de
Carrefour (hypermarché),
Carrefour Market (supermarché),
Carrefour Express,
Supeco et
Atacadao. Ensemble, ils ont généré un chiffre d’affaires global de 15,872 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 13,7% sur une année. À ce rythme,
Label Vie est bien parti pour réaliser son cap 2028, fixé à 28 milliards de dirhams. Dans le détail, les ventes restent concentrées sur trois formats majeurs, avec Atacadao en tête (39% du chiffre d’affaires), suivi de Carrefour Market (31%) et des hypermarchés Carrefour (24%). Supeco, encore en phase de montée en puissance, représente désormais 3% des ventes totales, gagnant deux points en un an, tandis que Carrefour Express poursuit sa dynamique de croissance et de proximité.
La performance commerciale ne repose pas uniquement sur l’effet des ouvertures. La progression des ventes à périmètre comparable ressort à +3,5%, avec des trajectoires différenciées selon les formats. Les hypermarchés Carrefour affichent une hausse de 4%, Atacadao confirme sa solidité avec une croissance comparable de 4,8%, tandis que Carrefour Express signe l’une des meilleures performances du portefeuille à +10,5%. Carrefour Market progresse plus modestement (+0,5%), et Supeco bénéficie surtout de l’expansion rapide de son réseau. À fin 2025, Label Vie compte ainsi 411 points de vente, répartis entre 16 hypermarchés, 107 supermarchés, 57 Carrefour Express, 208 magasins Supeco et 23 Atacadao, confirmant une stratégie multiformat qui cherche à capter la demande sur plusieurs segments, du discount à la proximité, en passant par les grandes surfaces.
Sur le plan opérationnel, le groupe affiche une rentabilité en progression, même si elle évolue moins vite que la dynamique commerciale. L’EBITDA atteint 1,55 MMDH, en hausse de 10,3% sur l’année, représentant 9,5% des ventes. Label Vie attribue cette performance à la maîtrise des marges, dans un contexte où l’arbitrage volume-prix devient plus délicat. Le résultat financier s’établit à 43 MDH, stable par rapport à 2024, traduisant, selon le groupe, une gestion prudente des équilibres financiers et une optimisation des coûts de financement. Quant au résultat net, il progresse de 6,2% pour atteindre 594 MDH, tandis que le résultat net part du groupe (RNPG) ressort à 578 MDH, en hausse de 6,8%.
Entre 2 et 3 ans pour atteindre la maturité commerciale d'un magasin
C’est précisément cet écart entre la croissance de l’activité et celle du résultat net qui a alimenté les questions sur la profitabilité. Interpellé sur le sujet, le Top Management a reconnu un décalage : malgré une fréquentation en hausse de 22% et une augmentation de 18% des surfaces, le résultat net n’a progressé que de 6%, un différentiel qu'il qualifie de temporaire. L’explication avancée tient à l’effet mécanique du cycle d’investissement et d’expansion accélérée engagé ces dernières années. Sur l’exercice, les
investissements ont atteint 1,2 milliard de dirhams, financés quasi intégralement par l’autofinancement du groupe grâce à une capacité de génération de
cash-flow d’environ 600 millions de dirhams, ce qui a permis de contenir l’endettement.
Amine Bennis, DGA pôle finance, rappelle également que l’ouverture de nouveaux magasins pèse à court terme sur la rentabilité, notamment à cause des amortissements et du temps nécessaire pour atteindre la
maturité commerciale, généralement estimée entre deux et trois ans. « Le développement augmente le résultat opérationnel dans un premier temps, et le résultat net dans un second temps », a-t-il souligné, insistant sur une logique de profitabilité différée, appelée à se normaliser au fil de la montée en puissance des nouveaux sites. Sur ce point, le
Bennis assume une lecture en deux temps : la performance opérationnelle comme première marche, puis la profitabilité nette comme conséquence différée. C’est un tassement transitoire, avant un retour à la rentabilité normative, a précisé le financier, convaincue que l’effet de maturité des magasins finira par absorber le coût initial de l’expansion, sans remettre en cause la trajectoire globale. Le groupe met d’ailleurs en avant la stabilité du résultat financier et le contrôle de l’endettement comme indicateurs de discipline, dans une phase où la tentation serait grande de pousser la croissance au détriment des équilibres.
Dans cette logique, Amine Bennis a tenu à rassurer sur le respect des objectifs de marge opérationnelle à l’horizon 2028 : alors que l'objectif de marge d'EBITDA est fixé à 9,3% dans la vision cap 2028, le groupe est déjà à un niveau de 9,5% en 2025 que le groupe s'attend à dépasser dans les années à venir.
Pertinence du modèle omnicanal et multiformat
Au-delà des comptes, les échanges ont aussi mis en lumière une transformation des comportements de consommation, qui influence directement la dynamique commerciale et la stratégie de formats. Dans un contexte marqué par la pluie et une reprise progressive de la confiance, le groupe observe un basculement vers les formats de proximité et vers l’
e-commerce. « Dès que la pluie est annoncée, on voit plus de monde dans les magasins et des paniers qui augmentent », a-t-il été souligné, tandis que le e-commerce a enregistré un record historique en décembre. Pour Label Vie, cette évolution confirme la pertinence du modèle omnicanal et multiformat, capable d’absorber les variations conjoncturelles tout en répondant aux nouveaux usages des consommateurs.
L’arbitrage volume-prix, lui, devient central dans un
contexte de désinflation et de pressions différenciées selon les catégories. Face aux questions sur la déflation, la direction a reconnu que certaines grandes familles de produits ont pesé sur la croissance en valeur. Pour compenser, Label Vie a privilégié une stratégie axée sur la fréquentation et le recrutement de clients. « On est très à cheval sur le volume et le prix », a expliqué le management, évoquant un pilotage mensuel fin par format et par catégorie, avec l’objectif d’équilibrer l’effet négatif de la déflation par une hausse des volumes et de la fréquentation, une stratégie que le groupe estime validée par les résultats 2025.
Sur le format Carrefour Express, la direction reconnaît néanmoins un retard dans certaines ouvertures, lié à une exigence accrue dans la sélection et l’
accompagnement des franchisés. Ce modèle est toutefois présenté comme particulièrement attractif en termes de cash-flow, puisque les investissements sont majoritairement portés par les partenaires franchisés. Là encore, Label Vie met en avant l’agilité de son multiformat : si un format ralentit, un autre peut accélérer, notamment Supeco ou Atacadao, afin d’optimiser la trajectoire de croissance globale sans déséquilibrer l’ensemble.
Pour 2026, le groupe confirme la poursuite de son plan stratégique 2024-2028, avec une expansion renforcée sur l’ensemble des formats. Label Vie réaffirme son ambition d’atteindre un chiffre d’affaires de 28 milliards de dirhams à l’horizon 2028, tout en préservant ses ratios de rentabilité, avec une marge d’EBITDA proche de 9,3%. Dans un environnement jugé porteur, notamment avec la
reprise pluviométrique,
dynamique touristique, grands projets d’infrastructure et perspective du Mondial... plusieurs intervenants ont interrogé la pertinence de ces objectifs, certains estimant que la conjoncture pourrait permettre d’aller plus loin. La direction s’est montrée ouverte à une révision à la hausse, tout en rappelant une culture interne de discipline et d’arbitrage permanent entre opportunités et risques. « S’il y a plus, on va prendre », a-t-elle assuré, précisant que certains sites non envisagés initialement sont désormais à l’étude, et que le groupe ne se limite pas à l’horizon 2028.
Enfin, face à l’arrivée de nouveaux acteurs dans la grande distribution et la proximité, Label Vie affiche une posture à la fois sereine et vigilante. Fort de près de 40 ans d’expérience dans le commerce moderne au Maroc, le groupe affirme prendre « toujours au sérieux » chaque nouvel entrant, tout en restant attentif aux bonnes pratiques du marché. Dans un pays où le commerce traditionnel domine encore largement, la direction estime que le potentiel de croissance reste considérable et que « le gâteau est encore énorme » pour l’ensemble des acteurs.