Saïd Naoumi
17 Mars 2026
À 10:21
La
centrale à charbon de Safi est désormais sortie du périmètre de consolidation du
Groupe français Engie. L’énergéticien ne détient plus que 17,67% du capital de
Safi Energy Company (Safiec), la société exploitant la centrale, après avoir cédé en janvier 2025 une part de 15,66% de sa participation initiale au Groupe marocain
Nareva Holding.
À la suite de changements de gouvernance intervenus au cours de l’exercice écoulé, la participation résiduelle d’Engie dans cet actif marocain est désormais comptabilisée comme un instrument de capitaux propres, conformément à la norme IFRS 9 (International Financial Reporting Standard 9) relative aux instruments financiers. Autre conséquence de cette évolution : les émissions de gaz à effet de serre de la centrale thermique de Safi ne sont désormais plus intégrées dans le bilan carbone du Groupe français.
Selon les données d’Engie, les émissions liées à cet actif, rapportées au taux de participation 2025 du Groupe, sont estimées à environ 1 million de tonnes de
CO₂ équivalent. L’opération de cession partielle du capital de Safiec a, par ailleurs, permis au Groupe de réduire son endettement financier net d’environ 30 millions d’euros, sans impact significatif sur le compte de résultat.
Ce reclassement comptable marque une nouvelle étape dans le désengagement progressif d’Engie du
charbon. Le Groupe français prévoit en effet une sortie totale du capital de la centrale de Safi d’ici 2027, dans le cadre de sa stratégie globale de transition énergétique.
Dans cette dynamique, Engie a, également, finalisé en 2025 la cession de ses actifs de production de gaz et de dessalement au Koweït et au Bahreïn, tout en complétant en début d’année la cession d’un actif énergétique au Pakistan.
Au
Maroc, la centrale thermique de Safi demeure toutefois un maillon structurant du système électrique national. Dotée de deux unités de production de 693 mégawatts (MW) chacune, pour une capacité installée totale de 1.386 MW, la centrale a été mise en service commercial fin 2018 pour un investissement global de 2,6 milliards de dollars (près de 23 milliards de dirhams).
Le projet a été développé, financé, construit puis exploité par Safiec, société de droit marocain dont les actionnaires sont Engie, Nareva Holding et le Groupe japonais Mitsui & Co. Lors du lancement du projet en 2013, la répartition du capital était de 35% pour Engie, 35% pour Nareva et 30% pour Mitsui.
Le consortium formé par ces trois Groupes avait été retenu la même année par l’
Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), initiateur du projet, à l’issue d’un appel d’offres international. L’ensemble de l’électricité produite par la centrale est vendu à l’ONEE dans le cadre d’un contrat d’achat d’électricité d’une durée de 30 ans, selon un montage de type partenariat public-privé reposant sur un schéma «BOOT» (Build, Own, Operate, Transfer). À l’issue du contrat, les actifs de la centrale seront transférés à l’Office.
Le marché de construction de la centrale avait été attribué au Groupe sud-coréen Daewoo Engineering & Construction, tandis que l’exploitation et la maintenance sont assurées par Safiec.
Sur le plan technologique, la centrale de Safi est la première en Afrique à utiliser la technologie dite ultra-supercritique. Celle-ci permet d’améliorer le rendement énergétique des installations d’environ 10% par rapport aux centrales conventionnelles, tout en réduisant les émissions de CO₂ et la consommation de combustible.
Malgré ces performances, les partenaires du projet explorent aujourd’hui différentes pistes de décarbonation du site, notamment à travers l’utilisation de l’ammoniac vert, une alternative susceptible de réduire l’empreinte carbone de l’installation.
Plus largement, Engie a confirmé son objectif de sortir de l’utilisation du charbon en 2025 en Europe continentale et d’ici 2027 dans le reste du monde, avec une stratégie visant une sortie progressive des énergies fossiles à l’horizon 2045.