Économie

Entreprises publiques : 209 milliards de DH d’investissement en 2027, recul de 24% prévu en 2028

Le Rapport sur les établissements et entreprises publics accompagnant le Projet de loi de Finances 2027 table sur un plateau d’investissement au niveau record de 2026, puis sur un net repli. Quant aux résultats, ils devront suivre une trajectoire plus lente. Ainsi, le résultat net à générer par les structures publiques n’excéderait son niveau de 2025 qu’en 2029.

27 Octobre 2026 À 10:26

Le Rapport sur les établissements et entreprises publics (EEP) accompagnant le projet de loi de finances (PLF) 2027 dessine une trajectoire en cloche. Les investissements programmés atteindraient 209,166 milliards de dirhams en 2027 (hors Fonds Mohammed VI pour l’investissement), un niveau quasi identique aux prévisions actualisées de 2026 (209,643 milliards, soit -0,2%), mais supérieur de 68% aux 124,359 milliards mobilisés en 2025. Ce dernier montant constituait déjà le plus haut de la période 2016-2025, en hausse de 23% sur 2024 (101,444 milliards de DH). L’année 2028 devra marquer le retournement : 158,529 milliards de DH, soit 24% de moins qu’en 2027 (et 24,4% de moins qu’en 2026), avant 132,84 milliards en 2029 (-16%). Le niveau de 2028 resterait toutefois supérieur de 27,5% au réalisé de 2025, et la moyenne annuelle 2027-2029 s’établirait à 166,84 milliards de DH. Le reflux ramène donc l’investissement vers une zone haute plutôt qu’il ne le fait retomber.

Par ensemble d’EEP : neuf opérateurs, 78% de l’effort

La concentration de l’investissement projeté est forte. Neuf entités totalisent 163,19 milliards de DH, soit 78% du programme 2027 : les Sociétés régionales multiservices (SRM, 39,60 milliards), l’Office Chérifien des phosphates (OCP, 31,31 milliards), l’Office national des chemins de fer (ONCF, 29,02 milliards), l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE, 16,49 milliards), Al Omrane (11,39 milliards), l’Office national des aéroports (ONDA, 10,68 milliards), le Groupe Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG, 9,45 milliards), les Académies régionales d’éducation et de formation (AREF, 8,23 milliards) et l’Agence marocaine pour l’énergie durable (Masen, 7 milliards). En 2025, les cinq premiers opérateurs (OCP, ONCF, SRM, Al Omrane, ONEE) pesaient déjà plus de 62% du réalisé, l’OCP en tête avec 34,08 milliards, soit 27% du total, contre plus de 40% en 2024. Le classement change pourtant nettement. Les SRM passent de 9,18 milliards de DH en 2025 à 24,86 milliards en 2026, puis 39,60 milliards en 2027, et pèseraient 19% du total (7% en 2025). Leur programme 2026-2030 dépasse 134,44 milliards, avec 32,2 milliards attendus en 2028 puis 21,68 milliards en 2029.

L’ONEE progresse de 63% entre 2026 et 2027 (10,13 à 16,49 milliards), l’ONCF de 29% (22,55 à 29,02 milliards) dans le cadre d’un cycle ferroviaire de 96 milliards à l’horizon 2030 (53 milliards pour l’extension de la ligne à grande vitesse (LGV) Kénitra-Marrakech, 29 milliards de DH pour 168 trains, 14 milliards de DH de maintien de la performance), l’ONDA de 51% (7,08 à 10,68 millions de DH) et la CDG de 58% (5,97 à 9,45 millions de DH). Masen passe de 422 millions de DH en 2025 à un peu plus de 7 en 2027, pour un portefeuille 2026-2030 de 4.416 mégawatts (MW) et 2.600 mégawattheures (MWh) de stockage, qui exigerait plus de 47 milliards de DH. À l’inverse, l’OCP ramènerait ses investissements de 52,54 milliards de DH à 31,31 milliards de DH (-40%), TMSA de 17,44 milliards de DH à 5,839 milliards de DH (-67%, puis 3,73 milliards de DH en 2028) et les AREF de 9,45 milliards de DH à 8,23 milliards de DH (-13%). Deux secteurs, l’énergie-eau-mines et l’infrastructure-transport, concentrent 149,5 milliards de DH, soit 71,5% du total des investissements projetés en 2027.



Derrière la stabilité apparente du premier (+0,7%) se cache un jeu de bascule : les hausses des SRM (+14,7 milliards de DH), de l’ONEE (+6,4 milliards de DH) et de Masen (+1 milliard de DH) compensent la baisse de l’OCP (-21,2 milliards de DH). Dans le transport, la montée de l’ONCF et de l’ONDA ne suffit pas à absorber le repli de TMSA (-11,6 milliards de DH) ; le secteur perd 6,3 milliards de DH. Le social, la santé, l’éducation et la formation reculent de 9% sur 2026 (15,03 milliards de DH, dont 8,23 milliards de DH pour les AREF et 2,85 milliards de DH pour les universités), mais pèsent encore 2,3 fois leur niveau de 2025. La finance (+52%) est tirée par la CDG, l’agriculture (+13,8%) par les Offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA) (4,24 milliards de DH contre 2,62 milliards de DH), l’habitat par Al Omrane (11,39 milliards de DH). La géographie de l’investissement reste très concentrée : Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Marrakech-Safi absorberaient 59,8% du total en 2027, contre 62,5% en 2026 ; avec Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, la part passe de 73,4% à 69,7%. Casablanca-Settat conserve la première place (64,85 milliards de DH, 31% du total), Rabat-Salé-Kénitra la deuxième (17,6%). Le recul de Marrakech-Safi (-13,8%) et de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma (-9,4%) profite à l’Oriental (+2,75 milliards de DH), à Fès-Meknès (+1,86 milliard de DH) et à Drâa-Tafilalet (+1,50 milliard de DH). Dans ce tableau, Laâyoune-Sakia El Hamra est la seule région du Sud en repli (-15,9%).

Performances : plus de valeur ajoutée, un résultat net qui attend 2029

Après un exercice 2025 de rebond (chiffre d’affaires +16%, résultat net +22%), les prévisions de clôture de 2026 annoncent un résultat net en baisse de 14%. Le Rapport anticipe pour 2027-2029 une évolution «globalement favorable», mais sur fond d’incertitudes géopolitiques et économiques susceptibles de peser sur l’activité, le financement et l’investissement. Le chiffre d’affaires atteindrait 483,32 milliards de DH en 2027 (+7,7% sur 2026, +14,6% sur 2025), puis fléchirait de 2,2% en 2028 (à 472,68 milliards de DH) avant de revenir à 483,70 milliards de DH en 2029. Les chiffres du Rapport suggèrent que ce repli tient à l’OCP : son chiffre d’affaires consolidé passerait de 127,49 milliards de DH en 2026 à 146,76 milliards de DH en 2027, puis 128,15 milliards de DH en 2028 et 121,94 milliards de DH en 2029. L’OCP expliquerait ainsi plus de la moitié de la hausse de 2027 (+19,3 milliards de DH sur +34,4 milliards de DH) et plus que l’intégralité de la baisse de 2028 (-18,6 milliards de DH sur -10,6 milliards de DH) ; hors OCP, le chiffre d’affaires gagnerait environ 8 milliards de DH (calcul à périmètre supposé identique). Ailleurs, la dynamique reste haussière : ONEE, 43,02 milliards de DH puis 44 milliards de DH ; ONDA, 7,07 puis 7,64 milliards de DH ; TMSA, 14,38 puis 16,74 milliards de DH ; ONCF, 6,05 milliards de DH puis 6,56 milliards de DH ; Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie (ANCFCC), 12,16 puis 12,94 milliards de DH ; Masen fait exception (3,22 puis 2,76 milliards de DH). S’agissant de la valeur ajoutée des EEP, elle progresserait de 8,4% en 2027 (182,94 milliards de DH) puis de 15,3% en 2028 (210,99 milliards de DH), soit +44,5% sur 2025. Elle représenterait environ 38% du chiffre d’affaires en 2027 et près de 45% en 2028 (46% en 2029). Les charges d’exploitation hors dotations monteraient de 8,1% en 2027 (405,68 milliards de DH) avant de baisser de 4% en 2028 (389,27 milliards de DH). Les charges de personnel augmenteraient, elles, plus lentement, de 4,1% puis 2,5% (56,33 puis 57,75 milliards de DH). Par ailleurs, les produits versés par les EEP au Budget général (hors cessions d’actifs et privatisation) s’élèveraient à 23,02 milliards de DH en 2027, soit +18% sur la prévision initiale de la loi de Finances 2026 (19,52 milliards de DH) et +11% sur la clôture 2026 (20,69 milliards de DH), puis chuteraient à 18,28 milliards de DH en 2028 (-21%) et 18,85 milliards de DH en 2029. En 2027, l’ANCFCC verserait 7,20 milliards de DH, l’OCP 6,40 milliards de DH de dividendes (contre 7 milliards de DH inscrits en 2026) et Bank Al-Maghrib 5,10 milliards de DH. Côté dépenses, l’Agence nationale du soutien social prévoit un niveau annuel d’environ 29,19 milliards de DH sur 2027-2029.

Transferts de l’État : 73 milliards en 2025, dont 29% pour l’investissement

Les relations financières avec l’État éclairent le financement de ces programmes. En 2025, les transferts budgétaires aux EEP ont atteint 72,90 milliards de DH, en hausse de 19,1% sur 2024, mais à 85% seulement des prévisions actualisées (85,86 milliards de DH). Sur 2015-2025, ils sont passés de 26,30 milliards de DH à 72,90 milliards de DH, soit une croissance annuelle moyenne de 10,7% : le montant a presque triplé en dix ans. Ils se répartissent entre fonctionnement (60%, 43,98 milliards de DH), investissement (29%, 20,82 milliards de DH) et dotations en capital (11%, 8,10 milliards de DH). Les subventions d’investissement équivalent ainsi à environ un sixième de l’investissement réalisé en 2025. La part des EEP non marchands est écrasante : 53,45 milliards de DH (73,3%), dont 42,71 milliards de DH de fonctionnement et 10,73 milliards de DH d’investissement, avec en tête les AREF (31,72 milliards de DH), les centres hospitaliers universitaires (CHU) (2,90 milliards de DH), les ORMVA (2,86 milliards de DH) et l’Office national des œuvres universitaires, sociales et culturelles (ONOUSC) (2,78 milliards de DH). Les EEP marchands ont reçu 19,45 milliards de DH (26,7%) : 10,08 milliards de DH de subventions d’investissement, 8,10 milliards de DH de dotations en capital et 1,26 milliard de DH de subventions d’exploitation, principalement au profit de l’ONEE (5,76 milliards de DH), de l’ONCF (2,93 milliards de DH), de Casablanca Iskane et Équipements (2,16 milliards de DH), de la Société nationale de radiodiffusion et de télévision (SNRT) (1,50 milliard de DH) et de Royal Air Maroc (RAM) (1,50 milliard de DH). Par secteur, l’éducation, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle captent 51% du total (37,06 milliards de DH), devant l’agriculture et la pêche (11%), l’eau, l’énergie et les mines (9%), les transports (8%) et les infrastructures et le développement territorial (6%). S’y ajoutent des ressources hors Budget général : 6,65 milliards de DH de taxes parafiscales en 2025 (7,05 milliards de DH attendus en 2026), dont 3,91 milliards de DH de taxe de formation professionnelle, et 18,50 milliards de DH de redevances, dont 10,73 milliards de DH pour l’ANCFCC.

Pipeline climatique 2035 : un vivier encore loin du bancable

Le Rapport consacre sa cinquième partie à la transition verte. Après un exercice pilote en 2025 (10 EEP, 58 projets, environ 54 milliards de DH, dont 32 milliards de DH à composante climatique, soit 59%), le chiffrage 2026 a été élargi à 40 EEP sollicitées. Dix-neuf ont répondu (47,5%) ; elles représentent environ 56% de l’investissement réalisé en 2025. Leurs 53 projets totalisent 155,24 milliards de DH, dont 140,58 milliards de DH climato-pertinents (91%) : environ 107 milliards de DH pour l’atténuation (76%) et 33 milliards de DH pour l’adaptation (24%).

Le plan de financement de ces 140,58 milliards de DH reste dominé par l’endettement : dettes et emprunts (53,78%), concours de l’État et d’institutions publiques (37,27%), multilatéraux (4,63%), ressources propres (3,07%), bilatéraux (0,66%) et dons et fonds climat (0,59%). Le Rapport y voit un potentiel de diversification vers les financements climatiques internationaux et concessionnels, afin de maîtriser l’endettement des EEP et le recours au Budget général. À titre de comparaison, le pilote 2025 faisait apparaître 47% de financements bilatéraux et multilatéraux, fonds climat compris, dans les plans de financement des projets recensés. Pour la première fois, un pipeline prospectif à l’horizon 2035 a été constitué pour alimenter la composante conditionnelle de la Contribution déterminée au niveau national (CDN) 3.0 : dix-sept projets portés par 7 EEP, à savoir l’OCP, la TMSA, l’ONCF, l’ONEE branche Eau, l’Agence pour le développement agricole (ADA), l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA) et l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Il est dominé par l’agriculture, les oasis et la recherche (7 projets, 41,2%), devant l’eau (4) et l’industrie-énergie (4). Le transport et la logistique n’en comptent que 2. Huit projets relèvent de l’adaptation, six de l’atténuation et trois des deux. Trois porteurs concentrent 13 projets sur 17 (76,5%) : l’OCP (7), l’ANDZOA (3) et l’INRA (3), dont les programmes visent jusqu’à un million d’hectares en semis direct, 50.000 hectares d’agroforesterie et 200.000 hectares de parcours réhabilités. Précision importante : ce portefeuille n’est pas, à ce stade, immédiatement bancable : chaque projet reste à qualifier au regard de sa pertinence climatique, de son éligibilité à la CDN 3.0, de son additionnalité financière et de sa maturité technique. Un dispositif transversal de reporting environnemental, social et de gouvernance (ESG), couvrant les EEP émargeant au Budget général, est en cours de structuration.
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