S.Ba.
26 Octobre 2026
À 15:56
La répartition des
fonctionnaires civils de l'État reste fortement déséquilibrée entre les régions du Maroc. D'après le rapport sur les ressources humaines accompagnant le
Projet de loi de finances (PLF) 2027, 69,6% des effectifs sont concentrés dans seulement cinq des douze régions du Royaume, tandis que les sept autres se partagent les 30,4% restants. Cette concentration concerne principalement les régions de
Rabat-Salé-Kénitra, Casablanca-Settat, Fès-Meknès, Marrakech-Safi et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Elle intervient dans un contexte où le gouvernement entend accélérer la déconcentration administrative et renforcer les capacités des services publics à l'échelle territoriale.
En 2026, le Maroc compte 574.026 fonctionnaires civils budgétaires de l'État, contre 583.267 en 2016. Leur répartition géographique révèle toutefois des écarts importants entre les territoires.
Rabat-Salé-Kénitra concentre un quart des fonctionnaires
Avec 25,3% des effectifs civils de l'État, Rabat-Salé-Kénitra occupe la première place au niveau national. À elle seule, cette région concentre donc environ un fonctionnaire sur quatre.
Elle est suivie de Casablanca-Settat, qui regroupe 14% des effectifs, puis de Fès-Meknès avec 11,8%. Marrakech-Safi arrive en quatrième position avec 10,5%, devant Tanger-Tétouan-Al Hoceïma (8%). Ces cinq régions représentent ainsi près de 70% des fonctionnaires civils de l'État.
Les autres territoires affichent des proportions sensiblement inférieures. Souss-Massa concentre 7,4% des effectifs, suivi de l'Oriental (6,6%), de Béni Mellal-Khénifra (5,8%) et de Drâa-Tafilalet (4,8%).
Les régions du Sud enregistrent les parts les plus faibles, avec 2,9% pour Laâyoune-Sakia El Hamra, 1,9% pour Guelmim-Oued Noun et 1% pour Dakhla-Oued Eddahab. Cette répartition met en évidence le poids des grands pôles administratifs et urbains dans la localisation des ressources humaines de l'État.
Les dépenses de personnel suivent la même concentration géographique
Les disparités régionales se retrouvent également dans la répartition des dépenses de personnel civil de l'État. Selon le rapport, 78,14% de ces dépenses sont concentrées dans six régions : Rabat-Salé-Kénitra, Casablanca-Settat, Fès-Meknès, Marrakech-Safi, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et Souss-Massa.
Rabat-Salé-Kénitra arrive une nouvelle fois en tête, avec 24,02% des dépenses de personnel civil, suivie de Casablanca-Settat (16,36%), Fès-Meknès (11,48%) et Marrakech-Safi (11,18%). Tanger-Tétouan-Al Hoceïma représente 8,29% de ces dépenses, tandis que Souss-Massa en absorbe 6,81%.
À l'autre extrémité, les régions de Dakhla-Oued Eddahab, Guelmim-Oued Noun et Laâyoune-Sakia El Hamra représentent respectivement 1,13%, 1,91% et 3,24% des dépenses de personnel civil.
Le rapport explique notamment le poids de Rabat-Salé-Kénitra par la concentration des administrations centrales dans la capitale, qui contribue à accroître à la fois les effectifs et les crédits consacrés aux rémunérations dans cette région. Ces chiffres portent sur la répartition territoriale des dépenses de personnel civil et ne doivent pas être confondus avec l'ensemble de la masse salariale de l'État, qui atteint 195,3 milliards de dirhams en 2026.
Des disparités qui interrogent la répartition des moyens humains
Si ces écarts témoignent d'une forte concentration géographique, ils ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer le niveau d'encadrement administratif de chaque région. La population, la superficie, la densité des habitants, la nature des services implantés et les besoins spécifiques des territoires doivent également être pris en compte pour apprécier l'adéquation des effectifs aux missions de service public.
Une région qui accueille une part réduite des fonctionnaires ne dispose donc pas nécessairement de moyens insuffisants au regard de sa population. À l'inverse, une forte concentration d'agents ne garantit pas automatiquement une meilleure accessibilité ou une plus grande qualité des prestations administratives.
Le constat dressé par le rapport soulève néanmoins la question de la répartition des ressources humaines entre les administrations centrales et les services territoriaux, ainsi que celle de leur adaptation aux besoins des citoyens.
Déconcentration administrative : le défi d'une meilleure répartition des effectifs
Le rapport inscrit cette problématique dans le chantier de la déconcentration administrative, considéré comme un levier essentiel de la régionalisation avancée. L'objectif est de transférer progressivement certaines compétences et missions de l'administration centrale vers les services déconcentrés de l'État, afin de rapprocher la décision administrative des territoires. Mais cette transformation suppose également de doter les structures régionales des moyens humains, matériels et décisionnels nécessaires à l'exercice de leurs nouvelles responsabilités. Le gouvernement souligne ainsi que la réussite de la déconcentration passe par la mobilisation effective des ressources humaines au profit des services territoriaux et par l'attribution de pouvoirs adaptés à leurs missions.
Au-delà du nombre de fonctionnaires présents dans chaque région, l'enjeu réside donc dans leur répartition en fonction des besoins réels des populations et des services publics.
Les données du PLF 2027 mettent ainsi en lumière l'un des défis de la réforme administrative : faire évoluer une organisation encore fortement concentrée autour des grands pôles vers une administration territoriale disposant des compétences et des moyens nécessaires pour répondre aux attentes des citoyens, quel que soit leur lieu de résidence.