Les Industries culturelles et créatives marocaines affichent une forte dynamique de croissance (IFC-Banque mondiale)
Les Industries culturelles et créatives (ICC) marocaines affichent une dynamique de croissance plus forte qu’anticipé, selon un rapport publié mercredi par la Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale. En 2023, les ICC ont généré plus de 116.000 emplois, dépassant ainsi les secteurs de la santé et des services financiers. Elles ont également produit près de 43 milliards de dirhams de revenus, soit une hausse de 18% par rapport à l’année précédente, précise ce rapport intitulé «Évaluation des industries créatives et culturelles au Maroc : défis du marché, opportunités et recommandations».
LE MATIN
09 Avril 2026
À 18:19
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Cette analyse stratégique met en lumière les perspectives de croissance du secteur ainsi que ses besoins de financement, à l’approche de la Coupe du monde de la FIFA 2030, que le Maroc coorganisera. Elle rappelle que les ICC représentaient 2,4% du PIB en 2022, un niveau comparable à celui de secteurs à forte intensité capitalistique tels que les industries extractives ou la logistique. «Le secteur se distingue également par sa contribution à l’inclusion économique : les femmes y occupent 34% des emplois, et les ICC constituent un vecteur majeur d’insertion pour les jeunes», indique l’étude.
L’IFC souligne toutefois que, malgré ce potentiel, le financement demeure un frein structurel. En 2021, les ICC ont capté moins de 0,5% du crédit total aux entreprises au Maroc, tandis que seulement 3% des entreprises créatives ont accès à un financement externe.
Le rapport met en avant plusieurs filières à fort potentiel, notamment : la mode et le design, dont la croissance a atteint 46% en 2023, les événements et les arts vivants, dont les revenus ont plus que doublé, le patrimoine et le tourisme culturel (+31%), ainsi que les métiers d’art (+18%).
Il souligne également l’effet catalyseur que pourrait représenter la coorganisation de la Coupe du Monde 2030 pour accélérer l’internationalisation du secteur et attirer de nouveaux investissements, notamment dans l’audiovisuel.
Parmi les principales recommandations formulées par l’IFC figurent l’élaboration d’une stratégie nationale dédiée aux ICC, le développement de réseaux d’incubateurs et de hubs créatifs, la mise en place de mécanismes de financement adossés à la propriété intellectuelle, ainsi que le renforcement du cadre juridique et de gouvernance. L’étude recommande également un accompagnement accru des entreprises créatives dans leur structuration financière.
«Les industries créatives et culturelles du Maroc s’imposent comme l’un des moteurs de croissance les plus dynamiques du pays», souligne David Tinel, manager régional de l’IFC pour le Maghreb, cité dans le rapport. «Cette analyse, fondée sur des données de marché robustes et développée en étroite collaboration avec les institutions marocaines, offre une base claire pour mobiliser les investissements et accompagner la structuration du secteur à grande échelle», a-t-il ajouté.
De son côté, Neïla Tazi, fondatrice et présidente d’honneur de la Fédération des industries culturelles et créatives, estime que ce secteur est «de promesses» et s’affirme déjà comme une réalité économique en construction. «Cette étude fournit un socle solide pour ancrer pleinement les ICC dans l’agenda des politiques publiques. Elle consacre un véritable changement de regard, désormais porté par une nouvelle génération d’acteurs», a-t-elle déclaré.
Pour sa part, Amal Idrissi, directrice exécutive de l’Observatoire marocain de la très petite, petite et moyenne entreprise (OMTPME), estime que cette étude illustre l’importance de s’appuyer sur les données administratives et celles issues des entreprises pour mieux comprendre les secteurs émergents tels que les industries culturelles et créatives. «En mobilisant son infrastructure de données, l’OMTPME contribue à fournir une évaluation robuste et objective du poids économique du secteur, de la dynamique de l’emploi et des défis de financement, soutenant ainsi des politiques publiques plus ciblées», a-t-elle ajouté. De son côté, Said Jabrani, directeur général de l’institution financière Tamwilcom, souligne que «les industries culturelles et créatives constituent un secteur à forte valeur ajoutée, tant sur le plan économique qu’en termes de rayonnement international pour notre pays».
Enfin, l’IFC a mis en avant la contribution du Haut-Commissariat au Plan (HCP) à cette évaluation, notamment à travers la mise en place d’un cadre méthodologique robuste, la mobilisation de données statistiques officielles et un appui technique dédié permettant de mieux définir et analyser le périmètre ainsi que la dynamique des industries culturelles et créatives au Maroc. Selon l’institution, ce travail souligne le rôle essentiel d’un système statistique national solide pour éclairer les politiques publiques et soutenir l’émergence de nouveaux moteurs de croissance.