Économie

Habillement : le Maroc maintient ses positions en Europe malgré la poussée asiatique

Les importations d’habillement de l’Union européenne ont atteint près de 90 milliards d’euros en 2025, portées par une demande de plus en plus orientée vers le bas de gamme. Dans ce contexte, le Maroc tire son épingle du jeu avec des exportations stables et un positionnement haut de gamme qui le distingue de ses concurrents asiatiques. Mais la pression ne faiblit pas : les trois quarts des achats européens de vêtements viennent désormais d’Asie.

Avec un prix moyen de 31,95 euros par kilo, le Maroc se classe au second rang pour la valeur des vêtements exportés vers l’UE.

29 Mars 2026 À 09:40

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Dans un contexte difficile, le Maroc affiche en 2025 des exportations d’habillement vers l’Union européenne (UE) quasi stables, à 2,72 milliards d’euros (-0,3% sur un an). Une performance qui confirme la résilience relative du secteur textile marocain, alors que le marché européen glisse vers le bas de gamme sous la pression des producteurs asiatiques.

Ce maintien des positions tient en grande partie à la stratégie de montée en gamme poursuivie de longue date par les exportateurs marocains. Avec un prix moyen de 31,95 euros par kilo, le Maroc se classe au second rang pour la valeur des vêtements exportés vers l’UE, juste derrière la Tunisie (37,61 euros/kg) et loin devant la Chine (18,31 euros/kg) ou le Bangladesh (14,27 euros/kg). Sur un marché où le prix tire vers le bas, le Maroc joue sa carte sur la valeur ajoutée.



«En 2025, le Maroc a relativement bien résisté. Grâce à des efforts constants de compétitivité, de valorisation de son offre vers le milieu/haut de gamme et de renforcement de son secteur amont textile, grâce aussi à sa grande proximité géographique avec l’Espagne et à ses liens privilégiés avec le groupe Inditex, le Maroc a pu limiter la réduction de sa part sur les marchés européens et dépasser la Tunisie», souligne l’expert international Jean-François Limantour dans une note sur l’évolution du marché d’habillement de l’UE.

Pour autant, le tableau n’est pas sans ombre. La part de marché du Maroc dans les importations européennes d’habillement est tombée à 3% en 2025, contre 4,5% il y a vingt ans. En deux décennies, le pays a perdu 1,5 point de part, sous l’effet de la concurrence des fournisseurs asiatiques. Cependant, le Maroc reste le 8e fournisseur de l’UE en 2025, devant la Tunisie (9e).

Tendances globales du marché européen

Selon les données publiées par Limantour, les importations totales d’habillement de l’UE ont progressé de 2,1% en 2025 pour s’établir à près de 90 milliards d’euros, après +4,5% en 2024. Cette croissance modeste reflète l’atonie persistante du marché européen de la mode : les consommateurs, soucieux de leur pouvoir d’achat, arbitrent résolument en faveur des prix bas.

Le signal le plus préoccupant est celui des prix : les prix moyens des vêtements importés ont chuté de -6,3% en 2025, après une baisse de -5,6% en 2024. En deux ans, le prix moyen toutes origines confondues est tombé à 19,04 euros par kilo. Cette déflation traduit vraisemblablement un glissement structurel de la demande vestimentaire vers le moyen/bas de gamme – une tendance qui, si elle se confirme, pénalisera en premier lieu les pays positionnés sur le haut de gamme.

D’ailleurs, les trois quarts des importations européennes de vêtements proviennent désormais d’Asie, soit 76,6% du total. Ce chiffre illustre l’ampleur de la domination asiatique, consolidée depuis le démantèlement de l’Accord Multifibres en 2005.

La Chine reste, et de très loin, le premier fournisseur de l’UE avec 26,58 milliards d’euros d’exportations (+1,2%), soit une part de marché de 29,5%. Le Bangladesh consolide sa deuxième place avec 19,4 milliards d’euros (+6%), soit 21,6% du marché. Ces deux pays fournissent à eux seuls 51% des importations totales de vêtements de l’UE.

La Turquie se maintient dans le Top 3 mais subit un recul sévère de -10,7% à 8,34 milliards d’euros, tombant à 9,3% de part de marché – une contraction qui, conjuguée aux baisses de la Tunisie (-3,6%), souligne la fragilité des fournisseurs non-asiatiques.

Derrière ce podium, le peloton de poursuite est entièrement asiatique et affiche une dynamique inverse. L’Inde (4e) progresse de +8,0% à 4,52 milliards d’euros, consolidant une part de 5,0% du marché européen. Le Cambodge (5e) enregistre une forte progression avec +14,7%, atteignant 4,49 milliards d’euros et près de 5% de part de marché. Le Vietnam (6e) suit avec 4,38 milliards d’euros (+9,7%), soit 4,9% du total, tandis que le Pakistan (7e) progresse de +9,6% à 3,86 milliards d’euros, représentant 4,3% des importations européennes.

Pour Limantour, les perturbations logistiques liées au conflit au Moyen-Orient – hausse des coûts, allongement des délais dans le détroit d’Ormuz – pourraient pousser les importateurs européens à rapprocher leurs approvisionnements. Une aubaine potentielle pour le Maroc et la Tunisie, bien placés pour capter ce retour au nearshoring.
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