Économie

Hausse des loyers : l’Exécutif prépare un tour de vis sur Airbnb

Confronté à une flambée persistante des loyers et des prix immobiliers, le gouvernement reconnaît l’ampleur de la crise du logement dans les grandes villes. Interpellé à la Chambre des représentants, le secrétaire d’État chargé de l’Habitat, Adib Benbrahim, a pointé un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande, aggravé par la montée en puissance de la location de courte durée. Un encadrement plus strict de ce segment est en préparation, parallèlement à l’étude de nouveaux mécanismes pour rendre le logement plus accessible, notamment pour la classe moyenne.

14 Janvier 2026 À 15:00

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« Il y a effectivement une hausse des loyers, que ce soit à l’achat ou à la location ». C’est par ce constat sans détour qu’Adib Benbrahim a ouvert ses réponses aux questions orales des députés, lundi, sur la situation du marché immobilier. Selon le secrétaire d’État, la cause principale de cette envolée réside dans un déséquilibre persistant entre une demande en forte progression et une offre insuffisante, en particulier dans les grands centres urbains.

Les grandes villes continuent d’attirer populations et investissements en raison de la concentration de l’emploi, des établissements d’enseignement et des infrastructures de santé. En parallèle, le foncier urbain se raréfie, renchérissant les coûts d’acquisition et limitant la capacité de production de nouveaux logements. « Il y a beaucoup plus de personnes à la recherche d’un logement que de logements disponibles », a résumé Benbrahim, soulignant que cette pression structurelle se traduit mécaniquement par une hausse des prix à l’achat comme à la location.



À ces facteurs s’ajoutent des pratiques spéculatives qui accentuent la tension sur le marché. Le secrétaire d’État a ainsi pointé le rôle d’investisseurs qui acquièrent des biens à des fins de revente rapide ou de location commerciale, contribuant à tirer les prix de référence vers le haut. Cette dynamique pèse directement sur les ménages, contraints d’absorber des loyers de plus en plus élevés, notamment dans les quartiers centraux et bien desservis.

La location de courte durée, via des plateformes numériques comme Airbnb, est également dans le viseur de l’Exécutif. Selon Benbrahim, de nombreux logements sont aujourd’hui détournés de leur vocation résidentielle pour être proposés à des fins touristiques, réduisant d’autant l’offre destinée aux habitants permanents. Cette évolution crée, selon lui, des déséquilibres notables, d’autant plus qu’elle entre parfois en contradiction avec les documents d’urbanisme, lesquels définissent des zones spécifiques pour les activités touristiques.

Le phénomène est renforcé par l’attitude des établissements bancaires, désormais plus enclins à financer des projets immobiliers à forte rentabilité, notamment ceux orientés vers la location saisonnière. Une orientation qui, selon le secrétaire d’État, facilite l’expansion de ce modèle au détriment du marché locatif classique et contribue à la hausse généralisée des loyers.

Face à cette situation, le gouvernement prépare un projet de décret visant à encadrer plus strictement les bâtiments destinés à la location de courte durée, afin d’en limiter l’expansion non régulée dans les zones résidentielles. L’objectif affiché est de rétablir un certain équilibre entre les besoins touristiques et le droit au logement des résidents.

En parallèle, le département de l’Habitat finalise une étude destinée à proposer un nouveau modèle de logements à loyers modérés, inférieurs d’environ 20 % aux prix du marché. Ces logements, qui seraient construits ou acquis par des institutions publiques régionales, seraient proposés à long terme, avec la possibilité pour les locataires de transformer une partie du loyer versé en apport pour un futur achat.

Ce dispositif, ciblant prioritairement la classe moyenne, vise à offrir une alternative durable entre la location et l’accession à la propriété. Les premiers résultats de l’étude sont attendus en mars, et devraient servir de base à des mesures concrètes pour mieux structurer le marché locatif et contenir la hausse des loyers.

En reconnaissant ouvertement les effets combinés de la rareté de l’offre, de la spéculation et de l’essor de la location touristique, l’Exécutif affiche sa volonté d’agir sur plusieurs leviers à la fois. Reste à savoir si ce tour de vis annoncé suffira à inverser une tendance devenue, pour de nombreux ménages urbains, l’un des principaux défis du quotidien.
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