Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ne constituent pas, à ce stade, un obstacle au fonctionnement du modèle économique de
Jet Energy. À l’occasion de son introduction à la Bourse de Casablanca, l’entreprise spécialisée dans la construction de
centrales solaires photovoltaïques affirme avoir préservé ses chaînes d’approvisionnement et maintenu l’exécution de ses contrats malgré les perturbations internationales. Interrogé sur les conséquences du conflit pour les activités de la société,
Ismail Tadlaoui, directeur général de Jet Energy, a indiqué que les projets en cours n’avaient subi aucune difficulté majeure liée à la disponibilité des équipements ou aux délais de livraison. « Nos intrants principaux n’ont pas été touchés, notamment les panneaux solaires, les trackers et les onduleurs », a-t-il expliqué, précisant que l’entreprise avait reçu l’ensemble de ses livraisons dans les délais prévus.
Les commandes nécessaires à l’exécution des contrats déjà engagés ont ainsi pu être assurées sans perturbation significative. Selon le management, les chantiers en cours ne souffrent actuellement ni de problèmes d’approvisionnement ni de retards de livraison imputables au contexte géopolitique. Pour les nouveaux contrats, Jet Energy estime disposer d’une marge d’adaptation face à une éventuelle augmentation des prix des équipements. Les hausses de coûts pourront être prises en compte dans les nouveaux chiffrages commerciaux et répercutées dans les propositions financières soumises aux clients. Cette distinction entre les contrats déjà engagés et les nouveaux marchés constitue, selon les dirigeants, un élément de protection du modèle économique de l’entreprise.
À cela s’ajoute la diversification de son portefeuille de projets. Le management souligne que Jet Energy n’est pas concentrée sur une seule catégorie d’installations ou sur une activité particulièrement exposée à une chaîne d’approvisionnement internationale spécifique.
Cette diversification contribuerait à limiter sa vulnérabilité aux aléas géopolitiques, même si l’évolution des tensions internationales et des coûts des équipements demeure un facteur à surveiller.
Un marché potentiel de 36 milliards de DH, dont 24 milliards hors stockage
Au-delà de la résistance de son activité aux tensions internationales, Jet Energy met en avant les perspectives de développement du marché marocain des énergies renouvelables. Lors des échanges consacrés à son introduction en Bourse, le management a évoqué un potentiel de marché de 36 milliards de dirhams, en intégrant les projets de stockage de l’énergie. Hors stockage, ce potentiel est estimé à 24 milliards de dirhams.
Ces montants illustrent l'importance des investissements susceptibles d'être engagés dans les infrastructures énergétiques et les installations photovoltaïques. Ils ne correspondent toutefois ni à un chiffre d'affaires garanti pour Jet Energy ni à des commandes déjà acquises par la société.
Interrogé sur la part de ce marché que l'entreprise pourrait capter et sur son positionnement face à ses concurrents, le management a notamment mis en avant son expérience dans l'exécution des projets solaires et sa capacité à intervenir sur des installations de grande envergure. Jet Energy se présente comme un acteur marocain spécialisé dans l'
EPC photovoltaïque, une activité qui couvre l'ingénierie, l'approvisionnement et la construction des centrales. L'entreprise estime que le développement du
secteur énergétique national ouvre des perspectives importantes pour les opérateurs capables d'assurer localement la réalisation de ces infrastructures.
Selon ses dirigeants, le Maroc dispose déjà de plusieurs composantes nécessaires au développement de la filière : des développeurs de projets, des clients, des financements et des investisseurs. La construction des centrales représente, dans cette chaîne de valeur, une activité dans laquelle les entreprises marocaines peuvent renforcer leur présence et conserver localement une part plus importante de la valeur créée. C'est sur ce segment que Jet Energy entend consolider son positionnement.
Le management a également évoqué une hypothèse de 14% de marge retenue dans les projections financières, qu'il juge prudente au regard des marges historiquement observées dans l'activité solaire de l'entreprise. Cette hypothèse reste néanmoins dépendante de la composition du portefeuille de projets, des conditions contractuelles et de la maîtrise des coûts d'exécution.
Stockage : un potentiel supplémentaire non intégré au business plan
Le stockage de l'électricité constitue un autre relais de croissance identifié par Jet Energy. L'entreprise indique que ce segment bénéficie déjà d'une visibilité commerciale, avec environ 6 gigawatts de projets ou d'appels d'offres annoncés, selon les indications fournies par le management. Jet Energy a déjà réalisé un premier projet dans ce domaine et participe à d'autres consultations en cours. Le développement du stockage pourrait ainsi générer de nouveaux contrats à court et moyen termes, en complément des activités traditionnelles de construction de
centrales photovoltaïques. Le management a toutefois choisi de ne pas intégrer les contributions potentielles de cette activité dans les hypothèses centrales du business plan utilisé pour la valorisation de l'entreprise.
Cette décision vise à distinguer les activités et projets pris en compte dans les projections financières des opportunités supplémentaires dont la réalisation demeure conditionnée à l'obtention de nouveaux marchés.
Le stockage constitue donc un potentiel de croissance additionnel, mais son calendrier de contribution au chiffre d'affaires et aux résultats dépendra de l'attribution et de l'exécution des contrats. En 2026, Jet Energy a notamment fait état de la réalisation d'un projet de stockage de 125 MWh pour le compte de l'OCP, présenté comme le plus important de ce type au Maroc. Cette réalisation s'inscrit dans la diversification progressive des compétences de l'entreprise, historiquement concentrée sur la construction d'installations photovoltaïques.
Valorisation IPO Jet Energy: Red Med évoque une volonté de proposer des conditions attractives
La valorisation retenue pour l'introduction en Bourse de Jet Energy a également suscité des interrogations, notamment en raison des multiples de bénéfices présentés aux investisseurs. Interrogé sur le niveau de ces ratios, jugé relativement faible pour une entreprise affichant des perspectives de croissance et de rentabilité, le représentant de
Red Med Capital Corporate Finance, conseiller de l'opération, a avancé deux explications principales : le contexte boursier actuel et la volonté des actionnaires de référence.
Le conseiller a reconnu que l'environnement de marché demeurait particulier, avec une visibilité limitée pour les investisseurs.
Mais il a surtout insisté sur le choix des actionnaires de proposer une valorisation permettant de construire une trajectoire boursière attractive sur la durée. Selon ses explications, les actionnaires de référence ont souhaité faire preuve de générosité dans les conditions de valorisation proposées au marché. Les échanges ont notamment fait ressortir des multiples de bénéfices de l'ordre de 10 fois pour 2027, avec d'autres références évoquées autour de 16 et 19 fois selon les périodes et les bases de comparaison présentées.
Ces niveaux ont été mis en avant par le conseiller pour illustrer le positionnement de l'offre, compte tenu des perspectives de croissance et de rentabilité de Jet Energy. Red Med a également rappelé une caractéristique importante de l'opération : l'introduction en Bourse est réalisée intégralement par augmentation de capital. Les fonds levés seront donc destinés à financer le développement de l'entreprise, et non à rémunérer les actionnaires existants dans le cadre d'une cession de leurs titres. Le conseiller a expliqué que l'objectif était également de créer les conditions d'une vie boursière durable pour le titre, en préservant son attractivité auprès des investisseurs après l'introduction.
Sur le plan méthodologique, Red Med a précisé que la valorisation intégrait une prime de risque spécifique, en complément de la prime de risque de marché. Cette approche vise à tenir compte des risques propres à l'entreprise et à retenir des hypothèses prudentes. Le coût moyen pondéré du capital évoqué lors des échanges ressort autour de 10,5%, selon les indications du conseiller. Ce paramètre intervient dans la méthode d'actualisation des flux de trésorerie futurs utilisée pour déterminer la valeur de l'entreprise.
La valorisation reste toutefois fondée sur des prévisions financières dont la réalisation dépendra de l'activité future de Jet Energy et des conditions de marché.
L'intégration verticale pour maîtriser les délais et les marges
Interrogé sur les risques liés à l'intégration verticale, notamment sur son éventuel impact sur les marges, Ie management a défendu cette orientation stratégique en mettant en avant les contraintes opérationnelles propres à l'
activité EPC. Les projets de centrales photovoltaïques doivent généralement être réalisés dans des délais relativement courts, de l'ordre d'un an à un an et demi au maximum, selon le management. Dans ce contexte, la disponibilité des équipements, la coordination des intervenants et la capacité à mobiliser rapidement les ressources nécessaires constituent des facteurs déterminants. L'intégration de certaines activités doit permettre à Jet Energy de gagner en flexibilité, de réduire sa dépendance à des sous-traitants et de mieux maîtriser ses délais d'exécution. Elle vise également à renforcer la prévisibilité des coûts et des marges sur la durée des contrats. Pour le management, cette stratégie répond donc d'abord à un impératif d'efficacité opérationnelle, plutôt qu'à une simple volonté d'élargir le périmètre industriel de l'entreprise.
Une quarantaine de projets menés simultanément et un turnover de 3,2%
La question des ressources humaines a également été abordée, dans un contexte où plusieurs entreprises du BTP font état de tensions sur le recrutement de profils techniques. Jet Energy assure disposer, à ce stade, des effectifs nécessaires à la réalisation de ses projets. Selon Ismail Tadlaoui, l'entreprise conduit actuellement une quarantaine de projets en parallèle, avec des équipes adaptées aux besoins de chaque chantier. Certains sites peuvent mobiliser jusqu'à 400 à 500 personnes, en fonction de leur dimension et de leur phase d'exécution. Le directeur général reconnaît l'existence de tensions ponctuelles sur la disponibilité de la main-d'œuvre, mais estime que l'entreprise parvient à les gérer sans compromettre la réalisation de ses projets. Il a également indiqué que le taux de rotation du personnel, ou turnover, s'établissait à 3,2%.
La différence entre cet effectif permanent et les personnes mobilisées sur certains chantiers s'explique par l'organisation opérationnelle des projets, qui peut nécessiter le recours à des ressources supplémentaires. Interrogé sur ses relations avec
Taqa Morocco, le management a par ailleurs présenté cet acteur comme un partenaire commercial potentiel plutôt que comme un concurrent direct.
La distinction repose sur la nature des activités : Taqa Morocco intervient notamment dans le développement et l'exploitation de projets énergétiques, tandis que Jet Energy se positionne sur leur réalisation technique et leur construction.
De Kénitra à Noor Atlas, plus d'une décennie de développement
Créée en 2012 dans le cadre de la diversification stratégique de
Jet Contractors, groupe de BTP coté à la
Bourse de Casablanca, Jet Energy s'est progressivement développée autour de trois métiers complémentaires : l'EPC photovoltaïque, les installations électriques en courants forts et courants faibles (CFO/CFA), ainsi que l'exploitation et la maintenance des installations (O&M).
Son parcours est marqué par plusieurs projets dans le solaire.
En 2015, l'entreprise a mis en service à Kénitra la première centrale solaire raccordée au réseau moyenne tension au Maroc, d'une puissance de 2 MWc. En 2018, elle a participé à la mise en service de la centrale Noor Laâyoune, d'une capacité de 85 MWc, ainsi qu'à l'installation de centrales solaires dans les nouvelles gares de la ligne à grande vitesse. En 2021, Jet Energy a réalisé l'installation de kits solaires dans 500 écoles rurales. Deux ans plus tard, en 2023, elle a lancé la construction de trois centrales photovoltaïques à Benguerir et Khouribga, pour le compte d'OGE, dans le cadre du projet PV Mines Solar, représentant une capacité totale de 202 MWc.
En 2024, l'entreprise a été retenue pour les projets Noor Atlas sur les sites de Tata et de Tan-Tan, d'une capacité de 40 MWc chacun.
En 2026, les travaux de ces deux installations, totalisant 80 MWc, se poursuivent, parallèlement au développement des activités de stockage, illustré par le projet de 125 MWh réalisé avec l'OCP.