Saïd Naoumi
02 Octobre 2026
À 10:00
Le
département de l’Agriculture devra mobiliser prochainement une
assistance technique pour mener les études complémentaires de deux
petites et moyennes hydrauliques (PMH) (Douirane à Chichaoua et Aït Ziat dans la zone d’Aït Ourir), et de deux
périmètres irrigués (Tiddas à Khémisset) et Dar Khrofa (troisième tranche à Larache). L’opération couvre sept composantes : de la vérification de la
robustesse climatique des ouvrages aux études de faisabilité qui serviront de base à l’évaluation du projet par la
Banque allemande de développement (KfW). Derrière ce marché d’études, une question de fond : les barrages qui alimenteront ces périmètres fourniront-ils encore assez d’eau dans un climat plus sec ?
La première composante testera la résilience des concepts. Le prestataire devra mettre à jour la base de données climatiques et hydrologiques (pluviométrie de 2015 à aujourd’hui, fréquence des pluies extrêmes), vérifier les
modèles hydrologiques des quatre sites, puis simuler l’évolution des disponibilités en eau selon deux scénarios climatiques. Il s’agit aussi de contrôler le dimensionnement des ouvrages de prise et de raccordement. La mission procédera en deux étapes, chacune soumise à validation formelle du maître d’ouvrage, qui se réserve quatre semaines pour commenter les rapports.
Les composantes suivantes dérouleront le dossier de bout en bout : cartographie des parties prenantes, étude d’impact environnemental et social avec plan de gestion et, si des déplacements sont avérés, plan d’action de réinstallation, selon les directives de
durabilité de la KfW. S’y ajoutent une étude de genre fondée sur des entretiens et des groupes de discussion auprès des bénéficiaires, une composante consacrée à l’innovation, un volet de mesures d’accompagnement, et enfin l’étude de faisabilité de chaque projet, avec actualisation des coûts, analyse financière (VAN, TRI) et analyse coût-bénéfice. L’équipe attendue comptera huit experts, dont un chef d’équipe mobilisé pendant toute la durée des prestations (sept mois). Le principe est commun : remplacer les prises individuelles sur l’oued par un adducteur sous pression alimenté depuis le
barrage, avec comptage de l’eau et ouvrages de régulation. À Douirane, six seguias principales sont concernées, dont la transformation en
seguias bétonnées est proposée. À Aït Ziat, seize prises sont à regrouper sur une conduite principale de 1.600 mm. À Tiddas, une conduite de liaison de 1.800 mm sur environ 9.250 m alimentera des
stations de pompage. À Dar Khrofa, chaque secteur devra recevoir une station de filtration collective, un réseau de distribution, des prises et un réseau d’assainissement. La promesse agronomique est nette. À Tiddas, la part des céréales passerait de 81% à 44% de l’assolement, au profit du maraîchage et des fourrages, avec un taux d’intensification culturale de 80 à 100%. À Dar Khrofa, l’intensification est projetée de 85,6% à 137%, sur la base de l’assolement de 2011.
La sécurité hydrique d’abord !
L’Agriculture rappelle que des parties du pays connaissent des volumes de
barrages devenus insuffisants pour l’irrigation. À Aït Ziat, la dotation agricole de 80 Mm³/an ne pourrait être atteinte régulièrement qu’une fois Marrakech alimentée en eau de mer dessalée. Le ministère indique, par ailleurs, que la stratégie nationale de l’eau est en cours de révision, et que ses conclusions pourraient alléger la portée des prestations. Par ailleurs, les mesures d’accompagnement devront définir l’exploitation et la maintenance des réseaux, un modèle de recouvrement des coûts (redevances d’eau, contributions des usagers) et la formation des associations d’usagers des eaux agricoles et des coopératives, féminines comprises. L’étude de genre doit, en outre, mesurer la situation de base des femmes et des jeunes filles dans les territoires concernés et identifier les effets négatifs éventuels du projet.