Rochdi Mokhliss
15 Janvier 2026
À 10:10
Dans le détail, la
Banque Mondiale souligne dans son
rapport Global Economic Prospects que les
conditions climatiques favorables ont permis un redressement notable de la
production agricole au Maroc, contribuant à la bonne performance enregistrée en 2025. Toutefois, cet effet positif devrait progressivement s’atténuer, ce qui pèserait sur le rythme de croissance à moyen terme. Parallèlement,
l’activité manufacturière et la
création d’emplois devraient évoluer à un rythme plus modéré, limitant l’élan de l’économie nationale.
Sur le plan des
équilibres macroéconomiques, l'institution relève une amélioration des comptes extérieurs parmi les pays importateurs de pétrole, dont le
Maroc. Le solde du compte courant s’est raffermi, soutenu notamment par la hausse des
transferts des Marocains résidant à l’étranger et par la bonne tenue des recettes touristiques. Cette tendance contribue à renforcer la résilience de l’économie face aux chocs externes, dans un contexte international encore marqué par de fortes incertitudes.
Les
finances publiques devraient également bénéficier d’une trajectoire plus maîtrisée. Les déficits budgétaires des pays importateurs de pétrole, dont le Maroc, sont appelés à se réduire sur la période 2026-2027, en partie grâce à la mise en œuvre de politiques budgétaires plus restrictives. Cette orientation vise à préserver les équilibres macroéconomiques, alors que les marges de manœuvre restent contraintes par les besoins d’investissement et les impératifs sociaux.
La
Banque mondiale insiste toutefois sur le potentiel de croissance additionnel que pourrait générer l’approfondissement des réformes structurelles. Au Maroc, « la mise en œuvre de réformes réglementaires plus ambitieuses que prévu pour promouvoir l’activité du secteur privé pourrait stimuler la croissance, réduire l’informalité et créer des emplois », souligne le rapport. L’amélioration du climat des affaires et la mobilisation accrue de l’investissement privé apparaissent ainsi comme des leviers clés pour soutenir la croissance à moyen terme.
Ce diagnostic s’inscrit dans un contexte où l’économie mondiale a fait preuve d’une résilience notable face à la montée des tensions commerciales et à l’incertitude des
politiques économiques. En 2025, l’accumulation de stocks des biens, un appétit soutenu pour le risque financier et l’essor rapide des investissements liés à l’intelligence artificielle ont soutenu l’activité, tandis que les chaînes d’approvisionnement se sont adaptées à la hausse des barrières commerciales. Cette dynamique a permis de clore un cycle de reprise mondiale de cinq ans après la récession de 2020, un épisode inédit depuis plus de six décennies.
Cette performance globale masque néanmoins de fortes divergences. Si près de 90% des économies avancées ont désormais dépassé leurs niveaux de revenu par habitant d’avant la pandémie, plus d’un quart des économies émergentes et en développement, en particulier les pays à faible revenu ou affectés par des situations de fragilité et de conflit, restent en deçà de leurs niveaux de 2019.
À l’horizon immédiat, la
Banque mondiale prévoit un ralentissement de la
croissance mondiale à 2,6% en 2026, à mesure que plusieurs facteurs de soutien s’estompent. Le
commerce international devrait perdre en vigueur, les entreprises réduisant leurs accumulations de stocks tandis que les effets des
droits de douane se font davantage sentir. Si les économies émergentes ont globalement mieux résisté que prévu aux tensions commerciales récentes, les perspectives demeurent inégales selon les régions.
Les risques pesant sur les perspectives mondiales restent orientés à la baisse. Une aggravation des
tensions commerciales, un durcissement supplémentaire des barrières ou une dégradation du climat financier pourraient freiner davantage l’activité. À l’inverse, un élargissement des retombées économiques liées à l’intelligence artificielle ou une meilleure capacité d’adaptation des entreprises aux nouvelles conditions commerciales pourraient soutenir la croissance.