Dix ans après l’établissement du partenariat stratégique entre le Maroc et la Chine,
Yu Jinsong,l’ambassadrice de Chine au Maroc, veut ouvrir une nouvelle phase dans les relations entre Rabat et Pékin. À l’occasion du 105ᵉ anniversaire de la fondation du
Parti communiste chinois, l’ambassadrice a dressé le bilan d’une coopération qui a progressivement dépassé le cadre diplomatique pour s’étendre au commerce, à l’investissement, à l’industrie et aux nouvelles technologies.
L’année 2026 marque également le 68ᵉ anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays. Pour la diplomate chinoise, cette double échéance constitue un nouveau point de départ pour approfondir une relation dont les bases se sont consolidées au cours de la dernière décennie.
Le partenariat stratégique avait été établi en 2016 par le président chinois Xi Jinping et Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Depuis, les échanges bilatéraux se sont intensifiés, portés par la montée des flux commerciaux, l’arrivée d’entreprises chinoises au Maroc et l’intégration progressive du Royaume dans les grandes initiatives internationales lancées par Pékin.
Plus de 10 milliards de dollars d’échanges
Le volume total des échanges bilatéraux a dépassé 10 milliards de dollars. Les engagements d’investissement chinois au Maroc ont également dépassé 10 milliards de dollars, selon les chiffres présentés par l’ambassadrice. Cette progression confirme la place croissante du Royaume dans la stratégie d’expansion internationale des groupes chinois, notamment dans l’industrie, les infrastructures et les technologies.
Yu Jinsong présente le Maroc comme un partenaire susceptible de jouer un rôle de plateforme entre la Chine, l’Afrique, l’Europe et le monde arabe. Cette position géographique, associée aux accords commerciaux du Royaume et à son tissu industriel, renforce son attractivité auprès des investisseurs chinois. La diplomate a ainsi insisté sur la nécessité de mieux exploiter les avantages respectifs des deux pays afin de construire une coopération davantage fondée sur les investissements productifs et la création de valeur locale.
Tanger Tech, vitrine de la coopération industrielle
Le projet de cité industrielle Tanger Tech occupe une place centrale dans cette stratégie. Plus de 40 entreprises ont déjà signé des contrats pour s’y installer. L’investissement total prévu dépasse 4 milliards de dollars, tandis que le projet devrait permettre la création de plus de 22.000 emplois directs au Maroc. Pour Yu Jinsong, l’avancement de
Tanger Tech illustre le passage d’une coopération essentiellement commerciale vers une relation industrielle plus structurée. Le projet doit accueillir des entreprises actives dans plusieurs branches manufacturières et contribuer à renforcer l’intégration du Maroc dans les chaînes de valeur internationales.
Cette plateforme s’inscrit dans le cadre de
l’Initiative"La Ceinture et la Route", lancée par la Chine en 2013. Le Maroc et la Chine avaient signé un mémorandum d’entente sur cette initiative en 2017. En 2022, le Royaume est devenu le premier pays d’Afrique du Nord à conclure un document de coopération spécifique lié à ce programme. Depuis son lancement, l’initiative chinoise a été rejointe par plus des trois quarts des pays du monde et par plus de 30 organisations internationales.
En 2025, les échanges commerciaux entre la Chine et les pays partenaires de cette initiative ont dépassé 23.000 milliards de yuans. Entre 2021 et le premier semestre 2025, les investissements bilatéraux cumulés ont franchi 240 milliards de dollars.
Le « zéro droit de douane » pour les produits marocains
L’accès des produits marocains au marché chinois constitue l’un des chantiers défendus par l’ambassadrice. Yu Jinsong appelle à la mise en œuvre effective de la mesure de « zéro droit de douane » accordée par la Chine au Maroc. L’objectif est de permettre à davantage de produits marocains de qualité d’accéder au marché chinois.
Pour Rabat, l’ouverture du marché chinois pourrait constituer une opportunité pour plusieurs filières exportatrices. Elle pourrait également favoriser la diversification géographique des ventes marocaines et réduire la forte concentration des exportations nationales sur les marchés européens. La Chine souhaite faire de cette ouverture un exemple de coopération économique entre la Chine et l’Afrique, mais aussi entre Pékin et le monde arabe.
Une relation appelée à s’étendre à la technologie
La coopération sino-marocaine ne devrait pas se limiter aux échanges de marchandises ou aux projets industriels. Dans son intervention, Yu Jinsong a accordé une place importante aux nouvelles technologies, à l’intelligence artificielle, aux semi-conducteurs, à l’aérospatial, à l’aviation et aux énergies nouvelles.
Ces secteurs occupent une place centrale dans la stratégie chinoise de développement. La Chine figure désormais parmi les dix pays les plus innovants du monde et a placé l’autonomie scientifique et technologique au cœur de ses priorités.
L’ambassadrice a également relayé les orientations présentées par Xi Jinping sur le développement de l’intelligence artificielle. Le président chinois a défendu quatre principes : l’ouverture et la coopération, la maîtrise des risques, l’inclusivité technologique et l’amélioration de la gouvernance mondiale de l’IA.
La Chine appelle à une coopération internationale plus large afin d’aider les pays du Sud à renforcer leurs capacités numériques et leurs compétences dans l’intelligence artificielle.
Le Maroc a apporté son soutien aux initiatives chinoises consacrées au développement et à la gouvernance mondiale. Il a notamment rejoint le Groupe des amis de l’Initiative pour le développement mondial ainsi que celui de l’Initiative pour la gouvernance mondiale.
Pékin veut inscrire le partenariat dans la durée
Pour Yu Jinsong, la relation sino-marocaine doit s’appuyer sur une vision de long terme. Cette approche reprend l’un des principes mis en avant dans le modèle de développement chinois : la planification pluriannuelle. Depuis 1953, la Chine a élaboré et mis en œuvre quinze plans quinquennaux.
Durant le 14ᵉ Plan quinquennal, le PIB chinois a successivement dépassé les seuils de 110.000, 120.000, 130.000 puis 140.000 milliards de yuans, avec une croissance annuelle moyenne de 5,4%. La valeur ajoutée de l’industrie manufacturière chinoise est restée la première au monde pendant seize années consécutives. Le PIB par habitant a, pour sa part, dépassé 13.000 dollars durant trois années consécutives.
Pour l’ambassadrice, cette continuité dans la planification constitue l’un des facteurs ayant permis à la Chine de maintenir un cap industriel et technologique stable malgré les évolutions de la conjoncture internationale. Cette logique pourrait également inspirer la coopération avec le Maroc, notamment dans les projets nécessitant des investissements importants et des délais de réalisation longs.
Une coopération également politique et culturelle
Au-delà de l’économie, Yu Jinsong a rappelé l’importance du respect mutuel, de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence dans les affaires intérieures. La Chine souhaite renforcer le soutien réciproque entre les deux pays sur les questions considérées comme relevant de leurs intérêts fondamentaux. La diplomate a également appelé à élargir les échanges dans le tourisme, la culture, les arts, le sport, l’éducation et les programmes destinés aux jeunes.
Le rapprochement entre les deux pays doit, selon elle, reposer autant sur les investissements et le commerce que sur une meilleure connaissance mutuelle entre les sociétés chinoise et marocaine. Dans ce dispositif, la presse et le monde académique sont appelés à jouer un rôle d’intermédiaire, en accompagnant la circulation des idées et en renforçant la compréhension des transformations économiques et sociales en cours dans les deux pays.
La relation entre le Maroc et la Chine entre désormais dans une phase où l’enjeu ne se limite plus à l’augmentation des échanges commerciaux. Le développement de Tanger Tech, l’arrivée de nouvelles entreprises chinoises, la perspective du « zéro droit de douane » et l’ouverture de nouveaux domaines de coopération technologique traduisent une volonté d’intégration plus poussée.
Yu Jinsong souhaite inscrire cette relation dans une logique de bénéfices mutuels, de coopération Sud-Sud et de long terme.
Dix ans après le lancement du partenariat stratégique, la priorité consiste désormais à transformer les engagements annoncés en projets industriels, en emplois, en exportations et en transferts de compétences. C’est sur ces résultats concrets que se mesurera la prochaine étape du rapprochement entre Rabat et Pékin.