Noura Mzaghrani
09 Avril 2026
À 12:48
À Marrakech, la
cybersécurité s’impose comme l’un des chantiers majeurs de la
transformation numérique africaine. À l’occasion de la deuxième journée de
GITEX Africa Morocco 2026, responsables publics, experts et acteurs du numérique ont convergé autour d’un constat partagé : face à l’intensification des menaces, aucune réponse strictement nationale ne peut suffire . Au cœur des échanges, le sommet
Strategic Digital Defence AI Readiness (STAR), organisé en partenariat avec la Direction Générale de la Sécurité des Systèmes d’Information (
DGSSI), a placé la lutte contre la cybercriminalité au centre des priorités. L’objectif : structurer une réponse coordonnée à l’échelle.
Les chiffres avancés traduisent l’ampleur du défi.
L’économie de la cybercriminalité représente aujourd’hui des pertes estimées à 5 milliards de dollars par an en Afrique, tandis que les organisations du continent subissent en moyenne plus de 3.000 attaques hebdomadaires, un niveau supérieur à la moyenne mondiale.
Dans ce contexte, l’intelligence artificielle apparaît comme un facteur d’accélération. Elle complexifie les modes opératoires des attaques, tout en rendant leur détection plus difficile. Face à cette évolution, les approches traditionnelles montrent leurs limites.
Pour les participants, la réponse passe par une coopération renforcée entre États, institutions et acteurs privés. Le directeur général de la DGSSI,
Abdellah Boutrig, a ainsi insisté sur la nécessité de dépasser les cadres nationaux pour bâtir des mécanismes de coordination efficaces. Au-delà de la dimension technique, les échanges ont mis en avant l’importance d’une vision stratégique intégrée, associant investissements, formation et partage d’informations. L’enjeu est de construire des écosystèmes de cybersécurité capables de s’adapter à des menaces en constante évolution.
Un autre point de convergence concerne le déficit de compétences. Alors que les cybermenaces se multiplient, l’Afrique fait face à un manque de professionnels qualifiés, accentuant la vulnérabilité des infrastructures critiques et des systèmes publics. Les intervenants ont souligné la nécessité d’investir dans la formation et la sensibilisation, en particulier auprès des jeunes. L’objectif : constituer une main-d’œuvre capable de concevoir, déployer et sécuriser les solutions numériques du continent.
L’humain au cœur de la sécurité
Malgré la sophistication croissante des technologies, les experts ont rappelé que la principale faille reste humaine. Plus de 95 % des incidents de cybersécurité seraient liés à des erreurs ou à un manque de sensibilisation. Dans ce contexte, l’éducation et la maîtrise des usages numériques apparaissent comme des leviers essentiels pour renforcer la résilience globale. Une approche qui dépasse la seule dimension technique pour intégrer des enjeux de culture numérique et de responsabilité.
À travers ces échanges, GITEX Africa confirme son rôle de plateforme de dialogue entre décideurs, investisseurs et acteurs technologiques. L’événement contribue à structurer une réflexion collective sur les conditions d’une souveraineté numérique africaine. C'est dire qu'à Marrakech, la cybersécurité n’est plus seulement perçue comme un enjeu technique, mais comme un élément central de la stabilité économique et politique du continent. Une question désormais posée à l’échelle régionale, et appelée à s’inscrire durablement dans les agendas stratégiques africains.