Le marché du travail a enregistré une amélioration au deuxième trimestre 2026, avec un recul du chômage et une hausse du nombre de personnes disposant d’un
emploi rémunéré. Selon les résultats de la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre, publiée par le
Haut-Commissariat au Plan, le taux de chômage strict s’est établi à 9,5%, contre 10,8% au premier trimestre. Cette enquête, baptisée EMO2026, constitue la première d’une nouvelle génération d’enquêtes sur le marché du travail au Maroc. Elle remplace l’Enquête nationale sur l’emploi et adopte les normes internationales les plus récentes définies par les 19e, 20e et 21e Conférences internationales des statisticiens du travail de l’Organisation internationale du travail. Le nouveau dispositif distingue notamment le
chômage strict, l’
emploi exercé contre un revenu, le
sous-emploi lié à la durée du travail et la
main-d’œuvre potentielle. Il permet ainsi d’élargir la lecture du marché du travail au-delà du seul taux de chômage.
Le chômage recule dans les villes comme dans les campagnes
Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage strict s’est établi à 11,9% en milieu urbain et à 5,4% en milieu rural. Par rapport aux trois premiers mois de l’année, il a diminué de 1,6 point dans les villes, où il atteignait 13,5%, et de 0,7 point dans les campagnes, après 6,1% au premier trimestre.
Le nombre de chômeurs au sens strict s’est élevé à 1,12 millions de personnes. Près de 79,3% d’entre elles résidaient en milieu urbain et un tiers, soit 33,3%, étaient des femmes. Entre les deux trimestres, le volume du chômage a reculé de 132.000 personnes. Cette baisse résulte d’une diminution de 108.000 chômeurs dans les villes et de 24.000 en milieu rural.
Les écarts entre les hommes et les femmes demeurent toutefois importants. Le taux de chômage strict des femmes s’est établi à 14,8%, contre 8,1% pour les hommes. Les deux catégories ont enregistré une baisse de 1,3 point par rapport au trimestre précédent. Le chômage féminin était de 16,1% au premier trimestre, tandis que celui des hommes atteignait 9,4%.
Le chômage des jeunes reste à 27,2%
Les jeunes âgés de 15 à 24 ans restent la catégorie la plus exposée au chômage, avec un taux de 27,2%. Ce niveau a néanmoins diminué de 2 points en un trimestre, après 29,2% au début de l’année. Pour les personnes âgées de 25 à 34 ans, le taux de chômage est passé de 16,1% à 14,5%, soit une baisse de 1,6 point. Le recul a été plus limité parmi les autres tranches d’âge. Le taux est passé de 6,5% à 5,7% chez les 35-44 ans et de 4,2% à 3,4% parmi les personnes âgées de 45 ans et plus, soit une diminution de 0,8 point pour chacune des deux catégories.
Le niveau de diplôme ne protège pas systématiquement contre le chômage. Le taux le plus élevé concerne les détenteurs d’un diplôme avancé, avec 16,7%, suivis des titulaires d’un diplôme intermédiaire, avec 16%. Le chômage atteint 11,4% parmi les personnes ayant un diplôme de base, contre seulement 3,8% chez celles ne disposant d’aucun diplôme.
La main-d’œuvre augmente de 147.000 personnes
La main-d’œuvre, qui regroupe les personnes exerçant un emploi contre un revenu et les chômeurs au sens strict, a atteint 11,76 millions de personnes au deuxième trimestre 2026. Elle a augmenté de 147.000 personnes par rapport au premier trimestre. Près de 63,5% de cette population réside en milieu urbain. Les femmes ne représentent toutefois que 21,5% de la main-d’œuvre, alors qu’elles constituent 71,1% de la population située hors du marché du travail. Cette répartition met en évidence leur faible participation à l’activité économique rémunérée.
Le taux de participation à la main-d’œuvre s’est établi à 42,2% au niveau national, contre 41,8% au premier trimestre. Il a ainsi progressé de 0,4 point. Ce taux atteint 41,2% en milieu urbain, après 41%, et 44% en milieu rural, contre 43,3% trois mois plus tôt. L’écart entre les sexes demeure très prononcé. Le taux de participation des hommes s’élève à 66,5%, contre seulement 18,1% pour les femmes. Entre les deux trimestres, il est resté presque stable chez les hommes, avec une hausse de 0,1 point, mais a augmenté de 0,6 point chez les femmes, passant de 17,5% à 18,1%.
Les 35-44 ans les plus présents sur le marché du travail
Le taux de participation le plus élevé est enregistré chez les personnes âgées de 35 à 44 ans, avec 57,7%, suivies de celles âgées de 25 à 34 ans, avec 56,8%. Le taux atteint 38,7% pour les personnes âgées de 45 ans et plus, contre seulement 22,9% parmi les jeunes de 15 à 24 ans.
Entre les premier et deuxième trimestres, la participation a augmenté de 1,2 point chez les 35-44 ans et de 0,7 point parmi les personnes âgées d’au moins 45 ans. Elle a, en revanche, diminué de 0,5 point chez les 15-24 ans, passant de 23,4% à 22,9%.
Les titulaires d’un diplôme avancé affichent le taux de participation le plus élevé, à 69,4%. Ce niveau est nettement supérieur à celui des détenteurs d’un diplôme intermédiaire, établi à 46,3%. Le taux atteint 39,2% pour les personnes ayant un diplôme de base et 38,1% pour celles sans diplôme.
Près de 279.000 emplois rémunérés supplémentaires
Le nombre de personnes disposant d’un emploi contre un revenu a atteint 10,64 millions au deuxième trimestre 2026, soit une augmentation de 279.000 postes en trois mois. Cette progression, équivalente à 2,7%, résulte de la création de 187.000 emplois en milieu urbain et de 92.000 en milieu rural. Près de 61,9% des personnes exerçant un emploi rémunéré résident dans les villes. Les femmes ne représentent que 20,3% de cette population.
Le
taux d’emploi contre revenu s’est élevé à 38,2% au niveau national, contre 37,3% au premier trimestre. Il a ainsi gagné 0,9 point.
Ce taux s’établit à 36,3% en milieu urbain, après 35,5%, et à 41,6% en milieu rural, contre 40,7% trois mois auparavant. Il atteint 61,1% pour les hommes, contre seulement 15,4% pour les femmes. Le taux d’emploi a progressé de 1 point chez les hommes et de 0,7 point chez les femmes.
Les jeunes affichent un taux d’emploi de seulement 16,6%
Par âge, les personnes de 35 à 44 ans présentent le taux d’emploi rémunéré le plus élevé, à 54,4%. Elles sont suivies par les 25-34 ans, avec 48,6%, puis par les personnes âgées de 45 ans et plus, avec 37,3%. Le niveau le plus faible est observé chez les jeunes de 15 à 24 ans, dont seulement 16,6% occupent un emploi contre un revenu. Les diplômés de niveau avancé enregistrent le taux d’emploi le plus élevé, à 57,8%. Il s’établit à 38,9% parmi les détenteurs d’un diplôme intermédiaire, à 36,7% chez les personnes sans diplôme et à 34,7% pour celles disposant d’un diplôme de base.
Les services concentrent près de la moitié des emplois
Les services restent le principal pourvoyeur d’emplois rémunérés, avec 5,25 millions de personnes, soit 49,3% du total. L’agriculture, la sylviculture et la pêche emploient 2,56 millions de personnes, représentant 24,1% des emplois. L’industrie compte 1,45 millions travailleurs, soit 13,7%, tandis que le bâtiment et les travaux publics concentrent 1,35 millions emplois, ou 12,7%.
La structure diffère fortement selon le lieu de résidence. En milieu urbain, 64,5% des personnes en emploi rémunéré travaillent dans les services et 17,6% dans l’industrie. Dans les campagnes, l’agriculture, la sylviculture et la pêche concentrent 54,5% des emplois, tandis que les services en représentent 24,7%.
Entre les premier et deuxième trimestres, les services ont créé 166.000 postes, soit une hausse de 3,3% de l’emploi dans le secteur.
L’industrie a enregistré 47.000 emplois supplémentaires, également en progression de 3,3%. Le BTP a créé 42.000 postes, soit une hausse de 3,2%, tandis que l’agriculture, la forêt et la pêche ont gagné 28.000 emplois, en augmentation de 1,1%.
Un taux de sous-utilisation de la main-d’œuvre de 18,9%
L’amélioration du taux de chômage ne suffit toutefois pas à résumer l’ensemble des tensions sur le marché du travail.
En ajoutant au chômage strict le sous-emploi lié à une durée de travail insuffisante et la main-d’œuvre potentielle, le taux composite de sous-utilisation atteint 18,9% au niveau national. Il s’établit à 21% en milieu urbain et à 15,2% en milieu rural. Les jeunes de 15 à 24 ans affichent un taux particulièrement élevé de 41,7%. Chez les femmes, il atteint 26,7%.
Entre les deux trimestres, le taux composite a reculé de 3,6 points, passant de 22,5% à 18,9%. La baisse atteint 3,8 points en milieu urbain, où il est passé de 24,8% à 21%, et 3,1 points en milieu rural, de 18,3% à 15,2%. Le recul est de 4,4 points chez les femmes, après un taux de 31,1% au premier trimestre, et de 3,3 points chez les hommes, dont le taux est passé de 19,9% à 16,6%.
Plus de 527.000 personnes en sous-emploi horaire
Parmi les personnes exerçant un emploi contre un revenu, 527.000 se trouvent en situation de sous-emploi lié à la durée du travail. Plus de la moitié, soit 56%, résident en milieu urbain. La main-d’œuvre potentielle s’élève, pour sa part, à 711.000 personnes. Elle représente 4,4% de la population hors main-d’œuvre.
Le taux combinant le chômage strict et le sous-emploi lié à la durée du travail s’établit à 14% au niveau national. Il atteint 15,9% dans les villes et 10,8% en milieu rural. Il est également plus élevé chez les femmes, à 17,6%, que chez les hommes, à 13%. Ce taux a reculé de 2,6 points en un trimestre, après 16,6% au début de l’année. Il a diminué de 2,4 points en milieu urbain et de 2,8 points dans les campagnes.
Le taux combinant le chômage strict et la main-d’œuvre potentielle atteint, quant à lui, 14,7% au niveau national, 17,3% en milieu urbain et 10% en milieu rural. L’écart entre les femmes et les hommes est particulièrement important : ce taux s’établit à 24,2% pour les premières, contre 11,9% pour les seconds. Il a baissé de 2,4 points par rapport au premier trimestre, où il atteignait 17,1%. Le recul a été de 3,1 points en milieu urbain et de 1,1 point en milieu rural. Chez les femmes, il a diminué de 3,7 points, passant de 27,9% à 24,2%. Chez les hommes, la baisse a été de 2 points, de 13,9% à 11,9%.
Dakhla affiche la participation la plus élevée
Les indicateurs régionaux font apparaître d’importantes disparités. Quatre régions présentent un
taux de participation à la main-d’œuvre supérieur à la moyenne nationale de 42,2%.
Dakhla-Oued Ed-Dahab arrive en tête avec un taux de 59,2%, suivie de
Tanger-Tétouan-Al Hoceima, avec 46,8%, de
Casablanca-Settat, avec 46,7%, et de
Marrakech-Safi, avec 43,1%.
À l’inverse, les taux les plus faibles sont enregistrés à
Drâa-Tafilalet, avec 30,5%, dans l’
Oriental, avec 36,6%, à
Souss-Massa, avec 37,6%, et à
Laâyoune-Sakia El Hamra, avec 39,7%.
Les écarts sont également importants lorsqu’on observe le
taux combinant le chômage strict et la main-d’œuvre potentielle.
Laâyoune-Sakia El Hamra affiche le niveau le plus élevé, à 26,2%, devant Guelmim-Oued Noun, à 24,9%, l’Oriental, à 20,1%, et Fès-Meknès, à 18,8%. Casablanca-Settat dépasse également la moyenne nationale avec un taux de 16,7%.
Les niveaux les plus bas sont observés à Dakhla-Oued Ed-Dahab, avec 7,1%, à Tanger-Tétouan-Al Hoceima, avec 9,4%, et à Béni Mellal-Khénifra, avec 11,6%.
Une amélioration qui ne résorbe pas les déséquilibres
Le deuxième trimestre 2026 a ainsi été marqué par une amélioration simultanée de plusieurs indicateurs : baisse du chômage, progression de la participation et création de près de 279.000 emplois rémunérés.
Les services ont assuré la majeure partie de cette hausse, devant l’industrie, le BTP et l’agriculture.
La nouvelle méthodologie du HCP montre néanmoins que les besoins non satisfaits en matière de travail restent sensiblement supérieurs au seul chômage strict. Avec un taux de sous-utilisation de 18,9%, plus d’un actif potentiel sur six demeure au chômage, travaille moins qu’il ne le souhaite ou se trouve à la périphérie du marché du travail. Les jeunes, les femmes, les diplômés et plusieurs régions restent particulièrement exposés, malgré l’amélioration constatée entre les deux premiers trimestres de 2026.