Économie

Le Maroc devient la première économie industrielle d'Afrique (BAD)

Le Maroc devient, pour la première fois, l’économie industrielle la mieux classée d’Afrique dans l’Indice 2025 de l’industrialisation publié par la Banque africaine de développement. Derrière cette consécration, le rapport met en lumière une transformation industrielle africaine encore inachevée, freinée par la fragmentation des marchés, la faiblesse du commerce intra-africain et le manque d’intégration des chaînes de valeur.

26 Mai 2026 À 09:27

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Le Maroc s’impose désormais comme la première économie industrielle d’Afrique. C’est le principal enseignement de l’Indice de l’industrialisation en Afrique 2025, dévoilé par la Banque africaine de développement dans le cadre de ses Assemblées annuelles 2026. Le communiqué de la BAD présente clairement le Royaume comme le nouveau leader continental de l’industrialisation, une première depuis la création de cet indice.

Dans le rapport, ce basculement est confirmé par les chiffres : le Maroc obtient en 2024 un score de 0,8415, devant l’Afrique du Sud, qui atteint 0,8396. L’écart est étroit, mais hautement symbolique. Il traduit, selon la BAD, la modernisation soutenue du système productif marocain, la diversification de ses exportations et la mise en œuvre effective de sa politique industrielle. Cette progression ne relève donc pas d’un simple effet de classement. Elle consacre une trajectoire construite sur plusieurs années autour d’écosystèmes industriels structurés, d’une meilleure insertion dans les chaînes de valeur mondiales et d’un positionnement renforcé sur des secteurs à plus forte valeur ajoutée.

Un modèle industriel marocain qui monte en puissance

Le rapport situe le Maroc dans le groupe très restreint des économies qui concentrent l’essentiel de la puissance manufacturière africaine, aux côtés de l’Afrique du Sud, de l’Égypte et de la Tunisie. Il confirme également la domination de l’Afrique du Nord, présentée comme la région la plus industrialisée du continent devant l’Afrique australe. Cette dynamique reflète plusieurs transformations profondes engagées par le Royaume au cours des dernières années. Sans détailler l’ensemble des filières marocaines, la BAD met en avant les facteurs ayant permis cette montée en puissance : modernisation industrielle, diversification des exportations, amélioration de la compétitivité et consolidation des infrastructures productives.

En toile de fond, le Maroc bénéficie également d’un contexte international favorable marqué par la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales. Le rapport insiste sur l’émergence du « nearshoring », du « friendshoring » et des nouvelles stratégies industrielles liées à la souveraineté économique. Dans ce nouveau paysage, les pays capables d’offrir stabilité, infrastructures logistiques, proximité des marchés et capacité industrielle deviennent particulièrement attractifs. Le Royaume apparaît précisément comme l’un des grands bénéficiaires potentiels de cette recomposition mondiale. Sa proximité avec l’Europe, ses plateformes logistiques, ses zones industrielles intégrées et sa capacité à attirer des investissements industriels renforcent progressivement son positionnement comme hub manufacturier euro-africain.

Le rapport rappelle d’ailleurs que la BAD a accompagné plusieurs pays africains — dont le Maroc — dans la conception de politiques industrielles, de réformes et de projets d’infrastructures destinés à soutenir le développement manufacturier.

Une industrialisation africaine encore incomplète

Mais derrière la performance marocaine, le rapport dresse un constat plus nuancé sur l’état global de l’industrialisation africaine. Certes, les progrès existent : entre 2010 et 2024, 41 pays africains ont amélioré leurs scores industriels et la performance continentale globale s’est renforcée. Pour autant, l’Afrique reste encore marginale dans l’industrie mondiale. Le continent représente moins de 2% de la production manufacturière mondiale et seulement 1,4% des exportations mondiales de produits manufacturés.

La BAD souligne surtout que la croissance industrielle africaine ne s’est pas encore traduite par une véritable transformation structurelle. La valeur ajoutée manufacturière par habitant demeure inférieure aux niveaux enregistrés avant 2014, signe que les progrès restent insuffisants face à la croissance démographique et aux besoins d’emplois industriels.

Le rapport identifie plusieurs freins structurels persistants :
  • insuffisance des infrastructures ;
  • accès limité au financement ;
  • faiblesse du capital humain ;
  • coûts logistiques élevés ;
  • faible sophistication technologique ;
  • importance de l’économie informelle ;
  • fragmentation des marchés africains.
Les performances manufacturières restent d’ailleurs le principal point faible du continent parmi les trois dimensions de l’indice, notamment en matière de compétitivité, de capacité de production et de diversification des exportations.

La ZLECAf au cœur de la nouvelle stratégie industrielle africaine

L’un des messages les plus forts du rapport est que l’Afrique ne pourra pas réussir son industrialisation à travers des stratégies nationales isolées. Pour la BAD, la prochaine phase de transformation doit impérativement être régionale. Le document insiste longuement sur la nécessité de dépasser une intégration économique « superficielle », limitée aux accords commerciaux et aux réductions tarifaires, pour construire une intégration industrielle « en profondeur ».

Aujourd’hui, le commerce intra-africain ne représente que 14,4% des échanges du continent, très loin des niveaux observés en Europe ou en Asie. Cette faiblesse traduit le manque de chaînes de valeur régionales, la fragmentation des systèmes productifs et l’insuffisance des échanges de biens intermédiaires entre pays africains.

Dans cette perspective, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) apparaît comme le principal levier de transformation industrielle du continent. Le rapport estime qu’elle pourrait permettre une hausse significative des échanges intra-africains, notamment dans l’industrie manufacturière, l’agroalimentaire et les services.

Mais pour atteindre cet objectif, la BAD appelle à accélérer :
  • le développement des corridors industriels ;
  • les infrastructures transfrontalières ;
  • l’harmonisation des normes ;
  • les systèmes logistiques régionaux ;
  • l’intégration des PME africaines dans les chaînes de valeur régionales.
Le rapport accorde également une place importante aux zones économiques spéciales (ZES), considérées comme des instruments essentiels de l’industrialisation africaine. Toutefois, leur impact reste limité lorsqu’elles fonctionnent comme des enclaves déconnectées des économies locales. Pour la BAD, elles doivent désormais devenir des plateformes industrielles intégrées capables de soutenir l’innovation, la montée en gamme et l’ancrage local des activités productives.

À travers cette édition 2025, la Banque africaine de développement défend finalement une vision beaucoup plus intégrée du développement industriel africain. L’objectif n’est plus seulement de développer des industries nationales, mais de construire de véritables écosystèmes régionaux capables de renforcer la compétitivité du continent dans les chaînes de valeur mondiales. Dans cette nouvelle configuration, le Maroc apparaît désormais comme l’un des pays les mieux positionnés pour jouer un rôle moteur dans la prochaine phase de transformation industrielle de l’Afrique.

A noter que les Assemblées annuelles 2026 de la BAD, qui comprennent la 61ème Assemblée annuelle du Conseil des gouverneurs de la Banque et la 52ème Assemblée annuelle du Conseil des gouverneurs du Fonds africain de développement, se tiennent jusqu'au 29 mai sous le thème "mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l'Afrique dans un monde fragmenté".
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