Moncef Ben Hayoun
01 Février 2026
À 11:40
Le Maroc aborde l’année 2026 avec un cadre macroéconomique favorable et plus solide par rapport à de nombreux pairs émergents et régionaux. Le Royaume bénéficie d’un environnement marqué par
le reflux de l’inflation,
la solidité de la crédibilité des politiques publiques et
un cycle d’investissement soutenu par de grands projets d’infrastructure alignés sur des priorités nationales de long terme. C’est ce qui ressort du Rapport «African Market Outlook 2026», publié par Helios Investment Partners, acteur majeur du capital-investissement en Afrique. Pour Helios, la question centrale n’est plus celle de la stabilisation macroéconomique, désormais acquise, mais celle de l’exécution : comment convertir les investissements publics et privés en
gains de productivité durables tout en maintenant la trajectoire budgétaire sous contrôle ?
Une croissance de 4,2% attendue
Helios prévoit une croissance réelle du
PIB marocain de
4,2% en 2026. Le gouvernement affiche, de son côté, un objectif de 4,5%, cohérent avec son agenda de relance budgétaire et de réformes. L’activité non agricole – industrie, construction, logistique et services – devrait constituer l’ancrage principal de la croissance, tandis que
l’agriculture reste la principale source de volatilité. La croissance bénéficie d’un cycle d’investissement incluant des infrastructures à grande échelle liées à
la Coupe du Monde de la FIFA 2030, ainsi que de secteurs générateurs de devises comme le tourisme et les transferts de fonds.
L’inflation sous contrôle
L’un des atouts majeurs du Maroc réside dans sa dynamique inflationniste. Après les chocs d’offre des dernières années,
l’inflation a fortement chuté et devrait rester contenue en 2026.
Bank Al-Maghrib anticipe une inflation à un chiffre bas, offrant au Royaume «une marge de manœuvre supérieure à celle de nombreux pairs pour maintenir des paramètres de politique favorables à la croissance tout en préservant la crédibilité monétaire». Cette situation permet également la poursuite
des réformes opérationnelles de la banque centrale, dans la perspective d’une transition graduelle vers un cadre plus formalisé de ciblage de l’inflation.
Déficit budgétaire ciblé à 3%
La consolidation budgétaire demeure un pilier des perspectives 2026. Le
Projet de Budget vise
un déficit proche de 3% du PIB, en baisse par rapport aux niveaux post-choc. Cette orientation «souligne la continuité politique et soutient la crédibilité du Maroc auprès des investisseurs et des agences de notation», note Helios. Les principaux défis résideront dans
la collecte des recettes,
le contrôle des subventions et
dépenses sociales, et
la capacité à augmenter les investissements sans compromettre les objectifs de déficit. Pour les dépenses sociales, le Rapport souligne les investissements massifs dans la santé et l’éducation. Le budget 2026 du Maroc alloue, en effet,
140 milliards de dirhams (environ 15 milliards de dollars) à ces deux secteurs, soit
une hausse de 16 % en glissement annuel. Ces ressources visent notamment à renforcer les infrastructures sanitaires et à soutenir les initiatives locales de production pharmaceutique et de vaccins, s’inscrivant dans une stratégie de réduction de la dépendance aux importations et de protection contre les chocs de change. Helios souligne que cette orientation budgétaire reflète aussi une priorité gouvernementale croissante pour l’éducation, dans un contexte où l’Afrique se dirige vers la plus grande population en âge de travailler au monde.
Sur le volet
des échanges extérieurs, la position du Maroc reste jugée globalement favorable. Les recettes des services, en particulier celles issues du tourisme, ainsi que les transferts des Marocains résidant à l’étranger, continuent de compenser en partie
un déficit commercial structurel, parfois accentué par les importations de biens d’équipement liées à l’investissement. Le Rapport souligne que cette dynamique a contribué au maintien de réserves de change à des niveaux confortables, couvrant plus de
cinq mois d’importations selon les évaluations récentes. Les analyses du FMI (Fonds monétaire international) mettent, également, en avant le rôle stabilisateur de ces flux, combiné à l’engagement des autorités en faveur d’une consolidation budgétaire progressive et d’une réduction de la dette.
Le tourisme, principal moteur à court terme
Le tourisme apparaît comme l’un des principaux soutiens de la conjoncture à l’horizon 2026. Le Maroc a enregistré un
record de 19,8 millions de touristes en 2025, accompagné d’une forte progression des recettes touristiques. Cette performance constitue une source majeure de devises et soutient l’emploi ainsi que la demande intérieure dans de nombreux segments des services. Dans ce contexte, le Rapport estime que le risque de tensions significatives sur la balance des paiements en 2026 demeure limité. Les principales sensibilités restent liées à l’évolution des termes de l’échange, notamment pour les phosphates et l’énergie, ainsi qu’à la conjoncture économique européenne.
Une stabilité plus qu’une accélération
Selon Helios, les perspectives macroéconomiques du Maroc pour 2026 se caractérisent par
«la stabilité plutôt que l’accélération». Le potentiel de hausse réside dans la dynamique touristique soutenue, l’exécution réussie du cycle d’investissement dans les infrastructures et les plateformes industrielles, ainsi que le maintien de la crédibilité de politique économique permettant de contenir
les primes de risque souverain. Les risques à la baisse proviennent principalement de la volatilité climatique affectant l’agriculture, d’une croissance plus faible dans la zone euro se transmettant via les canaux commerciaux et touristiques, des fluctuations des prix des matières premières, et des risques d’exécution susceptibles d’atténuer les gains de productivité attendus des investissements engagés.