Hiba Chaker
17 Mai 2026
À 16:24
«Il y a
un engagement de Sa Majesté le Roi et de Son initiative pour désenclaver les pays du Sahel. C'est une stratégie complémentaire.» En posant d'emblée cette ancre stratégique,
Nisrine Iouzzi, directrice de la construction du Port Atlantique de Dakhla, a inscrit son intervention dans une trajectoire qui déborde largement le périmètre du chantier saharien. Représentante du ministère de l'Équipement et de l'eau, la directrice de la construction du port de Dakhla Atlantique a livré, devant un parterre d'économistes, de décideurs et de bailleurs internationaux réunis par le Policy Center for the New South, une vision où infrastructures et géopolitique jouent la même partition.
Le Maroc dispose aujourd'hui de
40 ports, dont 14 ouverts au commerce international, soutenus par un effort d'investissement de
8,5 milliards de dollars en infrastructures. Tanger Med figure dans le Top 20 mondial des ports à conteneurs «en termes de concurrence et de performance», a rappelé Mme Iouzzi, tandis que Nador West Med, qu'elle décrit comme «l'un des ports de nouvelle génération dont le Maroc est doté», complète l'arc méditerranéen. Une cartographie pensée pour «propulser l'économie marocaine» et lui permettre, selon ses mots, «d'accompagner les normes internationales».
Une infrastructure au service du désenclavement du Sahel
Dans ce maillage en consolidation, Dakhla Atlantique tient une place singulière. Port en eau profonde conçu selon les standards internationaux les plus exigeants, il représente un investissement de l'ordre de 1,2 milliard de dollars, adossé à des cadres de partenariats public-privé et à des zones économiques et logistiques structurées autour des énergies renouvelables. Mais sa raison d'être dépasse la seule sphère économique. «Le port de Dakhla n'est pas juste connecté à Laâyoune ou à Guelmim», a insisté la directrice. «Ça va vraiment au point où l'Initiative Royale pour les pays du Sahel est centrée sur la complémentarité.»
Cette ambition rejoint une autre conviction de la responsable : «Les pays qui ont une côte sont des pays privilégiés, car ils sont directement connectés aux clients, ils sont connectés aux acheteurs contractuels.» En offrant un accès atlantique aux États sahéliens, le Royaume convertit son atout géographique en levier de coopération continentale. Une lecture qui s'inscrit dans la Stratégie maritime intégrée de l'Union africaine à l'horizon 2050, et que Mme Iouzzi rapporte à un principe simple : «Les États côtiers, suivant les engagements internationaux, doivent être concurrentiels et être connectés aux marchés internationaux.»
Connectivité multimodale et ports intelligents
L'ouvrage portuaire ne saurait toutefois être envisagé isolément. «Avoir une infrastructure, oui, mais si on n'est pas aligné avec les stratégies sectorielles sur terre, alors il y aura un souci», a prévenu la directrice. Le maillage en construction articule ains
i la voie express Tiznit-Dakhla, déjà achevée, à un second axe routier en cours de lancement, et au
gazoduc Nigeria-Maroc, qualifié de «projet stratégique et géopolitique». L'objectif : tisser un hinterland continental cohérent, où chaque kilomètre de route et chaque maillon logistique alimente la chaîne d'approvisionnement.
La digitalisation complète cette équation. «Aujourd'hui, ce n'est plus un choix, vraiment, c'est une nécessité d'être digitalement connecté», a martelé Mme Iouzzi, plaidant pour l'essor des «ports intelligents» comme condition d'efficacité et de compétitivité. Une exigence qui place le Royaume au diapason des standards internationaux les plus avancés en matière de gouvernance portuaire.
Une équation de confiance pour les investisseurs
Reste un dernier maillon, immatériel celui-ci, mais déterminant : la confiance. «Les investisseurs doivent nous faire confiance et avoir confiance en notre capacité à façonner les procédures et à créer cet écosystème qui permettra de recevoir les autres et d'aller vers les autres également», a souligné la directrice. Le message, adressé aux bailleurs et aux opérateurs privés réunis lors du symposium, dessine un modèle où l'État pose les fondations, à savoir CAPEX, gouvernance et vision et où le capital privé prend le relais pour densifier l'écosystème industriel, créer de l'emploi et mobiliser, dans les mots de la responsable, «le capital humain africain» comme levier de croissance.
Pour Mme Iouzzi, l'horizon est défini, mais le temps de l'action s'impose. «Il est temps, et c'est maintenant qu'il faut prendre des actions adéquates, investir plus, construire aussi, forger plus de partenariats, et attirer des investissements sur la base d'une vision et d'une stratégie solide.» Le défi, reconnaît-elle, n'est jamais générique : «Chaque fois que l'on construit un port, on fait face à des défis particuliers.» À Dakhla, la singularité tient à cette ambition affichée de transformer les provinces du Sud en «référence en termes portuaire» et de faire de la façade atlantique marocaine l'un des points d'entrée stratégiques du continent. C'est dans ce sillage que le port d'eau profonde du Sud trace sa voie : non comme un point d'arrivée, mais comme le maillon central d'une chaîne qui relie l'Atlantique au Sahel, et le Sahel au monde.