Économie

Les géants allemands accélèrent leurs investissements au Maroc

De Tanger à Agadir, en passant par Nouaceur et Khouribga, plusieurs groupes allemands de premier plan annoncent une nouvelle vague d’investissements structurants au Maroc. Objectif : renforcer leurs capacités industrielles, développer des hubs technologiques et consolider l’intégration du Royaume dans les chaînes de valeur euro-méditerranéennes.

Le logisticien allemand Dachser prévoit la construction d’un site logistique sur un foncier de 75.000 m² à Tanger, dont la mise en service est attendue avant fin 2027.

17 Avril 2026 À 09:54

Une nouvelle séquence d’investissements allemands se dessine au Maroc. Réunis à Casablanca à l’initiative de l’ambassade d’Allemagne et de la Chambre allemande de commerce et d’industrie, plusieurs groupes – Dachser, Bayer, Leoni et Énergie Noire – ont détaillé des projets d’expansion d’envergure couvrant des secteurs stratégiques notamment la logistique, l’industrie pharmaceutique, l’automobile et les technologies numériques. Ces projets traduisent une montée en gamme des investissements étrangers, avec une focalisation sur des infrastructures industrielles intégrées, des capacités d’export renforcées et la structuration de nouveaux écosystèmes technologiques. Concrètement, le logisticien allemand Dachser franchit un nouveau cap avec un projet stratégique dans la Tanger Automotive City. Le Groupe prévoit la construction d’un site logistique sur un foncier de 75.000 m², dont la mise en service est attendue avant fin 2027. Dans une première phase, l’infrastructure comprendra un entrepôt de 20.000 m² intégrant des espaces sous douane, avec un positionnement clair : offrir aux entreprises basées au Maroc une connectivité logistique avec l’Europe équivalente à celle du marché unique. Le projet intègre également une dimension environnementale, avec des bâtiments certifiés selon des standards internationaux, des panneaux solaires et des systèmes de recyclage des eaux usées. Ce nouvel investissement vient compléter le site de Marrakech ouvert en 2025 (1.000 m²), orienté vers l’accompagnement des PME marocaines à l’export.

Bayer : 200 millions de DH pour industrialiser davantage à Nouaceur

Dans le secteur pharmaceutique, Bayer engage une montée en puissance significative de son site de Nouaceur, avec un investissement de l’ordre de 200 millions de dirhams sur la période 2026-2028. L’opération porte sur l’installation de trois nouvelles lignes de production, permettant de porter à 40 le nombre de formules produites localement. L’ambition est de positionner le site marocain comme un pilier de l’approvisionnement en produits de santé familiale pour la région EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique), mais aussi pour le marché européen. L’usine devrait ainsi assurer la fabrication complète de produits majeurs du Groupe, notamment des références comme Aspirine ou Rennie, ainsi que des compléments alimentaires. Sur le plan de l’emploi, les effectifs passeront de 110 à 170 collaborateurs d’ici 2028, avec un effet d’entraînement estimé à +50% en emplois indirects. En parallèle, Bayer affiche une ambition forte à l’export, avec un objectif de triplement de son chiffre d’affaires à l’international, aujourd’hui alimenté par des ventes vers 45 pays.

Leoni : offensive industrielle et 3.000 emplois à la clé

Déjà fortement implanté dans l’écosystème automobile marocain, Leoni accélère avec une série de projets industriels structurants. Le Groupe avance sur plusieurs fronts : un nouveau site de production en cours de construction à Bouskoura, la finalisation d’une usine à Agadir, représentant un investissement de 230 millions de dirhams, l’expansion du pôle industriel de Berrechid, avec un objectif de 10.000 collaborateurs d’ici fin 2026, l’accompagnement d’une nouvelle usine de câbles à Kénitra et des explorations de nouveaux projets dans la région de l’Oriental. À l’horizon 2027, Leoni prévoit la réalisation de six projets majeurs et vise un effectif global de 23.000 collaborateurs au Maroc, contre environ 19.500 actuellement. L’usine d’Agadir, à elle seule, devrait générer plus de 3.000 emplois directs, confirmant le rôle du Maroc comme hub clé du câblage automobile à destination des marchés européens.

Énergie Noire : pari sur l’IA et les talents marocains

Sur le segment technologique, Énergie Noire mise sur le développement d’un écosystème digital dédié aux PME marocaines. Le Groupe lance deux centres technologiques à Casablanca et Khouribga, avec un objectif initial d’une cinquantaine de collaborateurs d’ici fin 2026, avant une montée en charge rapide vers 300 à 400 employés sur les deux à trois prochaines années. Ces structures se concentreront sur des compétences à forte valeur ajoutée : développement logiciel, Cloud Computing, DevOps, assurance qualité et intelligence artificielle (IA). Une deuxième phase prévoit la création, à partir de fin 2026, d’une académie IT à Fès, destinée à former des profils spécialisés et à structurer le marché des intégrateurs de solutions numériques pour les PME. Pris dans leur ensemble, ces projets illustrent une transformation qualitative des investissements allemands au Maroc. Au-delà des volumes financiers, l’enjeu porte sur la montée en complexité industrielle, l’intégration dans les chaînes de valeur européennes, le développement de hubs exportateurs et l’émergence de nouveaux pôles technologiques. Avec plus de 35.000 emplois déjà générés et un flux d’IDE (Investissements directs étrangers) atteignant 2,1 milliards d’euros en 2024, l’Allemagne consolide sa position parmi les principaux investisseurs au Maroc. Dans ce contexte, les nouveaux projets annoncés s’inscrivent clairement dans une logique de Nearshoring industriel et technologique, où le Royaume se positionne comme une plateforme régionale à la fois compétitive, connectée et en montée en compétences.
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