Économie

Loukkos : le Conseil agricole accompagne 7.100 bénéficiaires dans la transition vers l’irrigation raisonnée

Une assistance technique va déployer prochainement, au profit de 7.100 bénéficiaires du périmètre irrigué du Loukkos, un dispositif de conseil agricole et un système d’avertissement combinant irrigation et alertes phytosanitaires. Confiée à l’Office national du Conseil agricole, cette mission s’inscrit dans la composante 3 du projet «Résilience et Durabilité de l’irrigation», financé par la Banque mondiale.

03 Juillet 2026 À 09:45

Après l’Oriental, le périmètre du Loukkos, pôle agricole stratégique du nord-ouest marocain, s’apprête à bénéficier d’un accompagnement technique de grande ampleur. Dans le cadre du projet de «Résilience et Durabilité de l’irrigation» (REDI), l’Office régional de mise en valeur agricole du Loukkos (ORMVAL) et l’Office national du conseil agricole (ONCA) préparent le déploiement d’une assistance technique dédiée au conseil agricole, à l’encadrement des organisations professionnelles et à la mise en place d’un service d’avertissement agricole. Le projet «REDI», financé par un prêt de la Banque mondiale, s’inscrit dans la continuité de la stratégie «Génération Green 2020-2030» ainsi que dans le nouveau modèle de développement et le Programme prioritaire 2020-27 du secteur de l’eau. Il vise trois objectifs de développement : renforcer la gouvernance de l’irrigation, améliorer la qualité des services d’irrigation et augmenter l’accès des agriculteurs au conseil agricole et aux technologies modernes d’irrigation à la parcelle.

Une architecture en cinq composantes, le Loukkos au cœur de la composante 3

Le projet «REDI» se structure autour de trois composantes techniques – gouvernance de l’irrigation, modernisation des réseaux d’irrigation et de drainage, et accès au conseil agricole – complétées par une composante de gestion de projet et un mécanisme de réponse d’urgence contingente. La composante 3, entièrement confiée à l’ONCA via une unité de gestion basée à son siège, couvre cinq périmètres irrigués : le Gharb, le Tadla, le Souss-Massa, le Loukkos et Moulouya. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’assistance technique dédiée au Loukkos, une zone qui conjugue deux réalités hydro-agricoles complémentaires : les périmètres historiques alimentés par le barrage Oued El Makhazine, où l’agriculture intensive est techniquement maîtrisée mais soumise à une pression croissante sur l’eau et les sols, et les périmètres plus récents rattachés au barrage Dar Khrofa, en phase de consolidation et d’extension progressive de l’irrigation. Au total, la zone d’intervention couvre près de 24.900 hectares, dont plus de 20.500 hectares déjà équipés en irrigation localisée, pour près de 9.700 exploitants répartis entre les secteurs de R’mel, de la Plaine de Ksar, de la Plaine Rive Droite, de Dar Khrofa et d’Asjen. «L’objectif de développement du projet «REDI» consiste notamment à augmenter l’accès aux services de conseil agricole et aux technologies modernes d’irrigation à la parcelle dans les zones d’intervention.»

Un tissu agricole diversifié, mais des structures foncières contrastées

Le Loukkos se distingue par une diversification élevée des systèmes de production et une forte intégration aux filières agro-industrielles et d’exportation. Le maraîchage intensif multi-saisons y occupe une place importante dans la valeur ajoutée agricole, aux côtés des cultures industrielles – betterave et canne à sucre –, des grandes cultures céréalières et de productions spécialisées comme les fruits rouges, l’avocatier, les agrumes et l’olivier.

Cette diversité productive coexiste toutefois avec une structure foncière très inégale. Les petites exploitations de moins de 5 hectares représentent 83,3% des unités mais n’occupent que 27% de la surface agricole utile, tandis que les exploitations de plus de 20 hectares, à peine 3% des unités, en exploitent 43%. Une configuration qui pèse directement sur la conception des actions de conseil agricole, appelées à s’adresser à des profils d’exploitants très hétérogènes. Les Associations des usagers de l’eau agricole (AUEA), certaines regroupant plus d’un millier d’agriculteurs, constituent le pilier de la gestion de proximité des réseaux d’irrigation. Si celles des périmètres historiques disposent d’une expérience éprouvée en gestion collective de l’eau, celles de Dar Khrofa, plus récentes, nécessitent un accompagnement renforcé en gouvernance et en gestion financière des infrastructures.

Quatre axes d’intervention, un objectif : professionnaliser le conseil agricole

L’assistance technique repose sur quatre axes complémentaires. Le premier vise l’accompagnement des agriculteurs, y compris les femmes et les jeunes, à travers des journées de sensibilisation, des sessions de formation, des écoles aux champs, des visites d’encadrement et des voyages d’échange. Le deuxième porte sur l’encadrement des organisations professionnelles agricoles – AUEA et coopératives – pour renforcer leurs compétences organisationnelles, juridiques et commerciales.

Le troisième axe, plus structurant, concerne la mise en place d’un service d’avertissement agricole couvrant à la fois l’irrigation et la protection phytosanitaire. Il s’appuiera sur une base de données géolocalisée des exploitations et sur un système capable de fournir aux agriculteurs des recommandations quotidiennes et hebdomadaires d’irrigation, ainsi que des alertes sur les risques d’apparition de maladies et de ravageurs, calculées à partir de paramètres climatiques. Le quatrième axe organise le suivi-évaluation de l’impact des actions sur le terrain, avec une priorité affichée pour les exploitants déjà engagés dans la reconversion à l’irrigation localisée.

Une montée en charge progressive sur dix-huit mois

Le volume d’activités prévu donne la mesure de l’ambition du dispositif : 203 journées de sensibilisation pour environ 7.100 bénéficiaires, 89 sessions de formation, 48 écoles aux champs incluant des parcelles de démonstration, ainsi que 19 voyages d’échange et 71 visites d’encadrement collectives. Le service d’avertissement agricole, quant à lui, ciblera 3.186 bénéficiaires, dont 1.800 recevront des alertes individualisées et les autres un dispositif de conseil de masse. L’assistance technique, prévue pour une durée de 18 mois, se déploiera en trois phases : une phase de fondations consacrée à l’état des lieux et au diagnostic participatif, une phase de déploiement et d’opérationnalisation couvrant l’essentiel de la mise en œuvre, puis une phase de pérennisation et de clôture incluant l’élaboration d’un modèle organisationnel et financier destiné à assurer la survie du système d’avertissement agricole au-delà du projet. «Le système d’avertissement à l’irrigation devra être conçu, dans la mesure du possible, sur la base de technologies ouvertes afin de garantir sa transférabilité, son évolutivité et son appropriation par l’entité appelée à en assurer la continuité après la fin du contrat.» Cette exigence de durabilité traverse l’ensemble du dispositif : le prestataire devra proposer des scénarios chiffrés de pérennisation, couvrant les dimensions technique, organisationnelle et institutionnelle, afin que le service d’avertissement agricole continue de fonctionner sans dépendance structurelle vis-à-vis de l’opérateur initial.
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