Banque mondiale-Maroc : une feuille de route de dix ans pour créer plus d'emplois et accélérer la croissance
Le Groupe de la Banque mondiale et le Maroc ouvrent un nouveau chapitre de leur coopération. À travers un Cadre de partenariat couvrant la période 2026-2035, les deux parties misent sur une transformation du modèle économique du Royaume. Objectif : faire du secteur privé le principal moteur de la croissance, créer davantage d'emplois de qualité et réduire les disparités territoriales, tout en consolidant les réformes sociales et climatiques.
S.Ba.
14 Juillet 2026
À 13:49
Plus qu'un nouveau programme de financement, c'est une vision de long terme que le Groupe de la Banque mondiale propose au Maroc. Le nouveau Country Partnership Framework (CPF) 2026-2035, adopté conjointement avec le gouvernement, fixe les grandes priorités de la coopération pour les dix prochaines années. Son ambition est claire : accompagner le Royaume dans le passage d'un modèle de croissance essentiellement porté par l'investissement public vers une économie davantage tirée par l'investissement privé, l'innovation et la création d'emplois.
Cette stratégie s'inscrit directement dans les objectifs du Nouveau modèle de développement (NMD), dont elle reprend les principales orientations : renforcer la compétitivité, améliorer le capital humain, réduire les inégalités territoriales et accroître la résilience face aux changements climatiques. Elle marque aussi un changement d'approche. La Banque mondiale ne veut plus seulement financer des projets, mais accompagner une transformation structurelle de l'économie marocaine sur une décennie.
« Ce nouveau cadre de partenariat marque une étape décisive pour le Maroc. Ce qui le distingue, c’est sa nature structurante : il aligne ainsi financements publics et privés, connaissances et réformes autour d’une vision commune pour l’avenir du Royaume. La création d’emplois — pour nos jeunes, pour nos femmes, dans nos villes et dans nos territoires ruraux — est au cœur de cette ambition partagée. Avec un partenaire qui nous aide à bâtir les fondations de demain, le Maroc va de l’avant », déclare Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances du Maroc.
Pour Ousmane Dione, Vice-Président de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan, le Maroc a accompli des avancées remarquables et l’ambition de son Nouveau modèle de développement est une source d’inspiration. « En portant notre partenariat à un horizon de dix ans, nous faisons un choix délibéré, celui de dépasser les cycles de projet pour investir dans une transformation structurelle durable. Ce nouveau cadre est le reflet de notre engagement sans faille aux côtés du Maroc, à l’heure où le pays façonne sa prochaine trajectoire de progrès », souligne le responsable.
Un constat : le Maroc a progressé, mais l'emploi reste le maillon faible
Le document commence par un diagnostic sans détour. Au cours des deux dernières décennies, le Maroc a considérablement modernisé ses infrastructures, renforcé sa stabilité macroéconomique et engagé plusieurs réformes majeures dans les domaines de la protection sociale, de la santé et de l'éducation. Mais ces avancées n'ont pas permis de résoudre le principal défi économique du pays : la création d'emplois.
Selon la Banque mondiale, le chômage des jeunes atteignait 37 % en 2024, tandis que le taux d'activité des femmes demeure l'un des plus faibles au monde, autour de 19 %. Le secteur privé reste insuffisamment dynamique pour créer des emplois à grande échelle et plusieurs obstacles continuent de freiner la productivité des entreprises, la concurrence et l'investissement.
Le rapport souligne également que les disparités territoriales persistent, que le déficit en capital humain limite encore la productivité et que les sécheresses successives accentuent la vulnérabilité de l'économie marocaine.
Trois piliers pour transformer l'économie
Pour répondre à ces défis, le nouveau partenariat s'articule autour de trois grands axes.
Le premier vise à renforcer la compétitivité des entreprises. Il s'agit d'améliorer l'environnement des affaires, de stimuler la concurrence, de faciliter l'accès au financement des PME, d'encourager l'innovation et de mobiliser davantage de capitaux privés.
Le deuxième concerne le développement de territoires plus inclusifs, connectés et résilients. L'objectif est de réduire les écarts entre les régions, d'améliorer les infrastructures de transport, de faciliter l'accès aux services publics et de renforcer la résilience face aux risques climatiques.
Enfin, le troisième pilier porte sur le capital humain. La Banque mondiale poursuivra son appui aux réformes de l'éducation, de la santé et de la protection sociale afin d'améliorer les compétences de la population et de favoriser l'insertion professionnelle, notamment des jeunes et des femmes.
Faire du secteur privé le moteur de la croissance
Le changement le plus important concerne sans doute le rôle confié au secteur privé. La Banque mondiale considère que la prochaine étape du développement du Maroc passera par une économie où les entreprises privées investiront davantage, innoveront plus rapidement et créeront plus d'emplois.
Le CPF prévoit ainsi de mobiliser l'ensemble des instruments du Groupe Banque mondiale. La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) continuera d'apporter des financements publics, tandis que la Société financière internationale (IFC) et l'Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) auront pour mission d'attirer davantage de capitaux privés grâce à leurs investissements et à leurs garanties.
L'un des objectifs affichés est de mobiliser 8 milliards de dollars de capitaux privés d'ici 2035, notamment dans les infrastructures, l'agriculture, l'économie bleue, les PME ou encore la transition verte.
Les femmes et les jeunes au cœur de la stratégie
La création d'emplois n'est pas envisagée uniquement sous l'angle économique. Le document insiste sur la nécessité d'élargir l'accès au marché du travail pour les femmes et les jeunes. Pour y parvenir, le partenariat prévoit des actions sur plusieurs fronts : amélioration des transports, accès aux services de garde d'enfants, inclusion financière, soutien aux entreprises dirigées par des femmes, développement des compétences et renforcement de la protection sociale.
La Banque mondiale considère en effet que la faible participation des femmes constitue aujourd'hui l'un des principaux freins au potentiel de croissance du Royaume.
Une coopération qui s'inscrit dans la durée
Contrairement aux précédents cadres de partenariat, généralement établis sur cinq ou six ans, celui-ci couvre une période de dix ans (2026-2035). Ce choix traduit une volonté d'accompagner les grandes réformes structurelles sur le long terme plutôt que de se limiter à des projets sectoriels.
La Banque mondiale entend également mesurer les résultats de manière plus précise, à travers des indicateurs portant sur les emplois créés, les investissements privés mobilisés, l'accès aux services publics, la qualité de l'éducation ou encore la résilience climatique.
Un portefeuille déjà conséquent
Le nouveau partenariat s'appuie sur une coopération déjà très dense entre le Maroc et le Groupe Banque mondiale. En mars 2026, le portefeuille actif comptait 26 projets nationaux, représentant près de 7,78 milliards de dollars d'engagements. Ces financements couvrent notamment l'éducation, la santé, la gestion de l'eau, les infrastructures, l'économie bleue, l'agriculture, la réforme des entreprises publiques, la protection sociale ou encore la mobilité urbaine.
Une décennie décisive
Au-delà des montants mobilisés, ce nouveau cadre traduit un changement de philosophie. Après avoir largement accompagné le développement des infrastructures et des services publics au cours des dernières décennies, la Banque mondiale souhaite désormais aider le Maroc à franchir une nouvelle étape : faire de l'investissement privé, de l'innovation et du capital humain les principaux moteurs de la croissance.
Le pari est ambitieux. Il repose sur l'idée qu'une économie plus compétitive, davantage ouverte aux investissements privés et capable de créer des emplois de qualité permettra au Royaume d'accélérer sa convergence vers le statut d'économie à revenu intermédiaire supérieur, tout en réduisant les inégalités sociales et territoriales.