Économie

Maroc-Sénégal : vers un nouveau paradigme de coopération Sud-Sud

Réunis à Casablanca lors d’un Forum économique de haut niveau organisé par la CGEM, le Maroc et le Sénégal ont affiché leur ambition commune de faire évoluer leur partenariat économique vers un modèle plus intégré, créateur de valeur et tourné vers le long terme. En présence des Chefs de gouvernement des deux pays, les échanges ont mis en lumière la volonté de dépasser la logique traditionnelle des flux commerciaux pour privilégier la coproduction, la transformation locale et l’intégration industrielle, dans une perspective de co-développement et de souveraineté économique africaine. Soutenue par une coopération Sud-Sud ancrée dans une longue histoire de relations fraternelles et par les opportunités offertes par la ZLECAf, cette nouvelle dynamique vise à révéler un potentiel encore largement sous-exploité et à positionner le partenariat Maroc-Sénégal comme un modèle de référence à l’échelle du continent.

27 Janvier 2026 À 18:03

C’est une rencontre d’affaires qui redessine les nouvelles perspectives de la coopération économique Maroc-Sénégal. La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a organisé, le 27 janvier à Casablanca, le forum économique Maroc-Sénégal de haut niveau, en marge des travaux de la Haute Commission mixte de partenariat maroco-sénégalaise. L’évènement a fédéré les opérateurs économiques et les acteurs institutionnels des deux pays, en présence du Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, et du Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko. Objectif : donner une nouvelle impulsion au partenariat économique bilatéral, en identifiant des opportunités concrètes d’investissement et de co-développement, et en renforçant le rôle du secteur privé dans la coopération Sud-Sud entre le Royaume et le Sénégal.

Dans son intervention d’ouverture, le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a souligné la profondeur et la singularité des relations entre les deux pays, fondées sur une «longue histoire de fraternité», de «respect mutuel» et de «solidarité». Il a rappelé que la quatrième session de la Commission mixte sénégalo-marocaine, tenue la veille à Rabat, s’était conclue par la signature de 17 accords couvrant des domaines stratégiques, une première depuis sa prise de fonction.

Si la dynamique est jugée positive, Ousmane Sonko a toutefois appelé à une lecture lucide de la relation économique bilatérale. En 2024, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint près de 296 millions de dollars, avant de progresser à environ 307 millions de dollars sur les 11 premiers mois de 2025. Des chiffres encourageants, mais encore en deçà du potentiel réel des deux économies, a-t-il estimé.

Pour le Chef du gouvernement sénégalais, l’enjeu n’est plus seulement de commercer, mais de changer de paradigme. Il s’agit, selon lui, de passer d’une logique d’achat-vente à un partenariat fondé sur la coproduction, la transformation locale, l’intégration industrielle et la création de chaînes de valeur régionales. «Nous ne voulons pas seulement acheter et vendre. Nous voulons produire ensemble, transformer ensemble et exporter ensemble», affirme Sonko, qui appelle au passage à un meilleur usage des instruments de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).



Prenant la parole à son tour, le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a, lui, insisté sur la solidité du partenariat stratégique entre Rabat et Dakar, soutenu par la Vision Royale et une coopération Sud-Sud pragmatique. Akhannouch rappelle que le Sénégal constitue aujourd’hui un partenaire majeur du Maroc sur le continent, avec une présence marocaine significative dans des secteurs clés tels que la banque, l’assurance, l’énergie, les télécommunications, la santé, l’immobilier et les matériaux de construction.

Le Chef de l’Exécutif a, par la même occasion, mis en avant la montée en puissance de la présence économique marocaine en Afrique, fruit d’une stratégie de long terme fondée sur des partenariats durables et mutuellement bénéfiques. Le Maroc figure aujourd’hui parmi les premiers investisseurs africains en Afrique de l’Ouest.

Dans ce contexte, le Chef du gouvernement a souligné le rôle du Royaume comme passerelle naturelle entre l’Afrique et le reste du monde, grâce à des investissements massifs dans les infrastructures portuaires, routières, logistiques et aéroportuaires. Le développement de la façade atlantique, notamment avec la Route express Tiznit-Dakhla et le futur port atlantique de Dakhla, s’inscrit dans cette ambition, tout comme l’Initiative Royale en faveur des pays africains atlantiques.

Pour le président de la CGEM, Chakib Alj, la relation entre le Maroc et le Sénégal constitue un modèle de coopération «gagnant-gagnant». Il a rappelé la proximité exceptionnelle entre les deux pays, illustrée par les nombreuses visites royales à Dakar, ainsi que par la densité des échanges humains, culturels et religieux.

Sur le plan économique, les chiffres témoignent de cette dynamique. En 2024, les exportations marocaines vers le Sénégal ont dépassé 4 milliards de dirhams, tandis que les importations marocaines ont plus que doublé pour atteindre près de 600 millions de dirhams. Les entreprises marocaines sont, aujourd’hui, solidement implantées au Sénégal, avec des groupes de premier plan dans la banque, le ciment, la pharmacie, l’agro-industrie, les fertilisants, l’immobilier et l’assurance.

Chakib Alj a également mis en exergue l’importance de la coopération énergétique, notamment à travers le gazoduc africain atlantique Nigeria-Maroc, un projet structurant qui traversera plusieurs pays, dont le Sénégal, désormais producteur de pétrole et de gaz, et qui ouvre de nouvelles perspectives d’intégration régionale.

Si les résultats sont jugés encourageants, les trois intervenants ont convergé sur un même diagnostic : le potentiel du partenariat Maroc-Sénégal reste largement sous-exploité. L’enjeu est désormais d’identifier de nouveaux projets structurants, de renforcer les investissements croisés et de tirer pleinement parti des opportunités offertes par la ZLECAf.

Dans cette optique, le groupe d’impulsion économique Maroc-Sénégal est appelé à jouer un rôle central pour accélérer le passage de l’intention à l’action, lever les obstacles et concrétiser les projets de co-investissement. Une relance de ses travaux a d’ores et déjà été annoncée.
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