Brahim Mokhliss
14 Avril 2026
À 17:00
Chez les politiques, l’économie est un levier d’engagement. Chez
Marouane Hatim, elle devient un terrain d’exploration et de transformation. Il en parle comme d’autres parlent de voyage : avec curiosité, avec précision, mais surtout avec cette conviction que chaque trajectoire compte, que chaque système est en mouvement. «Rien n’est figé», répète-t-il volontiers. «Ni les modèles, ni les idées, ni les frontières.»
Cette philosophie du mouvement, Marouane Hatim l’a d’abord vécue dans son parcours. Après des années passées dans le
secteur bancaire au Maroc, où il développe une connaissance fine des
mécanismes financiers et des dynamiques patrimoniales, il fait le choix de l’ailleurs. Direction : le
Canada. Un déplacement qui sera, à bien des égards, fondateur.
Le déplacement comme révélateur
Pour comprendre son rapport singulier à l’économie, il faut revenir à ce moment charnière. Le Canada n’est pas seulement un nouveau territoire pour lui, c’est une nouvelle grille de lecture. Confronté à d’autres institutions, d’autres logiques économiques, d’autres équilibres sociaux, il élargit son regard. «L’immigration agit comme un révélateur», confie-t-il. Ce qu’il connaissait devient matière à comparaison, ce qu’il découvre devient objet d’analyse.
Entre continuités et ruptures, il affine sa compréhension des systèmes socioéconomiques dans leur diversité. Et surtout, il renforce une conviction intime : l’économie ne peut être pleinement comprise qu’à travers les trajectoires humaines qui la traversent. Ce passage d’un monde à un autre ne dilue pas son expertise, il la densifie.
Très vite, sa double culture devient une force. Elle nourrit son enseignement, enrichit ses interventions, structure sa pensée. Elle lui permet de lire les enjeux économiques avec profondeur, mais aussi avec nuance, en intégrant les réalités culturelles, institutionnelles et sociales. «Le Québec a fortement nourri mes pensées et ma soif d’avancement scientifique», reconnaît-il.
De la finance à l’action territoriale
Son parcours académique reflète cette soif de comprendre : doctorat en économie à l’Université de Perpignan, maîtrise en gestion de patrimoine à Aix-Marseille, DESS en enseignement supérieur à l’Université de Montréal. Mais Marouane Hatim fait très tôt le choix de ne pas rester dans une posture d’observation. Il veut un esprit d’action.
Aujourd’hui conseiller ministériel en développement économique territorial au ministère de l’Économie et de l’innovation du Québec, il navigue entre institutions, projets complexes et enjeux de gouvernance. Cette position lui offre un terrain privilégié : celui où se conçoivent les politiques publiques, où se dessinent les stratégies de développement, où la théorie économique rencontre les réalités territoriales.
Parallèlement, il cultive un ancrage académique solide. Membre du comité de direction du Laboratoire interdisciplinaire de recherche en enseignement supérieur à l’Université de Montréal, il alimente les réflexions sur les modèles d’éducation. «L’enseignement supérieur n’est pas qu’un terrain de transmission du savoir, c’est un système à l’origine de la noblesse des sociétés», explique-t-il. Un objet fascinant de recherche, donc.
Ce double ancrage, académique et opérationnel, devient sa signature. En parallèle à son travail ministériel et universitaire, il s’engage dans le conseil en performance et la planification stratégique, fondant SBLue Consulting. Une économie capable d’accompagner les organisations dans leurs transformations, d’éclairer les décisions, de structurer des visions.
Bâtisseur de ponts et de collectifs
Mais son terrain dépasse largement les cadres institutionnels. Entre le Canada, le Maroc et d’autres espaces francophones, Marouane Hatim cultive une approche résolument transnationale. Il observe les écarts, capte les dynamiques, identifie les opportunités de convergence. Là où certains voient des différences, il voit des complémentarités à activer.
C’est dans cet esprit qu’il initie et anime des collectifs de recherche internationaux en intelligence économique et stratégique. Son objectif : faire circuler le savoir, le confronter, le rendre utile. «Réunir chercheurs, décideurs et praticiens autour de problématiques concrètes», résume-t-il. Créer des passerelles plutôt que des silos.
Car ce qui distingue Marouane Hatim, c’est son admiration pour les collectifs et les liens humains. Comme beaucoup de ses pairs de la communauté des Marocains du monde, il a été à l’origine de passerelles dynamiques entre les deux rives de l’Atlantique pour permettre un croisement des expertises et des regards en formation professionnelle et développement de projets en finance.
Membre de l’Ordre des administrateurs agréés du Québec, de l’Association des économistes québécois et de l’Association de planification fiscale et financière, il multiplie les appartenances sans jamais s’enfermer. Chaque réseau devient une ressource, chaque rencontre une opportunité d’apprentissage.
Une économie au service du développement
Dans ses projets comme dans ses interventions publiques – car il commente régulièrement l’actualité économique dans les médias –, une constante revient : le souci du développement. Non pas un développement abstrait, mais un développement ancré, tangible, capable de transformer des territoires, de renforcer des écosystèmes, d’ouvrir des perspectives.
Qu’il s’agisse de formation professionnelle, de sciences de l’éducation ou économiques, ou de contribution à des stratégies institutionnelles, il s’inscrit toujours dans une logique de construction. «C’est là que ça se joue», insiste-t-il en évoquant les interfaces : entre recherche et action, entre académique et professionnel, entre Canada, Maroc et espaces francophones.
Il s’inscrit dans une dynamique de circulation des idées et des pratiques, convaincu que les défis économiques contemporains : compétitivité, innovation, transition, nécessitent des approches hybrides et ouvertes. Sur le terrain, il accompagne des institutions dans leurs transformations, traduisant les grandes tendances économiques en stratégies opérationnelles. Il façonne aussi, à son échelle, le développement économique des territoires.
À l’heure où les économies cherchent de nouveaux repères, il défend une vision exigeante mais pragmatique : «Une économie au service du développement, ancrée dans les réalités, mais résolument tournée vers l’avenir».
Et peut-être est-ce là, au fond, ce qui le définit le mieux : une manière d’habiter l’économie comme un espace vivant. Un espace de dialogue, de tension, d’innovation. Un espace où la rigueur intellectuelle ne s’oppose jamais à l’engagement, mais le nourrit. Dans un monde économique en recomposition, Marouane Hatim ne cherche pas seulement à comprendre les mutations. Il choisit d’y prendre part.
Avancer, structurer, transmettre. Telle pourrait être la devise de cet économiste qui refuse les frontières étanches et fait de chaque déplacement – géographique, intellectuel, professionnel – une occasion d’élargir le champ des possibles pour développer les sociétés et les territoires.