Économie

Pétrole : chaque hausse de 10 dollars du baril coûte 15 milliards de dirhams à l’économie marocaine

La flambée des prix du pétrole, consécutive à l’escalade militaire au Moyen-Orient, place le Maroc face à un risque macroéconomique majeur. Selon Saham Research, chaque hausse de 10 dollars du baril au-delà des hypothèses budgétaires entraîne un surcoût de 15 milliards de dirhams pour l’économie nationale. Saham Research distingue trois scénarios principaux, dont les impacts varient selon la durée et l’intensité du conflit.

24 Mars 2026 À 12:40

La crise géopolitique actuelle au Moyen-Orient, marquée par les frappes américano-israéliennes sur l’Iran, provoque une onde de choc sur les marchés énergétiques mondiaux. Pour le Maroc, fortement dépendant des importations énergétiques, l’impact est immédiat et potentiellement lourd. Le Royaume importe en effet près de 90% de ses besoins énergétiques, ce qui l’expose directement aux variations des prix du pétrole. Selon les estimations de Saham Research, chaque hausse de 10 dollars par baril au-dessus de l’hypothèse retenue dans la Loi de Finances 2026, fixée à 65 dollars, génère un surcoût d’environ 15 milliards de dirhams, à volume de consommation constant.



Le déclenchement des hostilités a entraîné une perturbation majeure du trafic maritime au niveau du détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 millions de barils de pétrole par jour, soit 20% de l’offre mondiale, ainsi que près de 20% du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL).

Dans ce contexte, le trafic est passé d’environ 100 navires par jour à un quasi-arrêt, tandis que le Qatar, premier exportateur mondial de GNL via cette voie stratégique, a annoncé l’arrêt total de sa production. Malgré la libération coordonnée de 400 millions de barils de stocks stratégiques par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les marchés n’ont pas été rassurés. Le Brent a dépassé les 100 dollars le baril, soit +55% au-dessus du niveau retenu dans la Loi de Finances 2026, tandis que les prix spot du GNL ont bondi de +100% en Asie et de +70% en Europe.

Dans ce contexte, le Maroc se rapproche du scénario intermédiaire élaboré par Saham Research, celui d’un conflit prolongé sur 6 à 12 mois, avec un baril stabilisé entre 90 et 110 dollars. Il s’agirait alors du troisième choc externe majeur en cinq ans, après la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine. Les répercussions sur les finances publiques seraient significatives. La hausse du prix du butane, attendu entre 750 et 850 dollars la tonne contre 500 dollars retenus dans la LF 2026, entraînerait un surcoût budgétaire compris entre 5,5 et 7,5 milliards de dirhams, soit 0,30% à 0,4% du PIB. À cela pourraient s’ajouter des tensions sur certaines chaînes d’approvisionnement alimentaires comme le blé et le sucre, générant un coût additionnel d’environ 3 milliards de dirhams.

Sur le plan de la balance des paiements, la facture énergétique pourrait s’alourdir de 40 à 50 milliards de dirhams en 2026, soit 2,2% à 3,3% du PIB, si les prix du pétrole se maintiennent autour de 100 dollars.

Par ailleurs, le Maroc, importateur net de soufre et d’ammoniac (intrants clés pour la production d’engrais phosphatés) pourrait subir un creusement supplémentaire du déficit commercial de 15 à 20 milliards de dirhams, sous l’effet de la hausse des prix de ces matières premières. Dans ce scénario, le déficit commercial global pourrait atteindre environ 430 milliards de dirhams, reflétant à la fois l’augmentation des importations énergétiques et la dynamique de la demande extérieure.

Au-delà des équilibres budgétaires et extérieurs, un conflit prolongé pourrait entraîner une série d’ajustements macroéconomiques. Le déficit budgétaire pourrait être porté à environ 4% du PIB, nécessitant une révision de la Loi de Finances.

L’inflation serait également orientée à la hausse sous l’effet du choc importé, tandis que Bank Al-Maghrib pourrait être amenée à relever son taux directeur de +25 à +50 points de base. La courbe des taux connaîtrait un déplacement haussier de +60 à +120 points de base, tandis que le dirham pourrait se déprécier de -5% à -8% face au dollar. Sur les marchés financiers, une correction du MASI de -10% à -15% est également envisagée.

Dans le scénario de résolution rapide (2 à 4 semaines), avec un retour du Brent entre 70 et 80 dollars, les effets resteraient limités et transitoires. Les taux d’intérêt pourraient augmenter de +20 à +35 points de base, le dirham se déprécier légèrement de -1,5% à -2,5%, et le MASI enregistrer une correction technique d’environ -10%, rapidement absorbée.

À l’inverse, dans un scénario d’enlisement régional au-delà de 12 mois, le choc deviendrait systémique. L’inflation pourrait atteindre 6%, la croissance ralentir à 3%, le déficit budgétaire s’élargir à 4,5% du PIB, et les réserves de change se contracter à environ 420 milliards de dirhams, soit 4,5 mois d’importations. Les taux pourraient grimper jusqu’à +150 points de base, tandis que le dirham resterait sous pression et le MASI pourrait chuter de -15% à -20%.

Malgré ces risques, le Maroc dispose de plusieurs leviers pour atténuer les chocs. L’accès à la Ligne de crédit modulable (LCM) du FMI, la possibilité d’émissions d’Eurobonds, ainsi que le soutien potentiel de partenaires internationaux, notamment les pays du Golfe, constituent des filets de sécurité importants.
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