Économie

Port de Kénitra Atlantique : les véritables raisons du retard

Exclusif. Annoncé comme un projet structurant pour le pôle Kénitra-Casablanca, le port de Kénitra Atlantique a été reporté sans être abandonné. Dans une déclaration exclusive accordée au journal «Le Matin», en marge du Salon «Siport» qui se tient à El Jadida, le ministre de l’Équipement et de l’eau, Nizar Baraka, invoque désormais un choix stratégique en faveur du port de Dakhla Atlantique, érigé en priorité nationale dans le cadre de la projection atlantique du Royaume. Une justification qui marque un infléchissement notable du discours officiel, jusque-là centré sur les contraintes de financement entourant ce projet estimé à plusieurs milliards de dirhams.

Le projet du port du Gharb a été programmé dans l’objectif de renforcer l’offre portuaire du pôle Kénitra-Casablanca par un nouveau port de commerce sur la façade atlantique de la région de Rabat-Salé-Kénitra.

01 Avril 2026 À 18:00

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«Non, l’État n’a pas abandonné le projet du port de Kénitra Atlantique », tranche le ministre de l’Équipement et de l’eau, Nizar Baraka, dans une déclaration exclusive accordée au journal «Le Matin», en marge de la première édition du Salon international des ports (Siport) et de leur écosystème, qui se tient à El Jadida, jusqu’au 3 avril. Selon le ministre istiqlalien, la future plateforme portuaire de Kénitra figure toujours dans la stratégie portuaire du Royaume. «Le projet a été plutôt reporté, le temps que le port de Dakhla Atlantique soit finalisé en premier. Parce qu’il ne fallait en aucune manière qu’il y ait une cannibalisation entre les ports marocains. Au contraire, il s’agit de veiller à ce que le port de Dakhla Atlantique soit mis sur les rails en premier, eu égard à son importance stratégique. Celui-ci porte, en effet, l’Initiative Royale Atlantique, qui vise à soutenir les efforts de développement des pays africains et à garantir leur stabilité, leur sécurité et leur développement dans divers domaines, en leur facilitant l’accès à l’Atlantique», nous confie le ministre de l’Équipement.

Ces nouvelles explications concernant le retard accusé par ce projet contrastent toutefois avec celles avancées en 2024 lors d’une séance de questions-réponses au Parlement. À l’époque, Nizar Baraka soutenait devant les députés que «la programmation des travaux de construction de cette infrastructure dépend de la disponibilité des financements nécessaires, le coût du projet étant estimé à 7,7 milliards de dirhams, dont 5,7 milliards pour la première phase».

Pour rappel, la réalisation de ce port du Gharb, qui constitue, d’ailleurs, l’une des pièces maîtresses de la «Roadmap» portuaire à l’horizon 2030 aux côtés de Dakhla Atlantique et Nador West Med, était pensée selon le principe du partenariat public-privé. Cette formule permet justement à l’État de partager les coûts et les risques avec le partenaire privé potentiel. Le Rapport préalable de réalisation du projet selon cette formule avait été réalisé en 2022 et soumis au département des Finances pour décision.

Cette future infrastructure a été programmée dans l’objectif de renforcer l’offre portuaire du pôle Kénitra-Casablanca par un nouveau port de commerce sur la façade atlantique de la région de Rabat-Salé-Kénitra. Le site du projet est situé à 24 km au nord de l’embouchure d’Oued Sebou et à 2 km de l’autoroute reliant Rabat et Tanger et longeant le littoral. Il est structuré en deux phases.

La première (5,7 milliards de DH) comprendra une digue principale d’une longueur d’environ 2.660 mètres linéaires (ml) à -20,5 m/zéro hydrographique (ZH ; mesure de profondeur en mer) et une autre secondaire d’une longueur de 765 ml, en plus de deux quais. Le premier, d’une longueur de 280 ml, sera dédié aux céréales, tandis que le second (270 ml) sera réservé au trafic voiturier. Kénitra abritant, en effet, l’usine de construction automobile de Stellantis. L’infrastructure comprendra également un poste hydrocarbures raffinés à -16,5 m/ZH et un quai de services de 150 ml.

S’agissant de la deuxième phase (2,3 milliards de DH), elle abritera deux quais pour minerais avec un linéaire de 270 m chacun, un autre pour le sucre (270 ml) et trois autres pour le trafic divers faisant chacun 245 ml.
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