92,9% des entreprises actives au Maroc sont des entreprises familiales. Elles emploient environ 6,3 millions de personnes, soit 65% de la main-d'œuvre du secteur privé, et contribuent à hauteur de 60,5% à la valeur ajoutée nationale. Ces chiffres, établis pour la première fois sur une base scientifique rigoureuse, sont les principaux enseignements de l'étude «L'entreprise familiale au Maroc en chiffres», conduite par l'Institut de l'entreprise familiale du Maroc (IEF-Maroc) avec l'accompagnement de l'International Finance Corporation (IFC), branche du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé.
C'est dans le cadre solennel du Palais du Méchouar à Casablanca que ces résultats ont été rendus publics, lors d'une conférence placée sous le thème «Le poids réel des entreprises familiales, la partie invisible». La salle réunissait des dirigeants de groupes familiaux marocains, des experts internationaux, des représentants des pouvoirs publics et des institutions financières, ainsi que des chercheurs académiques. L'événement a également été marqué par la signature d'une convention entre l'IEF-Maroc et Maroc PME, portant sur le déploiement d'un dispositif d'accompagnement spécifique à la transmission des entreprises familiales.
Une méthodologie inédite pour quantifier l'invisible
L'étude a été conduite par José Carlos Casillas Bueno, président de la SAFER, Spanish Academy of Family Enterprises Researchers, qui en a exposé la méthodologie lors de la conférence. À partir de la base de données internationale Orbis, son équipe a constitué un échantillon de plus de 2.000 entreprises marocaines, sélectionnées sur la base de critères stricts : entreprises en activité, avec informations financières disponibles, actionnaires et administrateurs identifiés, et dernier propriétaire de nationalité marocaine. Chaque entreprise a ensuite été classifiée selon un critère central : la famille détient-elle au moins 50% des postes d'administration ? Les résultats ont enfin été extrapolés à l'ensemble de la population entrepreneuriale nationale, en croisant les données d'Orbis avec les statistiques officielles du HCP, de la Banque mondiale, de l'Observatoire marocain de la TPME et du Baromètre de l'industrie marocaine.
«On savait que c'était grand, a reconnu Casillas Bueno lors de sa présentation. Maintenant on peut lire le nombre exact d'entreprises familiales au Maroc.» L'étude comble ainsi un vide documentaire que les acteurs du secteur déplorent depuis longtemps : le Maroc disposait de statistiques abondantes sur ses TPE et PME, mais aucune donnée agrégée ne permettait jusqu'ici d'identifier et de quantifier spécifiquement la composante familiale du tissu économique national.
Sur le plan de la productivité, les résultats réservent une surprise. Bien que les entreprises familiales supportent des coûts salariaux nettement inférieurs à ceux de leurs homologues non familiales, 233 contre 459 en coût moyen par salarié, elles affichent un ratio revenus/coûts de main-d'œuvre supérieur : 10,78 contre 8,51. Elles produisent donc davantage de valeur par unité de coût salarial, ce qui traduit une efficacité opérationnelle structurelle que l'étude attribue notamment à la cohésion interne, à l'horizon de long terme et à l'engagement spécifique des équipes familiales.
«On savait que c'était grand, a reconnu Casillas Bueno lors de sa présentation. Maintenant on peut lire le nombre exact d'entreprises familiales au Maroc.» L'étude comble ainsi un vide documentaire que les acteurs du secteur déplorent depuis longtemps : le Maroc disposait de statistiques abondantes sur ses TPE et PME, mais aucune donnée agrégée ne permettait jusqu'ici d'identifier et de quantifier spécifiquement la composante familiale du tissu économique national.
Sur le plan de la productivité, les résultats réservent une surprise. Bien que les entreprises familiales supportent des coûts salariaux nettement inférieurs à ceux de leurs homologues non familiales, 233 contre 459 en coût moyen par salarié, elles affichent un ratio revenus/coûts de main-d'œuvre supérieur : 10,78 contre 8,51. Elles produisent donc davantage de valeur par unité de coût salarial, ce qui traduit une efficacité opérationnelle structurelle que l'étude attribue notamment à la cohésion interne, à l'horizon de long terme et à l'engagement spécifique des équipes familiales.
La transmission, défi existentiel du capitalisme familial marocain
Derrière ces performances globales, l'étude met en lumière une réalité préoccupante : 64% des entreprises familiales marocaines ont moins de 25 ans, ce qui signifie qu'elles appartiennent encore à leur première génération. 31% ont entre 25 et 50 ans, soit la deuxième génération. Et seules 5% ont franchi le cap des 50 ans et accédé à la troisième génération. Autrement dit, une seule entreprise familiale sur vingt survit au-delà de deux transmissions intergénérationnelles. Cette fragilité se lit également dans les structures de gouvernance. Selon l'étude, trois quarts des entreprises familiales sont gérées exclusivement par des membres de la famille, et un tiers dispose d'un conseil d'administration composé uniquement de proches. Dans les entreprises encore «en développement» (moins de 25 ans), 51% reposent sur un seul administrateur qui est également l'unique actionnaire, une concentration maximale du pouvoir qui, si elle garantit souplesse et réactivité, fragilise la pérennité en cas de défaillance ou de succession non préparée. À l'opposé, parmi les entreprises dites «pérennes» (plus de 50 ans), 49% comptent des administrateurs extérieurs à la famille, confirmant que l'ouverture de la gouvernance constitue l'un des leviers déterminants de la longévité.
C'est précisément ce défi que Kacem Bennani-Smires, président de l'IEF-Maroc, a placé au cœur de son allocution d'ouverture. «L'entreprise familiale ne se mesure pas uniquement par la quête du profit, a-t-il déclaré. Elle se mesure également par sa capacité à transmettre et diffuser des valeurs au long cours.» Évoquant les risques concrets d'une transmission mal préparée, «des familles, des emplois, des savoir-faire transmis parfois sur plusieurs générations», il a plaidé pour une prise de conscience collective. «Il faut accompagner toutes les entreprises familiales pour qu'elles prennent conscience des enjeux et des bonnes pratiques. Prendre conscience, ce n'est pas facile. Mais c'est encore moins facile quand on ne l'a pas fait et que l'inévitable arrive.»
Cheick-Oumar Sylla, directeur régional de l'IFC pour l'Afrique du Nord et la Corne de l'Afrique, a abondé dans ce sens en soulignant l'enjeu mémoriel et identitaire de la transmission. «Quand une transmission échoue, c'est une partie de l'histoire familiale, intimement liée à l'histoire du Maroc, qui disparaît», a-t-il affirmé. Partenaire de l'étude depuis sa conception, l'IFC entend prolonger cette dynamique à l'échelle du continent africain, en faisant de l'accompagnement des entreprises familiales l'un des axes structurants de sa stratégie régionale pour les prochaines années. Sylla a par ailleurs annoncé que l'IFC avait sensiblement augmenté, au cours des trois dernières années, ses participations en capital dans de grandes entreprises marocaines, une orientation qu'il entend accentuer.
C'est précisément ce défi que Kacem Bennani-Smires, président de l'IEF-Maroc, a placé au cœur de son allocution d'ouverture. «L'entreprise familiale ne se mesure pas uniquement par la quête du profit, a-t-il déclaré. Elle se mesure également par sa capacité à transmettre et diffuser des valeurs au long cours.» Évoquant les risques concrets d'une transmission mal préparée, «des familles, des emplois, des savoir-faire transmis parfois sur plusieurs générations», il a plaidé pour une prise de conscience collective. «Il faut accompagner toutes les entreprises familiales pour qu'elles prennent conscience des enjeux et des bonnes pratiques. Prendre conscience, ce n'est pas facile. Mais c'est encore moins facile quand on ne l'a pas fait et que l'inévitable arrive.»
Cheick-Oumar Sylla, directeur régional de l'IFC pour l'Afrique du Nord et la Corne de l'Afrique, a abondé dans ce sens en soulignant l'enjeu mémoriel et identitaire de la transmission. «Quand une transmission échoue, c'est une partie de l'histoire familiale, intimement liée à l'histoire du Maroc, qui disparaît», a-t-il affirmé. Partenaire de l'étude depuis sa conception, l'IFC entend prolonger cette dynamique à l'échelle du continent africain, en faisant de l'accompagnement des entreprises familiales l'un des axes structurants de sa stratégie régionale pour les prochaines années. Sylla a par ailleurs annoncé que l'IFC avait sensiblement augmenté, au cours des trois dernières années, ses participations en capital dans de grandes entreprises marocaines, une orientation qu'il entend accentuer.
Vers une montée en puissance des entreprises familiales
Ryad Mezzour, ministre de l'Industrie et du commerce, a pour sa part invité les patrons familiaux à franchir un cap stratégique : celui de la montée en gamme technologique et de la projection internationale. «Si vous avez réussi à faire du business dans ce pays, vous pouvez réussir n'importe où ailleurs», a-t-il lancé. Il a insisté sur la rupture technologique en cours, effacement des barrières à l'innovation, accès facilité aux marchés mondiaux, essor des jumeaux numériques et de l'intelligence artificielle, et appelé les entrepreneurs familiaux à aller «chercher de la valeur» au-delà de leur modèle traditionnel. «La vraie bataille est dans la création de valeur. Allez chercher en créant de nouveaux modèles», a-t-il exhorté, tout en reconnaissant que les défis du financement et de l'accompagnement demeurent réels.
La conférence a également réuni des dirigeants d'entreprises familiales multigénérationnelles, dont Mohamed Laghrari, président du Groupe ALH Holding à la troisième génération, et Jose Manuel Sirvent, président du Groupe Confectionary Holding à la douzième génération, ainsi que Jesús Casado, secrétaire général d'European Family Businesses, et Anouar Alaoui Ismaïli, directeur général de Maroc PME. Ces interventions ont donné corps, au-delà des statistiques, aux trajectoires concrètes que l'étude cherche précisément à documenter et à encourager.
À l'issue de la soirée, la signature de la convention IEF-Maroc/Maroc PME a matérialisé la première réponse institutionnelle aux constats de l'étude : un dispositif structuré d'accompagnement à la transmission, ciblant les entreprises familiales engagées dans un processus de succession. Un premier pas, selon M. Bennani-Smires, dans ce qu'il décrit comme un chantier de longue haleine. «Nous sommes là pour mieux comprendre, mieux accompagner, mieux préparer la vie des entreprises, préserver les parts essentielles de notre patrimoine national et les transmettre à la prochaine génération.»
