Mounia Senhaji
04 Février 2026
À 17:38
Le
marché de l’or au
Maroc traverse une phase de repli après avoir atteint des niveaux record fin janvier 2026. Cette correction récente, en phase avec les marchés internationaux, soulève une question clé pour les investisseurs et les épargnants : le métal jaune est-il entré dans une phase de correction durable ou prépare-t-il une nouvelle envolée ?
Des prix toujours élevés malgré le repli
Sur le marché marocain, les cours de l’or restent historiquement élevés. Selon les plateformes internationales de référence spécialisées dans les métaux précieux, le prix de l’or 24 carats se situe actuellement autour de 1.440 à 1.450 dirhams le gramme, après avoir dépassé ce seuil à la fin du mois de janvier. L’or 22 carats s’échange autour de 1.320 à 1.330 dirhams le gramme, tandis que l’or 18 carats avoisine 1.080 à 1.100 dirhams.
À l’échelle de l’once, le métal jaune est passé d’un sommet proche de 48.400 dirhams fin janvier à une fourchette comprise entre 43.000 et 45.000 dirhams en ce début février, traduisant une baisse sensible sur quelques séances, mais sans effacer les gains accumulés depuis le début de l’année. Ces données sont notamment rapportées par GoldPriceData et Exchange-Rates.org, largement utilisés comme références par les professionnels du secteur.
Un rallye mondial porté par la peur et l’incertitude
Cette correction intervient après un rallye mondial exceptionnel. Fin janvier, l’or a franchi un seuil inédit sur les marchés internationaux, dépassant 5.500 dollars l’once, selon Barron’s et Morningstar. Cette envolée a été alimentée par une accumulation de facteurs anxiogènes : tensions géopolitiques persistantes, aggravation des dettes publiques, incertitudes sur les politiques monétaires et perte de confiance progressive dans certaines grandes monnaies.
C’est précisément cette dynamique que souligne Nigel Green, PDG et fondateur de deVere Group, l’un des plus grands cabinets indépendants de conseil financier au monde. Dans une analyse publiée le 30 janvier 2026, il rappelle que «la flambée de l’or reflète une anxiété profonde face aux politiques budgétaires, à la géopolitique et à l’avenir des monnaies fiat», tout en avertissant que «les hausses alimentées par la peur et le momentum peuvent s’inverser brutalement».
Pourquoi l’or recule-t-il après une hausse historique ?
La baisse observée ces derniers jours s’explique d’abord par un phénomène classique de prises de bénéfices. Après une progression rapide et quasi continue en janvier, de nombreux investisseurs ont choisi de sécuriser leurs gains, provoquant mécaniquement un repli des cours. Ce type de correction est fréquent après des records historiques, sans nécessairement remettre en cause la tendance de fond.
Mais l’analyse de deVere Group met aussi en lumière un risque plus structurel : celui de ventes d’or par les États ou les Banques centrales. Nigel Green souligne que l’or demeure «l’un des rares actifs souverains non endettés» et qu’en période de tensions budgétaires ou monétaires, la tentation de mobiliser ces réserves est bien réelle. Une telle décision, notamment de la part d’un grand détenteur, aurait un fort impact psychologique sur les marchés.
Les États-Unis, confrontés à une dette fédérale en forte expansion et à des blocages politiques récurrents, mais aussi certaines économies européennes très endettées, sont cités comme des zones où ce risque ne peut être exclu. Dans les marchés émergents, l’or peut également servir de réserve de liquidité en cas de fuite des capitaux ou de pression sur les devises.
Vers une nouvelle envolée ou un essoufflement durable ?
La question centrale reste celle de la suite du cycle. Pour Nigel Green, l’or reste un actif stratégique sur le long terme, mais sa réputation de valeur refuge «absolue» est parfois surestimée à court horizon. Il rappelle que le métal jaune est sensible aux taux d’intérêt, aux conditions de liquidité et aux changements rapides de sentiment des investisseurs.
Autrement dit, une nouvelle envolée n’est pas exclue, notamment si les tensions géopolitiques s’aggravent, si la défiance envers les monnaies et les obligations souveraines s’accentue ou si les politiques budgétaires restent sous pression. Dans ce scénario, l’or pourrait rapidement retrouver une dynamique haussière, y compris sur le marché marocain, où la demande reste structurellement forte. À l’inverse, un apaisement du climat politique, une stabilisation des politiques monétaires ou l’annonce de ventes officielles de réserves pourraient prolonger la phase de correction, voire provoquer un ajustement plus marqué des prix.
Un marché marocain entre prudence et attentisme
Pour les épargnants et investisseurs marocains, la situation actuelle appelle à la prudence plutôt qu’à la panique. Malgré la baisse récente, les prix par gramme restent nettement supérieurs à leurs niveaux de l’an dernier, confirmant que l’or conserve son statut de valeur refuge de long terme. Mais la volatilité observée rappelle que même le métal jaune n’échappe pas aux cycles et aux retournements rapides.
En résumé, la baisse récente de l’or au Maroc s’inscrit dans une correction logique après une envolée historique, alimentée par un rallye mondial fondé sur l’incertitude. La possibilité d’une nouvelle flambée existe, mais elle dépendra étroitement de l’évolution du contexte géopolitique, budgétaire et monétaire international. Comme le résume Nigel Green, «l’or monte vite quand l’incertitude augmente, mais il peut baisser tout aussi vite lorsque le sentiment change».