Malgré une
croissance économique intéressante en 2024, les disparités territoriales demeurent marquées au Maroc. Les nouvelles données régionales publiées par le
Haut-Commissariat au Plan (HCP) montrent qu'au-delà de la progression du Produit intérieur brut (PIB), la création de richesse, les niveaux de consommation et le revenu par habitant restent fortement concentrés dans un nombre limité de régions. Au niveau national, l'économie marocaine a progressé de 4,4% en 2024. Le PIB en volume s'est établi à 1.550,45 milliards de dirhams, tandis qu'aux prix courants, il a atteint 1.614,57 milliards de dirhams, en hausse de 8,7% par rapport à 2023.
L'analyse des performances régionales révèle toutefois une géographie de la croissance différente de celle de la création de richesse.
Ainsi, huit régions ont enregistré un rythme de croissance supérieur à la moyenne nationale de 4,4%. En tête figure
Laâyoune-Saguia Al Hamra, avec une progression de 7,6%, portée principalement par les services non marchands et la pêche maritime. Elle est suivie de
Dakhla-Oued Ed-Dahab (7%), grâce notamment au développement de la pêche maritime et du BTP.
Souss-Massa arrive en troisième position avec une croissance de 6,8%, soutenue par les bonnes performances de l'agriculture et des services.
Viennent ensuite
Drâa-Tafilalet (6,2%), tirée par le dynamisme de la construction, puis l'
Oriental (5,9%), où la reprise de l'industrie et des services a permis un rebond après la contraction enregistrée en 2023.
Marrakech-Safi affiche une croissance de 5,1%, portée par le redressement du secteur de l'hébergement-restauration, devant
Tanger-Tétouan-Al Hoceima (4,9%) grâce à l'industrie manufacturière et aux services, et
Guelmim-Oued Noun (4,6%), soutenue par les activités primaires et les services.
À l'inverse,
Casablanca-Settat (4,3%),
Rabat-Salé-Kénitra (3,5%),
Béni Mellal-Khénifra (2,1%) et
Fès-Meknès (1,6%) sont restées sous la moyenne nationale, même si toutes affichent une croissance positive.
La croissance ne reflète pas toujours le poids économique
Le classement change toutefois complètement lorsqu'il s'agit de mesurer la contribution des régions à la richesse nationale. Malgré une croissance inférieure à la moyenne, Casablanca-Settat demeure de très loin le principal moteur de l'économie marocaine. À elle seule, la région représente 32,3% du PIB national, soit près d'un tiers de toute la richesse produite au Maroc. Elle est suivie par Rabat-Salé-Kénitra, qui contribue à 15,5% du PIB, puis Tanger-Tétouan-Al Hoceima avec 10,7%. À elles seules, ces trois régions concentrent 58,4% du PIB national, illustrant le poids toujours prépondérant des grands pôles industriels, financiers et logistiques.
Le deuxième groupe est constitué de Marrakech-Safi (8,7%), Fès-Meknès (8,2%), Souss-Massa (6,6%), Béni Mellal-Khénifra (5,3%) et l'Oriental (5,1%), qui représentent ensemble 33,8% du PIB.
À l'autre extrémité, Drâa-Tafilalet et les trois régions du Sud (Guelmim-Oued Noun, Laâyoune-Saguia Al Hamra et Dakhla-Oued Ed-Dahab) ne génèrent que 7,8% de la richesse nationale, malgré des rythmes de croissance souvent supérieurs à la moyenne.
Les écarts régionaux continuent de se creuser
Le HCP relève par ailleurs une légère aggravation des inégalités territoriales. L'écart absolu moyen entre les PIB régionaux est passé de 83,6 milliards de dirhams en 2023 à 90,9 milliards de dirhams en 2024, traduisant un renforcement de la concentration de la richesse.
La structure sectorielle confirme des profils économiques très différenciés selon les territoires. Au niveau national, les
activités primaires (agriculture et pêche) représentent 10,7% du PIB. Cette part atteint toutefois 24,6% à Fès-Meknès, ce qui en fait la région la plus dépendante des activités agricoles. Suivent Drâa-Tafilalet (19,3%), Dakhla-Oued Ed-Dahab (17,3%), Souss-Massa (17,1%), Béni Mellal-Khénifra (14,4%), l'Oriental (13,5%) et Rabat-Salé-Kénitra (12,3%). À l'opposé, Casablanca-Settat affiche la plus faible part d'activités primaires avec seulement 3,7% de son PIB.
Les
activités secondaires, qui regroupent l’industrie, les mines, l’énergie et la construction, représentent 25,6% du PIB national. Leur poids est particulièrement important dans quatre régions : Casablanca-Settat, où elles contribuent à 36,5% du PIB régional, suivie de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (33,7%), de Laâyoune-Saguia Al Hamra (32,8%) et de Béni Mellal-Khénifra (30,4%).
Les
services restent néanmoins le principal moteur de l'économie marocaine. Le secteur tertiaire représente 52,9% du PIB national, avec une spécialisation particulièrement marquée dans certaines régions. La part des services atteint ainsi 73,3% à Guelmim-Oued Noun, contre 44,9% à Tanger-Tétouan-Al Hoceima, la plus faible proportion observée.
Casablanca domine l'industrie, Rabat les services publics
L'analyse des contributions régionales par secteur confirme également la forte concentration géographique de certaines activités.
Le secteur primaire, qui comprend principalement l’agriculture et la pêche, est fortement concentré dans quatre régions qui génèrent à elles seules 58,4 % de la valeur ajoutée agricole et halieutique nationale. Il s’agit de Fès-Meknès, qui contribue à hauteur de 18,8 %, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (17,8 %), de Casablanca-Settat (11,3 %) et de Souss-Massa (10,5 %).
Pour le secteur secondaire, la concentration est encore plus forte. Casablanca-Settat génère à elle seule 45,9% de la valeur ajoutée industrielle nationale, devant Tanger-Tétouan-Al Hoceima (14%). Les deux régions représentent ainsi 59,9% de toute la richesse industrielle du Royaume.
Le secteur des services est également marqué par une forte concentration géographique, puisque 66,2% de la valeur ajoutée nationale est générée par quatre régions. Casablanca-Settat arrive en tête avec une contribution de 28,6%, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (18,3%), de Marrakech-Safi (10,3%) et de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (9%).
Dakhla affiche le PIB par habitant le plus élevé
Les écarts apparaissent encore plus marqués lorsqu'on rapporte la richesse à la population. En 2024, le PIB par habitant s’est établi à 43 891 dirhams au niveau national. Cinq régions ont enregistré un niveau supérieur à cette moyenne : Dakhla-Oued Ed-Dahab, avec 92.904 dirhams par habitant, suivie de Laâyoune-Saguia Al Hamra (73.718 DH), de Casablanca-Settat (67.859 DH), de Guelmim-Oued Noun (50.604 DH) et de Rabat-Salé-Kénitra (48.797 DH).
Toutes les autres régions restent en dessous de la moyenne nationale, avec des niveaux compris entre 28.692 DH à Marrakech-Safi, le plus faible du Royaume, et 42.761 DH à Tanger-Tétouan-Al Hoceima.
Là encore, les disparités progressent. L'écart absolu moyen du PIB par habitant est passé de 14.853 DH en 2023 à 15.560 DH en 2024.
La consommation suit la même géographie que la richesse
Les dépenses de consommation finale des ménages confirment cette concentration.
En 2024, elles ont atteint 944,1 milliards de dirhams au niveau national. La consommation des ménages est fortement concentrée sur le territoire, puisque cinq régions totalisent à elles seules 74,4% de la consommation nationale. Casablanca-Settat arrive en tête avec une part de 25,3%, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (14,8%), de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (11,6%), de Fès-Meknès (11,4%) et de Marrakech-Safi (11,3%).
Les sept autres régions ne représentent ensemble que 25,6% de la consommation nationale, avec des parts allant de 0,8% pour Dakhla-Oued Ed-Dahab à 7,2% pour Souss-Massa.
Le HCP observe également une accentuation des écarts de consommation. L'écart absolu moyen entre les dépenses régionales est passé de 48,5 milliards de dirhams en 2023 à 51,5 milliards de dirhams en 2024.
Casablanca et Dakhla en tête de la consommation par habitant
Rapportées à la population, les dépenses de consommation finale des ménages atteignent 25.664 dirhams par habitant au niveau national. Six régions dépassent cette moyenne :
- Dakhla-Oued Ed-Dahab : 34.515 DH par habitant ;
- Casablanca-Settat : 31.173 DH ;
- L'Oriental : 27.805 DH ;
- Rabat-Salé-Kénitra : 27.250 DH ;
- Tanger-Tétouan-Al Hoceima : 27.210 DH ;
- Laâyoune-Saguia Al Hamra : 25.696 DH.