Moncef Ben Hayoun
25 Juin 2026
À 10:05
Dans son dernier Baromètre des risques pays & sectoriels (juin 2026), Coface dresse un état des lieux d’une
économie mondiale fragilisée par plus de quinze semaines de
conflit au Moyen-Orient. Malgré ce contexte difficile, le
Maroc maintient sa position de pays le mieux noté d’
Afrique du Nord.
Selon cette évaluation, le Royaume conserve sa note «B», traduisant un risque intermédiaire, assortie d’une évaluation «A4» pour le climat des affaires, soit un risque jugé raisonnable. Le Maroc se positionne ainsi comme le pays le plus résilient dans sa région, devant l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte et la Mauritanie (risque élevé) ou encore la Libye (risque extrême).
Les
évaluations pays de Coface couvrent plus de 160 pays et mesurent le niveau moyen d’incident de paiement et de risque de crédit des entreprises. Elles se déclinent sur une échelle de 8 niveaux, allant de «A1» (risque très faible) à «E» (risque extrême).
Si le
Maroc conserve l’une des meilleures notations d’Afrique selon Coface, son passage à une catégorie de risque plus favorable reste freiné par certaines fragilités structurelles de son
tissu économique. La note «B», qui correspond à un risque d’impayés «assez élevé» pour les entreprises – un niveau intermédiaire sans être pour autant alarmant –, reflète notamment la prédominance des très petites entreprises (TPE), qui représentent près de 90% du tissu productif national. Une part importante de ces structures évolue encore dans l’informel ou présente une faible capacité de transparence financière, ce qui accroît mécaniquement le risque moyen de défaillance et de retard de paiement. Cette réalité continue de peser sur l’évaluation globale du risque-pays, malgré les progrès enregistrés en matière de stabilité macroéconomique, d’attractivité économique et d’amélioration du
climat des affaires.
Cette stabilité de la notation marocaine intervient alors que Coface a procédé, à l’échelle mondiale, à 8 déclassements de pays et 45 modifications d’évaluations sectorielles (41 déclassements pour seulement 4 reclassements), illustrant l’ampleur des révisions liées au conflit.
Un choc mondial aux impacts différenciés en Afrique
D’après l’étude, l’impact direct du conflit sur le continent africain demeure inégal. Si les
produits pétroliers occupent une part importante du mix énergétique africain, leur consommation reste concentrée dans les économies les plus industrialisées – l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria et le Maroc – qui sont donc relativement plus exposées que le reste du continent aux perturbations d’approvisionnement.
Pour autant, l’ensemble des
pays africains devrait ressentir le choc inflationniste induit par le conflit, notamment via la
hausse des prix alimentaires, les
tensions sur les intrants, les
pénuries d’engrais et des
conditions météorologiques défavorables. Coface anticipe en conséquence un ralentissement de la croissance du produit intérieur brut (PIB) du continent en 2026 et 2027 à environ 3,8%. Les pays dont les finances publiques ou les comptes extérieurs sont déjà fragilisés apparaissent particulièrement vulnérables, le resserrement monétaire mondial réduisant davantage leurs marges de manœuvre budgétaires. À l’inverse, les pays exportateurs de matières premières devraient bénéficier de ressources supplémentaires pour amortir le choc.
À l’échelle globale, l’assureur-crédit estime que l’économie internationale résiste encore au choc géopolitique, mais montre des signes croissants de ralentissement. Coface a ainsi révisé à la baisse sa prévision de croissance mondiale, à 2,3% en 2026 et 2,5% en 2027, soit une révision cumulée de 0,6 point sur deux ans. Le prix moyen du Brent est désormais attendu à 85 dollars le baril en 2026. La quasi-fermeture du détroit d’Ormuz a durablement perturbé les
chaînes d’approvisionnement mondiales, alimentant l’inflation et poussant de nombreuses banques centrales vers des politiques monétaires plus restrictives. Dans ce sillage, les défaillances d’entreprises devraient progresser de 6% au niveau mondial en 2026.
Comme le résume
Jean-Christophe Caffet, chef économiste de Coface : «L’accalmie au Moyen-Orient est une bonne nouvelle, mais elle ne doit pas masquer l’essentiel : les perturbations d’ores et déjà embarquées vont peser sur l’activité, le revenu et l’emploi. Le nombre inédit de 41 déclassements sectoriels, répartis dans 19 pays, souligne l’impact global d’un conflit dont les conséquences sur les flux commerciaux et la rentabilité des entreprises vont continuer de peser dans les mois à venir». Dans cet environnement incertain, le maintien de la notation du Maroc apparaît comme un signal de résilience relative au sein du continent africain.