Le Maroc compte environ 184 startups, soit près de 17% de l’ensemble des startups d’Afrique du Nord. Rapporté à la population — estimée à 38,1 millions d’habitants — cela représente environ une startup pour 100.000 habitants. Le pays affiche par ailleurs une croissance annuelle de 23,1% entre avril 2024 et avril 2025, traduisant une dynamique d’expansion soutenue. Le volume total de financement reste toutefois limité, à un peu plus de 44 millions de dollars, ce qui témoigne d’un marché encore en phase de consolidation.
Casablanca domine, Rabat suit, les autres villes émergentLe tissu entrepreneurial marocain reste fortement concentré géographiquement. Casablanca s’impose comme le principal hub du pays, concentrant la majorité des startups, des investissements et des structures d’accompagnement. Selon StartupBlink, son niveau de développement est 550% plus élevé que celui de Rabat, ce qui illustre un déséquilibre territorial marqué.
Rabat se positionne comme le deuxième pôle du pays, avec un développement progressif, notamment porté par la présence institutionnelle et académique. Le pays compte au total trois villes classées dans l’index
StartupBlink. En 2025, une nouvelle ville marocaine a intégré le classement, à savoir Tanger, confirmant l’émergence progressive de nouveaux pôles régionaux, même si leur poids reste encore limité.
Le numérique en moteur de croissanceLes startups marocaines évoluent majoritairement dans les secteurs liés au numérique, notamment les plateformes digitales, les services technologiques et les solutions innovantes à destination des entreprises et des consommateurs. Cette orientation sectorielle reflète une tendance classique des marchés émergents, où les barrières à l’entrée sont plus faibles et les opportunités de croissance plus accessibles. Malgré cette dynamique, le tissu entrepreneurial reste encore limité en termes de volume et de diversification sectorielle. Le nombre de startups recensées, bien qu’en progression, demeure relativement faible comparé aux marchés plus avancés.
Des atouts solides pour accélérerStartupBlink met en évidence plusieurs facteurs favorables au développement du marché marocain. Le pays bénéficie notamment d’une position géographique stratégique, à la croisée de l’Europe et de l’Afrique, d’un environnement relativement stable et d’une population jeune, de plus en plus familière des technologies. La montée en puissance des usages numériques et l’émergence de profils qualifiés, notamment parmi les freelances travaillant avec des clients internationaux, constituent également des atouts importants. Cependant, plusieurs freins subsistent. L’accès au financement reste limité, avec un volume global encore modeste à l’échelle internationale. Par ailleurs, le pays doit progresser en matière de scalabilité, d’internationalisation et de capacité à faire émerger des startups à fort impact.
Un marché en mouvement
Au final, les données de StartupBlink dressent le portrait d’un marché marocain en transition. Le pays progresse dans les classements mondiaux et structure progressivement son environnement entrepreneurial, mais reste encore en phase de consolidation. Avec un positionnement régional affirmé, une croissance soutenue et une structuration progressive de ses pôles urbains, le Maroc dispose de bases solides mais doit franchir un cap pour rivaliser avec les marchés les plus performants. L’enjeu réside désormais dans la capacité à accélérer la croissance, à renforcer les mécanismes de financement et à favoriser l’émergence de champions nationaux capables de s’imposer à l’international. Malgré de nombreuses initiatives (cf. encadré), le secteur des startups au Maroc fait face à plusieurs défis qui freinent son développement, notamment l’accès limité à certains services essentiels, les inégalités structurelles et l’insuffisance du financement et du cadre réglementaire. Lever ces obstacles sera déterminant pour libérer pleinement le potentiel entrepreneurial du pays.
Startups : entre soutien public et levées d’envergure
Le Maroc s’appuie sur plusieurs leviers pour soutenir ses startups, entre initiatives publiques, dispositifs d’accompagnement et structuration progressive du financement, indique StartupBlink. Le pays accueille notamment GITEX Africa, devenu le plus grand événement technologique du continent, indique la même source, et déploie des programmes comme Maroc PME ou la marque MoroccoTech, lancée en 2022 pour renforcer la visibilité internationale du secteur numérique.
La stratégie Digital Morocco 2030 prévoit également une enveloppe de 240 millions de dirhams pour accompagner le développement des startups, en complément de structures comme le Technopark, présent dans plusieurs villes (Casablanca, Rabat, Tanger, Agadir). Le financement repose aussi sur des fonds dédiés tels que UM6P Ventures, Maroc Numeric Fund ou encore le programme Innov Invest, soutenu par des partenaires internationaux. Cette dynamique commence à se traduire par des opérations concrètes. En 2026, la startup immobilière Yakeey a levé plus de 15 millions de dollars en Série, établissant un record en tant que plus importante Série A jamais réalisée au Maroc. Cette opération constitue un tournant majeur dans le développement de l’entreprise. Au-delà de son montant, cette levée de fonds se distingue par la qualité et la diversité de ses investisseurs. Parmi eux figure la Société financière internationale (SFI), filiale du Groupe de la Banque mondiale, qui signe à cette occasion son premier investissement en capital-risque au Maroc. Malgré ces avancées, l’accès au financement reste un enjeu clé, notamment pour accompagner le passage à l’échelle des startups marocaines.
Nawfal Saoud, General Manager Morocco & West Africa de Dell Technologies : «Pour démocratiser l’accès à des infrastructures avancées au Maroc, il faut agir à la fois sur la technologie, le modèle économique et l’accompagnement»
Le Matin : Quelle est aujourd’hui votre activité la plus développée au Maroc, et sur quels segments voyez-vous la plus forte croissance ?
Nawfa Saoud : Aujourd’hui, l’activité la plus développée de Dell Technologies au Maroc concerne nos solutions d’infrastructure et de datacenter – serveurs, stockage, protection des données et postes de travail – qui accompagnent la modernisation des systèmes d’information aussi bien du secteur public que privé.
En parallèle, nous voyons la plus forte croissance sur trois segments :
• D’abord, la modernisation des infrastructures et des postes de travail pour soutenir les nouveaux usages de travail hybride et la digitalisation des processus métiers ;
• Ensuite, les solutions de cloud hybride, de cybersécurité et de protection des données, portées par l’augmentation des volumes de données, les exigences de conformité et le besoin de résilience face aux cybermenaces ;
• Enfin, le positionnement de l’IA au niveau des entreprises, qui commence à prendre forme de manière plus structurée et plus sérieuse, et dans ce cadre, Dell Technologies offre une démarche structurée autour de notre offre Dell IA Factory.
Notre priorité au Maroc est d’accompagner nos clients sur l’ensemble de ce parcours, depuis la modernisation du datacenter jusqu’à l’expérience utilisateur, en nous appuyant sur un écosystème local solide de partenaires et d’intégrateurs.
Adaptez-vous vos solutions aux spécificités locales ou appliquez-vous un modèle global ?Chez Dell Technologies, nous nous appuyons sur un portefeuille de solutions globales, mais nous les adaptons clairement aux spécificités du marché marocain.
Concrètement, cela veut dire que nous conservons les mêmes standards mondiaux en matière de technologie, de sécurité et de support, mais que nous ajustons :
• Les architectures et les modèles de déploiement aux contraintes locales (connectivité, budgets, maturité IT, environnement réglementaire) ;
• Les modèles commerciaux et de financement pour répondre aux réalités économiques des entreprises marocaines, qu’il s’agisse de grands comptes, du secteur public ou des PME ;
• L’accompagnement local, à travers nos partenaires et intégrateurs marocains, qui connaissent le terrain et les enjeux métiers de nos clients.
En résumé, le socle technologique est global, mais l’approche est résolument locale, pour rester pertinente et créatrice de valeur pour nos clients au Maroc.
Le marché marocain nécessite-t-il des solutions plus simples, plus flexibles ou plus accessibles ?
Vos solutions sont-elles réellement accessibles aux PME marocaines ou restent-elles orientées grands comptes ?Le marché marocain a clairement besoin de solutions à la fois plus simples, plus flexibles et plus accessibles. Les entreprises – qu’il s’agisse de grands comptes, du secteur public ou des PME – recherchent des technologies robustes, mais faciles à déployer et à exploiter, avec des modèles économiques adaptés à leurs contraintes.
Chez Dell Technologies, nous adressons bien sûr les grands comptes avec des architectures complètes de datacenter, de cloud hybride et de protection des données. Mais nos solutions sont aussi conçues pour être accessibles aux PME marocaines :
• Via des offres modulaires et évolutives, qui permettent de démarrer petit et de grandir au rythme de l’activité ;
• Grâce à des modèles de consommation flexibles (CAPEX, OPEX, "as-a-service”) qui facilitent l’investissement ;
• Et à travers un écosystème de partenaires locaux qui accompagnent les PME dans le design, le déploiement et le support au quotidien.
Notre ambition au Maroc est justement de démocratiser l’accès à des technologies de niveau entreprise pour l’ensemble du tissu économique, et pas uniquement pour les très grandes organisations.
Comment démocratiser l’accès à des infrastructures avancées au Maroc ?Pour démocratiser l’accès à des infrastructures avancées au Maroc, il faut agir à la fois sur la technologie, le modèle économique et l’accompagnement.
D’un point de vue technologique, nous proposons des solutions modulaires et évolutives qui permettent de commencer avec un socle limité – en serveurs, stockage ou protection des données – puis de monter en puissance au rythme de la croissance de l’entreprise.
Sur le plan économique, nous travaillons de plus en plus avec des modèles de consommation flexibles, en CAPEX ou en OPEX, et des offres de type "as-a-service” avec des hébergeurs ou cloud providers, afin de réduire la barrière à l’entrée et de rapprocher le coût de l’usage réel.
Enfin, le volet le plus important reste l’accompagnement local : nous nous appuyons sur un écosystème de partenaires locaux pour concevoir des architectures adaptées, assurer le déploiement, la formation et le support, et ainsi permettre aux PME comme aux grandes organisations d’accéder à des infrastructures de niveau international sans complexité excessive.
Le manque de compétences IT est-il aujourd’hui le principal frein au Maroc ? Et comment Dell contribue concrètement au développement des compétences locales ?Le manque de compétences IT est clairement un enjeu important au Maroc, mais je ne dirais pas que c’est le seul frein ni le seul déterminant. Les entreprises font face à un triple défi : attirer et fidéliser les talents, suivre le rythme d’évolution des technologies et dégager le temps nécessaire pour la formation continue.
Chez Dell Technologies, nous contribuons concrètement au développement des compétences locales à plusieurs niveaux :
• Nous investissons dans la formation de nos partenaires et intégrateurs marocains à travers des programmes de certification, des labs et des workshops réguliers ;
• Nous accompagnons nos clients avec des programmes de montée en compétences sur les nouvelles architectures, la cybersécurité, le cloud hybride ou la gestion des données ;
• Nous encourageons enfin des initiatives autour des jeunes talents (étudiants, jeunes diplômés) via nos programmes de formation, de stages et de partenariats académiques pour rapprocher les compétences des besoins réels du marché.
L’objectif est double : permettre aux organisations marocaines de tirer pleinement parti des technologies de pointe et contribuer, à notre échelle, à la montée en compétences durable de l’écosystème local.