LE MATIN
25 Mars 2026
À 11:45
L’intensification du
conflit au Moyen-Orient depuis début mars 2026, marquée notamment par la fermeture effective du
détroit d’Ormuz, redessine progressivement les équilibres du commerce maritime mondial. Pour
Tanger Med, premier hub portuaire du continent africain, l’impact se compose d’une part d’une pression accrue sur les coûts logistiques et, d'autre part, d'une opportunité de renforcement de son rôle dans les chaînes d’approvisionnement globales.
Selon une source bien informée, la première
conséquence directe de la crise se manifeste sur les
taux de fret conteneurisé (le prix qu’on paie pour transporter un conteneur de marchandises d’un endroit à un autre par bateau). Les compagnies maritimes ont rapidement introduit des surcharges liées au risque de guerre, à l’urgence sécuritaire et aux déviations des routes maritimes.
Ces surcoûts oscillent entre 1.500 et 3.300 dollars par conteneur standard (EVP), pouvant atteindre 4.000 dollars pour les équipements spécialisés. À cela s’ajoute une hausse des tarifs de base sur les routes reliant le Maroc à l’Asie de l’Est, comprise entre +700 et +1.000 dollars par conteneur.
Parallèlement, l’
effet indirect de la crise se fait sentir à travers l’envolée du coût du
carburant maritime (VLSFO). Les prix ont progressé de +35% en une semaine après les premières frappes, avec des hausses cumulées dépassant +100% dans certains ports de soutage. Cette flambée se traduit par l’application de surtaxes carburant (Emergency Bunker Surcharge) sur l’ensemble des routes maritimes mondiales, y compris celles desservant le Maroc.
Des routes maritimes reconfigurées sans rupture de connectivité
Face à la f
ermeture du détroit d’Ormuz, les alliances maritimes ont rapidement réorganisé leurs services. La coopération
Gemini (Maersk / Hapag-Lloyd) a suspendu son service ME11 / IMX dès le 6 mars 2026, remplacé par le service AE19 / SE4 via le
Cap de Bonne-Espérance. De son côté, la
Premier Alliance (ONE / HMM / Yang Ming) a restructuré son service MS2 en deux segments. Le service MD2 reliant l’Asie à la Méditerranée, qui continue de desservir Tanger Med, et le GS2 reliant le Golfe au Pacifique, fortement perturbé.
Malgré ces ajustements, aucune annulation de navires à destination de Tanger Med directement liée à la crise n’a été enregistrée à ce stade. Les compagnies privilégient le contournement de l’Afrique et la reconfiguration des escales, permettant au port marocain de maintenir sa connectivité. Ce maintien s’explique notamment par le positionnement stratégique de Tanger Med comme hub de transbordement, capable d’absorber les flux redirigés et de s’intégrer dans les nouvelles routes maritimes.
Impact sur le trafic attendu mi-avril 2026
L’effet complet de ces perturbations sur le trafic ne devrait toutefois être visible qu’entre mi et fin avril 2026. Le contournement par le Cap de Bonne-Espérance allonge en effet les délais de transit de 10 à 14 jours, ce qui retarde l’ajustement des flux.
Dans l’intervalle, les opérateurs portuaires assurent un suivi continu des programmes d’escales et des annonces des alliances maritimes, afin d’anticiper les évolutions du trafic. L’enjeu principal consiste à accompagner une éventuelle hausse des volumes tout en préservant la fluidité et la qualité des opérations.
Gibraltar, pivot discret du commerce mondial
Dans ce contexte de recomposition des routes maritimes, le rôle du détroit de Gibraltar apparaît plus central que jamais. En 2024, environ 110.000 navires y ont transité, soit une moyenne de 300 navires par jour, un niveau supérieur à celui du
détroit de Malacca (258 par jour) ou d’Ormuz (153 par jour avant la crise de 2026).
Près de 10% du commerce maritime mondial passe par Gibraltar pour entrer ou sortir de la Méditerranée, tandis qu’environ 25% du trafic correspond à des traversées de ferries entre l’Espagne et le Maroc. Contrairement à Ormuz, fortement spécialisé dans les hydrocarbures, Gibraltar accueille un trafic diversifié mêlant conteneurs, pétrole et marchandises mixtes.
Surtout, le détroit joue un rôle clé en tant que porte d’entrée alternative pour les navires contournant l’Afrique en cas de perturbation du
canal de Suez ou des routes du Moyen-Orient.
Tanger Med: maillon de résilience dans la chaîne logistique internationale
Dans ce contexte, Tanger Med se positionne comme un point d’ancrage de la résilience logistique internationale. Le port bénéficie mécaniquement du redéploiement des routes maritimes et pourrait capter une partie des flux détournés.
Cependant, cette situation génère également des défis opérationnels importants. La gestion des capacités, la prévention des congestions et le maintien de la qualité de service deviennent des priorités critiques. Une coordination étroite avec les compagnies maritimes et les opérateurs logistiques s’impose pour absorber les volumes supplémentaires sans dégradation des performances.
Au-delà de la crise actuelle, l’évolution des flux confirme la montée en puissance de Tanger Med dans les réseaux maritimes mondiaux. Dans un environnement marqué par des chocs géopolitiques récurrents, sa capacité à assurer la continuité des opérations pourrait renforcer durablement son rôle de hub stratégique entre l’Europe, l’Afrique et les grandes routes du commerce international.