Économie

Taux directeur : Bank Al-Maghrib devrait maintenir le statu quo en 2026 (Fitch)

Bank Al-Maghrib devrait maintenir son taux directeur à 2,25% tout au long de 2026, estime BMI-Fitch Solutions, dans un contexte d’inflation encore modérée et de conditions économiques globalement favorables. Mais les tensions liées au conflit au Moyen-Orient, via leurs effets sur les prix de l’énergie, le dirham et les équilibres externes, déplacent désormais les risques vers un possible resserrement monétaire.

La hausse des prix de l'énergie exerce une pression temporaire sur les coûts, mais si elle venait à se prolonger, elle contraindrait Bank Al-Maghrib à adopter une politique monétaire plus restrictive.

06 Avril 2026 À 10:21

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Bank Al-Maghrib (BAM) devrait maintenir son taux directeur à 2,25% tout au long de 2026. C’est la conclusion centrale d’une analyse de BMI-Fitch Solutions, qui souligne toutefois que le conflit au Moyen-Orient a fait basculer les risques en faveur d’un resserrement monétaire plutôt que d’un nouvel assouplissement.

Lors de sa réunion du 17 mars, BAM a laissé son taux directeur inchangé, conformément aux attentes. Cette décision repose sur une inflation à court terme jugée modérée, une amélioration des conditions agricoles et un niveau soutenu de l’investissement. Les autorités monétaires ont, en revanche, averti qu’un conflit de courte durée pourrait exercer des pressions transitoires sur les prix et les comptes extérieurs, l’ampleur de l’impact dépendant de sa durée et de son intensité.

Une inflation revue à la hausse

BMI-Fitch Solutions a relevé sa prévision d’inflation moyenne pour 2026, de 1,1% à 1,6%, sous l’effet de la hausse des prix des carburants et de la transmission des coûts internationaux. La libéralisation des prix de l’énergie au Maroc fait que la hausse récente, notamment celle du diesel, devrait se répercuter sur les coûts de transport et plus largement sur les prix à la consommation.

Cette pression se concentrerait sur les mois de mars et avril, marquant un retour de l’inflation en territoire positif après quatre mois de déflation. Dans le scénario de base, elle resterait cependant contenue, la baisse attendue du prix du Brent – de 78 dollars le baril au premier trimestre à 66 dollars au deuxième trimestre 2026 – compensant partiellement l’impact. Par ailleurs, l’amélioration prévue de la production agricole domestique devrait atténuer l’effet des coûts énergétiques sur l’inflation globale.

La dépréciation du dirham, un second facteur de vigilance

La monnaie marocaine s’est dépréciée de 2,8% depuis le 16 février, atteignant 9,39 dirham/dollar américain le 17 mars, un des mouvements les plus marqués sur quatre semaines de la dernière décennie, largement imputable à la vigueur du dollar.

Si cette tendance se prolonge, elle renchérira le coût en dirhams des importations libellées en dollars, notamment l’énergie, certains produits alimentaires et des biens intermédiaires. Malgré ce mouvement, le dirham reste proche du côté fort de sa bande de fluctuation officielle, limitant la pression immédiate sur BAM pour intervenir sur le marché des changes et confortant le scénario d’un maintien du statu quo monétaire.

L’attention portée à la BCE

Un troisième facteur déterminant réside dans la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). Dans son scénario central, BMI anticipe un maintien prolongé des taux directeurs en zone euro, malgré une inflation à court terme revue à la hausse.

Étant donné que le dirham est arrimé à un panier composé à 60% de l’euro et à 40% du dollar, et compte tenu de la préférence de BAM pour un différentiel de taux réels positif vis-à-vis de la BCE, cette configuration plaide également pour un maintien des taux au Maroc en 2026, afin de préserver la stabilité du taux de change.

Un scénario de risque plus inflationniste

BMI-Fitch Solutions identifie toutefois un scénario alternatif, dit «Extend to End», où le conflit s’étendrait de quatre à huit semaines. Dans ce cas, l’inflation marocaine dépasserait 2% en 2026, sous l’effet de prix de l’énergie persistants et de la transmission accrue des coûts d’importation, notamment alimentaires.

Un choc prolongé augmenterait également la probabilité d’un durcissement de la politique monétaire en Europe, renforçant la perspective d’au moins une hausse du taux directeur par BAM. Il ferait peser le risque d’un désancrage des anticipations d’inflation, rendant nécessaire une réponse monétaire plus restrictive. n
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