Bank Al-Maghrib devrait maintenir son taux directeur à 2,25% lors de sa troisième réunion de politique monétaire de l’année, prévue le 22 septembre. C’est le scénario retenu par
BMCE Capital Global Research (BKGR), qui juge qu’un statu quo offrirait actuellement le meilleur équilibre entre soutien à l’économie, maîtrise des risques inflationnistes et prudence face au resserrement monétaire international. Pour le bureau de recherche, plusieurs facteurs plaident pour cette stabilité. L’activité économique conserve une dynamique solide, tandis que l’inflation s’est nettement détendue durant l’été. En parallèle, les risques externes restent élevés, notamment en raison des cours énergétiques et du changement de ton des principales banques centrales. Dans ce contexte, Bank Al-Maghrib devrait continuer à privilégier une approche « réunion par réunion », fondée sur l’évolution des dernières données économiques.
Les investisseurs institutionnels unanimes sur le statu quo
Le sondage réalisé par BKGR auprès des investisseurs institutionnels conforte largement ce scénario. La totalité des répondants, soit 100%, anticipent un maintien du taux directeur à 2,25% lors du Conseil du 22 septembre et jugent cette orientation adéquate. Par ailleurs, 90% estiment qu’une hausse du taux directeur n’est pas envisageable dans le contexte actuel et retiennent 2,25% comme niveau cible à fin 2026. Sur le crédit, les anticipations restent plutôt favorables avec 90% des investisseurs interrogés qui prévoient une progression ou une forte progression des financements bancaires en 2026, tandis que 60% tablent sur une stabilisation des taux débiteurs. Cette lecture suggère qu’après les mouvements monétaires observés précédemment, le marché privilégie désormais une période de stabilité.
Une croissance toujours supérieure à 5% attendue en 2026
La vigueur de l’économie constitue l’un des principaux arguments contre un nouvel assouplissement immédiat. À l’issue de sa réunion de juin, Bank Al-Maghrib avait relevé sa prévision de croissance à 5,2% en 2026, avant un ralentissement à 3,1% en 2027. Les dernières estimations du Haut-Commissariat au Plan confirment globalement cette résistance de l’activité. Après une croissance de 5% au premier trimestre 2026, le
PIB aurait progressé de 4,8% au deuxième trimestre, avant une accélération projetée à 5,4% au troisième trimestre.
BKGR retient pour sa part une croissance de 5,1% sur l’ensemble de l’année 2026. Cette performance serait principalement soutenue par le redressement de l’activité agricole et la vigueur de l’investissement. Le maintien d’un rythme de croissance supérieur à 5% réduit ainsi la nécessité d’une baisse supplémentaire du taux directeur destinée à stimuler l’activité.
L’inflation repasse en territoire négatif
Le deuxième paramètre décisif est celui des prix. Après la remontée constatée au printemps, l’inflation s’est nettement détendue durant l’été. Elle s’est établie à -0,6% en glissement annuel en juillet 2026, contre +0,3% en juin. Cette évolution résulte principalement d’un recul de 1,9% de l’indice des prix alimentaires et de 0,3% de celui des produits non alimentaires. Les carburants ont notamment enregistré une baisse de 4,9% sur le mois. Cette désinflation est cohérente avec les projections de Bank Al-Maghrib, qui table sur une inflation moyenne de 1,5% en 2026, puis de 2,1% en 2027. L’inflation sous-jacente resterait encore plus faible cette année, à 0,2%, avant de remonter à 2,9% en 2027.
Pour autant, BKGR estime que cette détente ne justifie pas nécessairement une nouvelle baisse du taux directeur. Le niveau encore élevé des prix de l’énergie et le durcissement des politiques monétaires internationales imposeraient de conserver une marge de manœuvre.
Les finances publiques s’améliorent, mais les comptes extérieurs se dégradent
La situation budgétaire constitue un autre élément plutôt favorable. À fin juillet 2026, le déficit budgétaire s’est établi à 48,2 milliards de dirhams, en amélioration de 10,3% par rapport aux 53,7 milliards enregistrés à la même période de 2025. Cette trajectoire reste cohérente avec le scénario de consolidation des finances publiques retenu par Bank Al-Maghrib, qui prévoit un déficit budgétaire représentant 3,4% du PIB en 2026 puis 3,3% en 2027.
La situation est en revanche plus tendue du côté des échanges extérieurs. Le
déficit commercial a augmenté de 26,5% à fin juillet pour atteindre 244,7 milliards de dirhams, sous l’effet d’une progression des importations plus rapide que celle des exportations. Bank Al-Maghrib anticipe ainsi un déficit du compte courant de 4% du PIB en 2026, avant une légère amélioration à 3,8% en 2027. Pour BKGR, les comptes extérieurs constituent désormais l’un des principaux points de vigilance.
Les taux bancaires remontent malgré l’assouplissement passé
La transmission des décisions monétaires aux conditions de financement apparaît également moins homogène. Selon l’enquête trimestrielle de Bank Al-Maghrib, le
taux débiteur moyen global a augmenté de 15 points de base au deuxième trimestre 2026 pour atteindre 4,81%, contre 4,66% au trimestre précédent. Les taux appliqués aux facilités de trésorerie se sont établis à 4,63%, tandis que ceux des crédits à l’équipement ont atteint 4,65%. À l’inverse, les
taux des prêts immobiliers et des crédits à la consommation se sont légèrement détendus, respectivement à 5,06% et 6,81%. Cette évolution montre que les précédentes mesures d’assouplissement ne se diffusent plus uniformément à l’ensemble des catégories de crédit.
À fin juillet, l’encours global des crédits bancaires atteignait 1.286 milliards de dirhams, en baisse de 1,2% sur un mois. Bank Al-Maghrib continue néanmoins de prévoir une progression de 6,8% du crédit au secteur non financier sur l’ensemble de l’année.
Les taux obligataires restent sous pression
Le marché des
bons du Trésor apporte également des indications sur les anticipations des investisseurs. Les deux premières séances d’adjudication de septembre se sont soldées par des levées cumulées de 6 milliards de dirhams (2,3 milliards lors de la première et 3,7 milliards lors de la seconde). Cette deuxième opération pourrait correspondre à une logique de préfinancement des importantes échéances attendues en octobre.
Au 8 septembre, le taux primaire à cinq ans s’est établi à 2,938%, en hausse de 7,5 points de base sur une semaine et de 26,4 points de base depuis le début de l’année. Cette progression reflète des anticipations plus prudentes concernant à la fois l’inflation et les besoins futurs de financement du Trésor.
BCE et Fed ont repris le chemin de la hausse
Le contexte international constitue enfin un argument majeur pour la prudence de Bank Al-Maghrib. En zone euro, la
Banque centrale européenne a relevé ses taux directeurs de 25 points de base lors de sa réunion du 10 septembre, face à la persistance des tensions inflationnistes, notamment liées au renchérissement de l’énergie. Aux États-Unis, la
Réserve fédérale a également augmenté ses taux de 25 points de base lors de sa réunion du 16 septembre, portant la fourchette des
Fed Funds à 3,75%-4%. La Fed maintient parallèlement un discours restrictif face à une inflation encore jugée trop élevée.
Dans ces conditions, un nouvel assouplissement monétaire au Maroc réduirait davantage l’écart de taux avec les principales économies et limiterait les marges de manœuvre futures de Bank Al-Maghrib. À l’inverse, BKGR ne voit pas non plus de justification à un relèvement du taux directeur, compte tenu d’une inflation sous-jacente toujours très contenue et de l’absence de désancrage des anticipations de prix à moyen terme.
À noter que, compte tenu de la programmation de la réunion du
Conseil de Bank Al-Maghrib durant les dernières heures de la
campagne électorale, et afin de respecter les principes démocratiques et de préserver la neutralité institutionnelle durant cette période, il a été décidé de ne pas tenir le point de presse du Wali de Bank Al-Maghrib, initialement prévu le mardi 22 septembre 2026. Comme à l’accoutumée, le communiqué de presse relatif à la réunion du Conseil de Bank Al-Maghrib sera publié à l’issue de ses travaux, de même que le Rapport sur la politique monétaire.