Yousra Amrani
24 Août 2026
À 09:30
La
Fédération nationale du transport touristique lance un message de détresse. Dans un communiqué publié récemment, l’organisation professionnelle dresse le tableau d’un secteur confronté à une équation économique devenue de plus en plus difficile à tenir. L’augmentation du prix du gasoil intervient, selon elle, dans un contexte déjà fragilisé par des dettes accumulées depuis la pandémie de
Covid-19 et par une hausse généralisée des coûts d’exploitation.
Pour les entreprises concernées, le
carburant n’est d’ailleurs qu’une partie du problème. Les dépenses d’entretien, les pièces de rechange, les péages et les autres charges liées à l’activité ont également augmenté, réduisant progressivement les marges des opérateurs. Dans ce contexte, la
FNTT estime que les dispositifs de soutien mis en place ne correspondent pas à la réalité économique vécue sur le terrain. Elle pointe notamment le caractère insuffisant et irrégulier des aides ainsi que des critères qu’elle juge peu adaptés aux
niveaux de consommation réels des professionnels.
Des aides jugées loin de couvrir la consommation réelle
La Fédération s’appuie sur plusieurs exemples pour illustrer le décalage entre les montants accordés et les dépenses effectivement engagées par les transporteurs. Le
mécanisme de soutien, calculé sur une référence de 3 dirhams par litre dans certains cas, se heurte, selon les données avancées par les professionnels, à des plafonds qui ne permettent pas de compenser les consommations réelles. Pour les poids lourds, par exemple, la
consommation mensuelle peut avoisiner 6.000 litres, alors que le plafond de soutien est de l’ordre de 6.000 dirhams, soit l’équivalent d’environ 2.000 litres sur cette base.
Le constat est également préoccupant pour les autocars, dont la
consommation mensuelle peut osciller entre 2.700 et 3.400 litres, alors que l’aide est plafonnée à environ 7.000 dirhams. La Fédération cite également les taxis, avec des consommations estimées à quelque 450 litres pour certaines catégories bénéficiant d’un soutien de 2.200 dirhams, et autour de 300 litres pour d’autres avec une aide de 1.600 dirhams. À cela s’ajoute, selon les professionnels, l’exclusion de certaines catégories de véhicules utilitaires du dispositif. Autant d’éléments qui conduisent la FNTT à considérer le soutien actuel davantage comme une réponse conjoncturelle que comme une solution capable de préserver durablement l’équilibre financier des entreprises.
Le transport touristique face à des difficultés spécifiques
La FNTT insiste particulièrement sur la situation du transport touristique, dont les contraintes diffèrent de celles d’autres branches du transport routier. Le secteur demeure, souligne-t-elle, marqué par les séquelles financières de la pandémie, alors même que ses entreprises doivent aujourd’hui absorber la hausse du carburant et des autres charges. La Fédération alerte également sur un environnement concurrentiel qu’elle considère de plus en plus difficile. Elle évoque notamment la concurrence des plateformes étrangères, dont GetYourGuide, ainsi que les applications de transport de type VTC opérant dans un cadre que la Fédération qualifie de non réglementé. Cette combinaison de facteurs ferait peser une pression supplémentaire sur des entreprises qui assurent pourtant un maillon essentiel de l’activité touristique nationale, notamment le déplacement des visiteurs et la desserte des différentes destinations.
Un soutien exceptionnel et direct au carburant réclamé
Face à cette situation, la Fédération formule dans son communiqué une série de revendications qu’elle présente comme urgentes. En premier lieu, elle réclame le déblocage immédiat d’un soutien exceptionnel et direct au carburant, conçu spécifiquement pour tenir compte des particularités du transport touristique. La FNTT demande parallèlement que soient réglés les dysfonctionnements techniques récurrents de la plateforme électronique consacrée au soutien. Selon elle, ces problèmes ont privé plusieurs entreprises de la possibilité de bénéficier d’aides auxquelles elles pouvaient prétendre. La Fédération considère donc qu’au-delà du montant des aides, leur accessibilité et la continuité du dispositif doivent être garanties afin d’éviter que des opérateurs soient écartés pour des raisons purement techniques.
La FNTT remet le «gasoil professionnel» sur la table
Autre revendication majeure : l’instauration d’un «gasoil professionnel» subventionné. Pour la Fédération, ce mécanisme constituerait une réponse structurelle et durable permettant de protéger les entreprises de transport touristique contre les fluctuations du marché international et les variations de prix appliquées par les distributeurs. Une telle mesure permettrait, selon elle, d’améliorer la visibilité financière des entreprises et, surtout, de préserver la compétitivité de la destination Maroc sur le marché touristique international.
La Fédération réclame parallèlement un encadrement des marges bénéficiaires et des mesures fiscales. Elle appelle notamment à une intervention urgente concernant les marges des sociétés de carburants et propose des allègements fiscaux exceptionnels, dont une réduction de la charge fiscale liée à la TVA appliquée aux carburants ou la possibilité de sa récupération pour les entreprises concernées. Ces mesures sont présentées comme un moyen de soulager immédiatement les trésoreries, particulièrement éprouvées après plusieurs années de difficultés.
La Fédération réclame un dialogue gouvernemental urgent
Au-delà des mesures financières, la FNTT demande l’ouverture sans délai d’un dialogue avec les pouvoirs publics. Elle appelle les départements gouvernementaux concernés à engager des discussions avec les représentants du secteur afin d’élaborer un véritable plan de sauvetage. Pour la Fédération, l’absence de réponse rapide pourrait mettre en péril un nombre important d’entreprises et, avec elles, des milliers d’emplois. Le ton du communiqué se veut ainsi clairement celui de l'avertissement. La FNTT estime que le transport touristique ne peut plus supporter de solutions temporaires ou de simples reports des difficultés. Elle considère désormais la situation comme suffisamment grave pour nécessiter des décisions immédiates et structurelles.
La menace d’une escalade
Dans son communiqué, la Fédération affirme placer l’intérêt du pays et du secteur au-dessus de toute autre considération, mais prévient que la poursuite de ce qu’elle considère comme une absence de réponse aux revendications légitimes des professionnels pourrait la pousser à durcir sa position. Elle se dit ainsi prête, en cas de persistance de la situation, à recourir aux différentes formes d’action syndicale et aux démarches prévues par la loi et la Constitution afin de défendre les entreprises menacées de faillite et les emplois qui en dépendent.
Il est clair que le communiqué de la Fédération nationale du transport touristique traduit une inquiétude qui dépasse désormais la seule question du prix du gasoil. Derrière la flambée du carburant se dessine une crise plus profonde, alimentée par les dettes héritées de la pandémie, l’augmentation continue des charges, les insuffisances du mécanisme de soutien et une concurrence que les professionnels jugent déséquilibrée. En réclamant un soutien exceptionnel immédiat, un «gasoil professionnel», des allègements fiscaux et l’ouverture d’un dialogue urgent avec le gouvernement, la FNTT place désormais les pouvoirs publics face à ce qu’elle présente comme un choix décisif : apporter une réponse structurelle au secteur ou courir le risque de voir disparaître des entreprises et des emplois dans une activité directement liée à la compétitivité touristique du Royaume.