Économie

Viande rouge : un répit temporaire sur les prix grâce aux importations, avant une hausse attendue dès juin

Avec l’arrivée imminente de plus de 40.000 têtes de bétail en provenance du Brésil et de l’Uruguay, le marché marocain de la viande rouge devrait connaître une accalmie passagère. Mais derrière ce sursis se profile déjà une nouvelle tension sur les prix, dans un contexte marqué par la dépendance croissante aux importations et la persistance de fragilités structurelles.

22 Mars 2026 À 14:56

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Le marché de la viande rouge au Maroc s’apprête à connaître un léger répit. Selon les professionnels du secteur, d’importantes cargaisons de bovins, dépassant les 40.000 têtes, doivent accoster dans les ports marocains entre avril et mai. Ces importations, en provenance du Brésil et de l’Uruguay, visent à atténuer la flambée des prix observée ces derniers mois.

Pour Hicham Jwabri, secrétaire régional des grossistes en viande rouge à Casablanca contacté par Assahra Al Maghribia, cet afflux devrait permettre une détente provisoire des prix grâce à une injection supplémentaire d’offre sur le marché. Toutefois, cette accalmie s’annonce de courte durée. « Les prix devraient repartir à la hausse à partir de juin », prévient-il, évoquant notamment la progression récente du coût d’importation, avec une augmentation d’environ 5 dirhams par kilogramme pour le bétail brésilien.



Ce répit attendu s’explique en grande partie par le calendrier des achats. Les cargaisons actuellement en cours d’acheminement ont été acquises aux prix pratiqués en janvier et février, sensiblement inférieurs aux niveaux actuels sur les marchés internationaux. Une fenêtre de respiration donc, mais limitée, avant le retour des tensions.

Sur le terrain, la demande reste particulièrement dynamique. Les abattoirs de Casablanca traitent quotidiennement entre 350 et 600 bovins sur cinq à six jours par semaine. Côté ovins, les volumes atteignent entre 1.000 et 1.500 têtes abattues chaque jour. Une activité soutenue qui reflète la vigueur de la consommation, sans pour autant suffire à répondre pleinement à la demande croissante.

Actuellement, les prix de gros de la viande bovine oscillent entre 75 et 92 dirhams le kilogramme. Pour la viande ovine, les tarifs se situent autour de 110 dirhams pour les bêtes de grande taille et peuvent atteindre 130 dirhams pour les plus petites. En détail, les prix grimpent entre 140 et 175 dirhams, selon la qualité et les morceaux.

La viande ovine, en particulier, continue de voir ses prix progresser, portée par une demande soutenue, malgré l’absence de la saison estivale habituellement marquée par les mariages. L’approche de l’Aïd Al-Adha stimule en effet les achats anticipés, parfois accompagnés de phénomènes de stockage. À cela s’ajoutent la faiblesse de l’offre et l’augmentation des coûts d’élevage, notamment ceux liés à l’alimentation animale.

Cette situation met toutefois en lumière la dépendance croissante du Maroc aux importations pour approvisionner son marché en viande rouge. Les fluctuations des prix internationaux, les coûts de transport, les prix des intrants agricoles et l’évolution du dollar influencent directement les prix locaux. Pour de nombreux experts, le recours à l’importation ne constitue qu’une solution conjoncturelle. Il ne permet pas de corriger les déséquilibres structurels du secteur, marqués par une production nationale insuffisante, des contraintes climatiques persistantes et des coûts de production en hausse.

Face à ces défis, plusieurs pistes sont avancées : le développement de la culture fourragère locale, l’amélioration des races bovines et ovines, ou encore une meilleure organisation des circuits de distribution. Autant de leviers jugés essentiels pour stabiliser durablement le marché. En attendant, le consommateur marocain devra composer avec une volatilité persistante des prix. Entre un printemps sous le signe d’un répit relatif et un été qui s’annonce plus tendu, le marché de la viande rouge reste suspendu à des équilibres fragiles, où se croisent enjeux locaux et pressions internationales.
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